‹ La coupe (volume 2)Chapitre 17 sur 91 · LL'PO · texte numérisé non relu

LL'PO

Un proscrit, un fugitif. Je réclame ici le droit d'asile.

ANGELO

Entre dans ma grotte, frère; tout ce que j'ai t'appartient.

LUPO

Ta cellule ne me protégerait pas ; c'est sous la voûte de la chapelle que je veux être, au pied de cette statue qui est réputée inviolable.

ANGELO

Il suffit que tu sois dans cette enceinte de laves;

c'est un lieu consacré. Ne profane pas inutilement le sanctuaire de la madone.

LUPO

Je ne veux rien profaner. Tu vois bien que je suis sur les dents; il faut que je dorme une heure ou que je crève, et c'est là que je veux dormir. Ote-toi !

ANGELO

Mon frère, je te supplie...

LUPO

Veux-tu que je t'administre trente soufflets?

A.NGELO.

Je dois tout souffrir pour l'amour de Dieu.

Alors je vais te découdre le ventre avec ma dague; sache que je manque de patience.

ANGELO

Je cède à la menace pour t'éparguer un crime.

LUPO, regardant la madone.

Est-ce vrai, ce qu'on raconte de cette image?

ANGELO

Qu'est-ce qu'on t'a dit?

LUPO

On dit qu'elle sait d'avance le secret des jugements de Dieu, et que, pour désigner ceux qui doivent aller au ciel après leur mort, elle étend ses bras de pierre et présente le Bambino.

ANGELO

Mon frère, c'est la vérité.

LUPO

Est-ce une poupée à ressorts?

ANGELO

N'y touche pas, si tu ne veux que la foudre éclate sur toi!

LUPO

J'y veux toucher ; je me méfie de la ruse, (utouche la statue.) Ma foi, non ! c'est une vraie statue de mar bre ; combien de fois lui as- tu vu étendre ses bras sur les prédestinés? .

Jamais : le nombre des élus est si petit !

LUPO

Mais, pour toi du moins, elle a fait le miracle?

ANGELO

Hélas! jai en vain arrosé ses pieds de mes

larmes durant des nuits entières : elle est restée immobile.

LUPO

Alors tu es un grand pécheur, ou ta madone ne vaut rien, ou bien encore il te faut un miracle pour croire à la bonté de Dieu. Tu portes la robe de moine ; qui sait si tu as plus de religion qu'un chien? Assez! j'ai soif: va me chercher à boire.

ANGELO

J'y vais, mon frère ! (a part.) Que ma soumission devant les outrages des manants serve, ô mon

Dieu, à expier mes erreurs! (Il entre dans rautre grotte.)

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