SCÈNE VI
LUPO, puis LE PETIT BERGER.
LUPO, se démasquant.
Il faut mettre cet instant à profit et me reposer. J'ai à courir peut-être toute la nuit avant de pouvoir rejoindre mon pauvre vieux ! (ii s'étend
pour dormir devant la madone.)
LE BERGER
Venez, venez, seigneur bandit ! ma brebis est
là, sur le rocher ; je ne peux pas l'atteindre, et elle n'ose pas descendre.
LUPO
Va au diable ! Je dors...
LE BERGER
Ayez pitié! j'ai tant de chagrin!
LUPO
Tu ne peux pas grimper là-haut, cœur de lièvre?
LE BERGER
Non, j'ai peur. Montez, vous qui êtes grand et courageux.
LUPO
Mais sais-tu, imbécile d'enfant, que je suis poursuivi, et que, si je grimpe là- haut, on peut me voir et me régaler d'une arquebusade ou d'un trait d'arbalète?
LE BERGER
Hé'as ! ma brebis est donc perdue î et que dira mon père?
LUPO
Il te battra?
LE BERGER
Oh non ! il est très-doux.
LUPO LIYERANl 137
LUPO
Et tu i'aimes?
LE BERGER
Comme tu aimes le tien !
LUPO
Il paraît que tu me connais ! Allons, ce sera la première fois que la brebis sera sauvée par le
loup. (Il grimpe sur le rocher au-dessus delà grotte et va pour prendre la brebis, qui devient une croix de pierre.) Eh bien ! 011 CSt-
elle ! Tu t'es trompé, il n'y a pas là la moindre brebis. (Il redescend ; le berger a disparu.) Est-CC qUC j'ai rèvé,
ou si cet enfant s'est moqué de moi ? Allons, j'ai la fièvre... Et l'ermite ne m'apporte rien! Dormons ! (Il se couche aux pieds de la madone et s'endort. La madone étend ses bras et tient le Bambino au-dessus de la tête de Lupo, qui ne s'en aperçoit pas.)