ET SES COMÉDIES
n connaît généralement peu le théâtre de La Fontaine; on ne réimprime guère, en effet, les pièces qui le composent, et surtout on ne les joue plus. D'ailleurs, le théâtre publié sous son nom, dans ses œuvres complètes, a toujours donné lieu, pour sa meilleure moitié, à des controverses demeurées sans solution définitive au sujet de la paternité indivise des pièces qui composent cette moitié, et qui ont été attribuées à la fois au grand fabuliste et au mari de sa célèbre maîtresse, le comédien Champmeslé.
Ainsi, à la fin du dernier siècle, un peu moins de cent ans après la mort de La Fontaine, il a paru (1785) une Petite Bibliothèque des Théâtres
LA FONTAI NE
contenant une biographie de Champmeslé, et qui se termine par les vers suivants:
Que manque-t-il à Champmeslé Pour que sa gloire soit certaine, Puisqu'un siècle s'est écoulé Sans qu'on ait encor démêlé S'il ne fut pas l'auteur des pièces qu'à la scène On attribue à La Fontaine ?
M. Walckenaer, le plus illustre des éditeurs et commentateurs de La Fontaine, n'a pas non plus résolu entièrement cette question dans l'édition si savante et si complète des œuvres du fabuliste donnée par lui en 1822 ' ; mais il fournit des explications (tome IV) qui permettent d'établir une collaboration à peu près évidente entre La Fontaine et Champmeslé pour les cinq pièces qu'il publie lui-même, dans cette édition, sous leurs deux noms réunis.
Notre confrère et ami, M. Charles Gueullette, qui a tout récemment publié, dans son intéressante collection des Acteurs et Actrices du temps passé2 une notice sur la Champmeslé, nous dit en parlant
1. C'est seulement en 1824 qu'il a publié son importante Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine.
2. Librairie des Bibliophiles. L'ouvrage, orné de portraits gravés à l'eau-forte par Lalauze, se vend en livraisons ou en volume.