SCÈNE X
DELIA, puis LUPO.
DELIA.
Le temps est à l'orage, sauvons-nous!
■ LUPO, qui rentie, l'arrête.
Où vas-tu? Écoute-moi!
DELIA.
J'ai entendu. Eh bien, mon agneau, vous avez fait justice de ces parasites... Ils méritaient bien plus de coups que vous ne leur en avez donné.
LUPO
Ah ! Délia ! toi seule as de l'amitié pour moi ! Malgré tes trahisons, je sais que tu m'aimes. Je t'ai faite riche : c'est toi qui me prêteras.
DELIA.
Hélas ! mon amour, j'ai des parents qui me dépouillent et vous me trouvez à sec.
LUPO
Est-ce un refus?
DELIA.
Non, idole de mon âme ! Je voudrais avoir le Pactole pour t' abreuver.
Mais je t'ai donné tant de riches bijoux ! Vends la chaîne de rubis ou le bandeau de perles.
DELIA.
Un gentilhomme reprend-il à sa maîtresse les dons de son amour?
LUPO
Ne les vends pas, engage-les. Je te réponds de te les rapporter avant un mois.
DELIA.
Tu iras les reprendre de force au juif qui m'aura prêté ?
LUPO
Et je le tuerai s'il résiste, fût-il gardé par cent diables ; tu peux donc être bien sûre de ravoir tes parures. Allons, ne m'irrite pas par des lenteurs. Vite, décide-toi, je suis pressé !
DELIA.
Mon ange, te voilà donc ruiné et traqué comme un cerf aux abois?
LUPO
Si de mes richesses il ne me reste plus que des cornes, tu en sais quelque chose, femelle de malheur!
DELIA.
Tu me dis des injures, lumière de mes yeux !
Et je te brise la tête contre ce mur si tu me railles.
LUPO LIYERANI 173
DELIA,
Allons, allons , calme-toi, mon bien ; je pars 1 our Naples, et je reviens avec l'argent.
LUPO
Ce soir! Il faut que ce soit ce soir!
DE lA.
Oui, ce soir ou jamais!
LUPO
Ou jamais? (H lui saisU le bras et la regarde dans les yeux.)
DELIA, effrayée.
Laisse-moi partir!
LUPO
Tu as peur ! tu comptes ne pas revenir !
DELIA.
Mais non !
LUPO
Si fait! Tiens, tu te moques. Tu m'as mille fois trahi, et maintenant tu m'abandonnes parce que tu me vois perdu, lâche cœur! J'ai ce que je mérite, mais tu ne me quitteras pas sans empor ter une marque de mon mépris. (Miui frappe la figure de
son gant et sort.)
174 lUPO LIVERANI