SCÈNE XI
DELIA, pais ANGELO.
DELIA.
Ah ! c'en est assez ! frapper une femme, quand on n'a plus rien à lui donner, c'est dans l'ordre ; mais je n'aurais pas cru qu'il en viendrait à me vouloir gâter le visage ! Ah ! Angelo, tu viens à point. Vois cette goutte de sang sur ma lèvre î veux-tu la boire?
ANGELO
Oui, et ton âme avec!
DELIA.
Mais il faut me venger de Lupo.
ANGELO
C'est déjà fait.
DELIA.
Comment?
ANGELO
Peu importe! Viens, il ne faut pas que tu restes
DELIA.
Est-ce qu'on vient pour l'arrêter? Je veux rester, je veux le démasquer, l'accuser. . .
ANGELO
C'est fait.
DELIA.
Je veux que son père rougisse de lui et le maudisse ! . . .
ANGELO
Ce sera fait.
DELIA.
Que ses amis rabandonnent et le renient !
ANGELO
Tout est fait ou va l'être.
DELIA.
Comment? par qui?
ANGELO
Par moi. Nous sommes vengés, femme, et tu m'appartiens ; suis-moi !
DELIA.
Pas encore... attends... Dis-moi, qu'est-ce qu'on va lui faire, à lui?
ANGELO
L'emmener à Naples et le livrer au Saint-Office.
DELIA.
C'est la torture?
ANGELO
Et le bûcher.
DELIA.
On brisera et on déchirera ce beau corps?
ANGELO
Et on jettera sa cendre aux vents.
DELIA.
Je ne veux pas.
ANGELO
Que dis-tu? -
DELIA.
Je dis que je ne veux pas !
ANGELO
Tu l'aimes donc?
DELIA.
Je l'adore et veux le sauver.
ANGELO
Il est trop tard !
DELIA. ^
Tu le peux, toi, et je t'ordonne de le faire. Tu m'aimes, je le vois! Eh bien! sauve-le, et je suis à toi !
A moi seul?
DELIA.
A toi seul. Tiens, avec de l'or on peut tout; prends cette bourse. Moi, je vais dire à Lupo de
fuir. (Elle sort.)