SCÈNE VII
LES MÊMES, MYRRHA, ANGUS, DANIL, HENGIST, L’INTENDANT, SEIGNEURS, Dames et Pages.
(Myrrha s’avance, appuyée sur le bras d’Angus.)
MYRRHA, apercevant Yorick.
C’est toi, pêcheur I Quelle merveille As-tu conquise au fond des eaux ?
YORICK, s’approche avec respect de Myrrha et lui offre une perle qu’elle prend aussitôt.
Rien... que cette perle vermeille...
MYRRHA
Elle seule vaut bien les plus riches joyaux I
(Elle la montre à Angus.)
ANGUS
Elle est belle, en effet.
YORICK, à Myrrha, qui veut lui rendre la perle.
Elle est à vous, madame.
MYRRHA
Dis-m'en le prix?
YORICK, troublé,
Le prix?... Je l’ai reçu.
MYRRHA, d’un ton léger.
Vraiment? — Merci, pêcheur.
(Avec un sourire de remercîment à Angus.) Cher Angus !
ANGUS, se défendant.
Sur mon âme !...
MYRRHA
Ne dissimulez pas... je vous ai reconnu.
ANGUS
Je vous jure!...
MYRRHA, souriante.
C'est bien!
(Elle congédie Yorick, qui se perd dans les groupes.)
ANGUS, à part.
Ce pêcheur, je suppose,- Est de quelque galant l’indiscret messager.
J'y veillerai.
(A Myrrha.)
Madame, il est une autre chose A laquelle aujourd’hui nous avons à songer.
(Au bouffon.)
Paddock, sais-tu si l’on pénètre Dans le palais?
PADDOCK
Vous voulez voir mon maître?
Pourquoi? Laissez-le donc mourir tranquillement.
a4 LA COUPE DU ROI DE THULÉ.
ANGUS
DrôlCj tu parles haut.
PADDOCK
Je parle franchement.
ANGUS, avec éclat.
Que l'on fasse garder sa porte,
Qu il meure seul! Peu nous importe 1 Myrrha, nous régnerons ce soir;
Car du vieux roi la dernière heure Va sonner, dans cette demeure,
La première de mon pouvoir.
(Les courtisans se sont réunis autour d’Angus et de Myrrha.) L’INTENDANT.
Personne ne pourrait vous disputer la palme;
Et vous devez, d’un regard calme.
Considérer votre avenir.
LE CHŒUR
Le sceptre vous revient, le peuple vous demande. Vous regnerez !
MYRRHA, passant entre eux.
Seigneurs, il est une légende Dont il faudrait vous souvenir.
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Au siècle où dans Thulé notre histoire a pris place^ La blonde Claribel, reine de l’Océan,
Au premier de nos rois, dont elle aimait la race. Donna sa coupe d’or, précieux talisman.
Ce n’est donc pas le sceptre avec le diadème Qu’il importe avant tout, ici, de recevoir :
C’est la coupe elle-même;
Car sans elle on ne peut affermir son pouvoir.
Quand meurt un souverain, sa dernière pensée Est pour ce gage à qui les destins sont soumis; C’est le plus pur trésor que, de sa main glacée. Il lègue au roi nouveau corvtre ses ennemis.
Ce n’est donc pas le sceptre avec le diadème Qu’il importe avant tout, ici, de recevoir;
C’est la coupe elle-même ;
Car sans elle on ne peut affermir son pouvoir.
L’INTENDANT
Myrrha, vous dites vrai... Mais le roi, notre maître,
Mourant sans héritier, saura bien reconnaître ^
Que le seigneur Angus peut seul régner sur nous.
PADDOCK, leur montrant la porte par où arrive Harold. j
Vous allez tout savoir, seigneurs; recueillez-vous. 1