SCÈNE PREMIÈRE. — Surla grande tour de la cathédrale
ALRERTUS, HÉLÈNE.
ALBERTus. Arrêtons-DOus sur cette terrasse, mon enfant; cette rapide montée a dû épuiser tes forces.
HÉLÈNE. Non; je peux monter plus haut, toujours plus haut.
ALBERTUS. Tu ne peux moutcr sur la flèche delà cathédrale. L'escalier est dangereux, et l'air vif qui souffle ici est déjà assez excitant pour toi.
HÉLÈNE. Je veux monter, monter toujours, monter jusqu'à ce que je retrouve la lyre. Un méchant esprit l'a enlevée et l'a portée sur la pointe de la flèche. Il l'a déposée dans les bras de l'archange d'or qui brille au soleil. Mais j'irai la chercher, je ne crains rien. La
lyre m'appelle. (EUe veut s'élancer sur l'escalier de la flèche.)
ALBERTUS, la retenant. Arrête, ma chère Hélène I Ton
délire t'abuse. La lyre n'a point été enlevée. C'est moi qui, pour t'empécher d'en jouer, l'ai ôtée de dessous ton chevet. Mais reviens à la maison, et je te la rendrai.
HÉLÈNE. Non! non! vous me trompez. Vous vous entendez avec lejuif Jonathas pour tourmenter la lyre et me donner la mort. Lejuif l'a portée là-haut. J'irai la reprendre; suivez-moi, si vous l'osez. (Eiie commence à
gravir l'escalier.)
ALBERTUS, lui montrant la lyre, qu'il tenait sous son manteau.
Hélène! Hélène! la voici, regarde-la 1 Reviens, au nom du ciel! Je t'en laisserai jouer tant que tu voudras. Mais redescends ces marches, ou tu vas périr.
HÉLÈNE, s'arrêiant. Donncz-moi la lyre, et ne craignez rien.
ALBERTUS. iSou ; je te la donnerai ici. Reviens. 0 ciel ! je n'ose m'élancer après elle. Je crains qu'en se hâtant, ou en cherchant à se débattre, elle ne se précipite en bas de la tour.
HÉLÈNE. Maître, étendez le bras et donnez-moi la lyre, ou je ne redescendrai jamais cet escalier.
ALBERTUS, lai tendant la lyre. TieUS, ticUS, Hélène,
prends-la. El maintenant appuie-toi sur mon bras,
descends avec précaution. (Hélène saisit la lyre, et monte rapidement l'escalier jusqu'au sommet de la flèche.)
ALBERTUS, la saivant. 0 ciel ! ô cicl ! elle est perdue, elle va tomber ! 0 malheureux ! à quoi ont servi tes précautions! elles n'ont servi qu'à hâter sa perte.
(a Hanz et à V^'ilhelm, qui arrivent sur la terrasse.) 0 meS amis ! Ô
mes enfants! voyez à quel péril elle est exposée...
HÉLÈNE. Laissez-moi! si un de vous met le pied sur ces marches, je me précipite.
wiLHELM. Le plus sage est de la laisser contenter
LES SEPT CORDES DE LA LYRE 12o
sa fantaisie. En voulant la secourir, on ne peut que déterminer sa mort.
HANz. N'ayez pas peur, maître, il y a en elle un esprit qui la possède. Elle agit par une impulsion surnaturelle< Laissez-la, ne lui dites rien. Je vais monter, sans qu'elle me voie, par l'escalier opposé. Je me cacherai derrière l'archange de bronze, et, si elle veut se précipiter, alors je me jetterai sur elle et la retiendrai de force. Ayez l'air de ne pas vous inquiéter
d elle, (il passe derrière la flèche, et monte l'escalier opposé à celui qu Hélène a franchi. Alberlns et Wilhelm s'appuient contre la balas- . trade de la tour. Hélène, au haut de la flèche, s'assied sur la dernière marche, aux pieds de la statue de l'archange.)
ALBERTUS. Qucl effrayant spectacle! Suspendue ainsi dans les airs, sans appui, sans balustrade, sur cette base étroite, pourra-t-elle résister au vertige? 0 misérable que je suis! C'est moi qui serai cause de sa mort !
WILHELM. Maître, son délire même la rend inaccessible au vertige. Elle échappera au danger, parce qu'elle n'en a pas conscience. D'ailleurs, voyez! Hanz est déjà auprès d'elle, derrière la statue. Hanz est vigoureux et intrépide; il est calme dans les grandes occasions : il la préservera. Prenez courage, et surtout montrez-vous tranquille. (Hélène accorde la lyre.)
ALBERTUS, à part. Si elle s'aperçoit de la soustraction des deux cordes, qui sait à quel acte de désespoir elle peut se porter? Mais non I... elle ne s'en aperçoit pas... Elle rêve, elle s'inspire du spectacle déployé sous ses pieds I
l'esprit de la lyre. 0 fille des hommes! vois ce spectacle éblouissant! Écoute ces harmonies puissantes !
i26 LES SEPT CORDES DE LA LYRE
HÉLÈNE. Je ne vois rien qu'une mer de poussière embrasée que percent çà et là des masses de toits couleur de plomb et des dômes de cuivre rouge où le soleil darde ses rayons brûlants! Je n'entends rien qu'une clameur confuse, comme le bourdonnement d'une ruche immense, entrecoupé par instants de cris aigus et de plaintes lugubres I
l'esprit. Ce que tu vois, c'est l'empire de l'homme; ce que tu entends, c'est le bruissement de la race humaine.
HÉLÈNE. Maintenant, je vois et j'entends mieux. Mes yeux percent ces nuages mouvants et distinguent les mouvements et les actions des hommes. Mes oreilles s'habituent à cette sourde rumeur, et saisissent les discours et les bruits que fait la race humaine.
l'esprit. N'est-ce pas un tableau magique et un concert imposant? Vois quelle est la grandeur et la puissance de l'homme 1 admire ses richesses si chèrement conquises, et les merveilles de son infatigable industriel Vois ces temples majestueux qui dressent, comme des géants, leurs têtes superbes sur ces masses innombrables de demeures élégantes ou modestes, accroupies à leurs pieds! Vois ces coupoles resplendissantes, semblables à des miroirs ardents, ces obélisques etïilés^ ces sveltes colonnades, ces palais de marbre, où le soleil allume dans chaque vitre de cristal un diamant aux mille facettes ! Regarde ce fleuve qui se roule comme un serpent d'or et d'azur autour des flancs de la grande cité, tandis que des ponts de fer et de granit, ici bordés de blanches statues qui se mirent dans les ondes, là suspendus comme par magie à d'invisibles cordons de métal, s'élancent d'une rive à l'autre, tantôt en arcades de pierres fortes et massives,
tantôt en réseaux de fer transparents et déliés, et tantôt en élastiques passerelles qui plient sans rompre sous le poids des chariots et des cavaliers ! Vois ces arcs de triomphe oii le jaspe et le porphyre travaillés par les mains les plus habiles servent de piédestal aux statues des grands hommes ou aux trophées de la guerre I Vois de toutes parts ces symboles de la puissance et du génie, ces frontons chargés d'emblèmes, ces victoires aux ailes éployées, ces coursiers de bronze qui semblent bondir sous la main des conquérants ! Vois ces fontaines jaillissantes, ces édifices où la science accomplit ses prodiges ; ces musées où l'art entasse ses chefs-d'œuvre; ces théâtres où l'imagination voit réaliser chaque jour ses plus beaux rêves t Vois aussi cette rade immense où les bannières de toutes les nations flottent sur une forêt de mâts, et où^ des extrémités de la terre, le commerce vient échanger ses richesses I Porte tes regards plus loin, vois ces rivages fertiles, ces campagnes fécondes semées de villas magnifiques et coupées dans tous les sens de larges voies plantées d'arbres, où les chars volent dans la poussière, et où le pavé brûle sous le pied des coursiers rapides ! Vois des merveilles plus grandes encore : sur ces chemins étroits, rayés de fer, qui tantôt s'élèvent sur les collines et tantôt s'enfoncent et se perdent dans le sein de la terre, vois rouler, avec la rapidité de la foudre, ces lourds chariots enchaînés à la file, qui portent des populations entières d'une frontière à l'autre dans l'espace d'un jour, et qui n'ont pour moteur qu'une colonne de noire fumée! Ne dirait-on pas du char de Vulcain roulé par la main formidable des invisibles cyclopes? Vois aussi sur les flots la puissance de cette vapeur qui sillonne le flanc
de la mer avec des roues brûlantes, et la rend docile comme la plaine au tranchant de la charrue! — Et maintenant, écoute I Ces myriades d'harmonies terribles ou sublimes qui se confondent en un seul rugissement plus puissant mille fois que celui de la tempête, c'est la voix de l'industrie, le bruit des machines, le sifflement de la vapeur, le choc des marteaux, le roulement des tambours, les fanfares des phalanges guerrières, la déclamation des orateurs, les mélodies de mille instruments divers, les cris de la joie, de la guerre et du travail, l'hymne du triomphe et de la force. Écoute, et réjouis-toi; car ce monde est riche, et cette race ingénieuse est puissante!
wiLHELM. 0 mon m.aitre! l'heure et le lieu inspirent Hélène! Jamais la lyre n'a été plus sonore, jamais le chant n'a été plus mâle, et l'harmonie plus large ou plus savante.
ALBERTUS. Oui, maintenant enfin, je comprends le langage de la lyre. La vie circule dans mon sang et embrase mon cerveau du feu de l'enthousiasme. Il m'a semblé que je voyais au delà des bornes de l'horizon, et que j'entendais la voix de tous les peuples se marier à une voix éloquente émanée de mon propre sein.
wiLHELM. Maintenant, Hélène touche la lyre; notre émotion sans doute va changer de nature; écoutez bien !
HÉLÈNE, jouant de la lyre. 0 EspHt ! OÙ m'as-tu Conduite? Pourquoi m'as-tu enchaînée à cette place, pour me forcer à voir et à entendre ce qui remplit mes yeux de pleurs et mon cœur d'amertume ? Je ne vois au-dessous de moi que les abîmes incommensurables du désespoir, je n'entends que les hurlements d'une
douleur sans ressource et sans fin I Ce monde est une mare de sang, un océan de larmes ! Ce n'est pas une ville que je vois; j'en vois dix, j'en vois cent, j'en vois mille, je vois toutes les cités de la terre. Ce n'est pas une seule province, c'est une contrée, c'est un continent, c'est un monde, c'est la terre tout entière que je vois souiïrir et que j'entends sangloter I Partout des cadavres et autour d'eux des sanglots. Mon Dieu, que de cadavres! mon Dieu, que de sanglots!...
Oh! que de moribonds livides couchés sur une paille infecte ! Oh ! que de criminels et d'innocents agonisant péle-méle sur la pierre humide des cachots î Oh ! que d'infortunés brisés sous des fardeaux pesants ou courbés sur un travail ingrat 1 Je vois des enfants qui naissent dans la fange, des femmes qui rient et qui dansent dans la fange, des lits somptueux, des tables splendides couvertes de fange, des hommes en manteaux de pourpre et d'hermine tout souillés de fange, des peuples entiers couchés dans la fange ! La terre n'est qu'une masse de fange labourée par des fleuves de sang. Je vois des champs de bataille tout couverts de cadavres fumants et de membres épars qui palpitent encore; j'en vois d'autres où s'élancent des bataillons poudreux, au son des fanfares guerrières. Je vois bien les armes reluire au soleil, j'entends bien les chants de l'espoir et du triomphe; mais j'entends aussi les gémissements des blessés, les derniers soupirs des mourants que brisent les pieds des chevaux. J'entends aussi le cri des vautours et des corbeaux qui marchent derrière les armées, et l'air est obscurci de leur vol sinistre : eux seuls seront les vainqueurs! eux seuls entonneront ce soir l'hymne de triomphe, en enfonçant leurs ongles ensanglantés, dans la chair des victimes !
Je vois des palais, des armées, des fêtes, un grand luxe, une joie bruyante, en effet! je vois et j'entends ruisseler Tor sur les tables et dans les coifres 1 Ce sont les larmes du pauvre, la sueur de l'ouvrier, le sang du soldat qui coulent sur ces tables et qu'on serre dans ces coffres I... Chacune des pièces de cette monnaie devrait être frappée à l'effigie d'un homme du peuple; car il n'est pas une de ces pièces de métal qui n'ait coûté la santé, l'honneur ou la vie à un homme du peuple I
Je vois des monarques assis sur des trônes élevés, autour desquels les nations se prosternent et que garde le triple rempart d'airain des armées; mais j'entends aussi le peuple qui menace et qui pleure aux portes du palais; j'entends les arbres des jardins royaux qui tombent sous la cognée, et les pavés qui s'entassent avec les cadavres pour fermer la marche aux soldats sanguinaires; j'entends les cris de l'émeute, riiymne généreux de la délivrance, le bruit des canons, le craquement des édifices qui s'écroulent sur les vaincus et sur les vainqueurs ; j'entends le tocsin terrible qui ébranle les vieilles tours et qui sonne d'une voix haletante la victoire et les funérailles !
J'entends aussi la parole sonore des nombreux orateurs; j'entends le mensonge et le blasphème étouffer la parole du juste; j'entends les applaudissements effrénés de la foule qui porte en triomphe les délateurs et les faussaires 1
Je vois de majestueuses assemblées, et j'entends ce qu'on y discute. Quelques-uns disent qu'il s'agit de soulager la misère du peuple; tous répondent que le peuple est trop riche, trop heureux, trop puissant ; et
j'entends la masse immense des pharisiens qui se lève lentement en disant d'un air sombre: « Qu'il périsse! » et je vois les puissances de la terre qui se parfument les mains en disant, le sourire sur les lèvres: « Qu'il périsse!... »
ALBERTUS.Le rhythme est lugubre et la mélodie déchirante ! Voyez comme Hélène soutire^, comme son visage est pâle et comme ses bras se tordent avec désespoir autour de la lyre! 0 malheureuse prêtresse! J'ai voulu être initié par toi à la poésie de la civilisation. Pythonisse enchaînée au trépied, tu expies dans les tortures ma coupable curiosité 1 0 Hélène ! cesse tes chants, reviens vers nous!...
wiLHELM. Maître, Hanz nous fait signe de ne pas l'appeler. Ravie dans une douloureuse extase, elle oublie que nous l'écoutons. Craignez qu'elle ne s'éveille et que le vertige ne la surprenne.
l'esprit de la lyre. Fille des hommes, pourquoi te désespérer ainsi? As- tu donc oublié la Providence? IN 'est-ce pas elle qui permet ces choses pour amener, par une dure expérience et une lente expiation, tous les hommes à la connaissance de la vérité et à l'amour de la justice? Regarde! il est déjà des hommes pieux et des cœurs vraiment purs. Le crime des uns ne fait-il pas la vertu des autres? L'iniquité des tyrans ne fait-elle pas ressortir la patience ou l'audace des opprimés? Vois! que de dévouements sublimes, que d'efforts courageux, que de résignations évangéliques ! Vois ces mains fermes et patientes qui s'arment pour la délivrance, tandis que, pour les encourager, les captifs étouffent leurs sanglots derrière les barreaux de la prison ! Vois ces amis qui s'embrassent ; comprends-tu la dernière
étreinte de celui qui accompagne l'autre jusqu'au pied de l'échafaud ? Comprends-tu le dernier regard de celui qui place en souriant sa tête sous la hache ?
uÉLÈNE. Je vois des vierges qu'on profane et des enfants qu'on égorge; je vois des vieillards que l'on suspend au gibet; je vois une femme que des courtisans traînent dans le lit d'un prince, et qui expire de honte et de désespoir dans ses bras; je vois l'époux de cette femme qui reçoit de l'or et des honneurs pour garder le silence, et qui baise la main du prince; je vois une jeune fdle que des soldats frappent à coups de verges sur la place publique pour avoir chanté : Non, la patrie n est pas pe?^dne! et qui devient folle; je vois des enfants qu'on sépare de leur mère, qu'on isole de leur famille, et à qui l'on veut apprendre à maudire le nom de leur père et à renier l'héroïsme de leur sang! Je vois des héros qu'on proscrit, des libérateurs dont la tête est mise à prix; je vois de jeunes martyrs qu'on traîne hors de la prison, parce qu'ils n'expirent pas assez vite, et qu'on mène sous les glaces du pôle, de peur que leurs derniers soupirs ne percent les murs du cachot et n'arrivent à l'oreille de leurs frères ; je vois des paysans dont on déchire la chair avec des hameçons de fer, parce qu'ils ont oublié de couper leur barbe et d'endosser la livrée du vainqueur: je vois une nation qu'on veut rayer de la face du globe, comme si elle n'avait jamais existé. On lui ôte ses chefs, ses libérateurs, ses prêtres, ses institutions, ses biens, son costume et jusqu'à son nom pour qu'elle périsse; et l'univers regarde en disant : « Qu'elle périsse! j>
l'esprit DELA LYRE. Tu vois le mal qui se montre, tu ne vois pas le bien qui se cache. Ne peux -tu
lire au fond des âmes généreuses qui préparent le jour de la justice? n'entends-tu pas la prière des exilés, et ces chants de la patrie absente qui appellent la colère céleste sur les injustes, la miséricorde sur les faibles, la protection sur les forts ? Fille de la lyre ! au lieu de te lamenter sur les forfaits et les infortunes de Thomme, agenouille-toi et invoque le secours d'en haut. Prions ensemble, unissons nos larmes et nos prières. Que notre amour nous donne l'espoir et laTerveur ! Prions ! tenons-nous embrassés et prosternés aux pieds de celui...
HÉLÈNE. Tais-toi! ne nomme pas ce qui n'existe pas ! Si une puissance fatale préside aux destins de l'humanité, c'est le génie du mal, car l'impunité protège le crime! Que parles-tu de Providence V que parles-tu d'amour ? La Providence est muette, elle est sourde, elle est impotente pour les victimes; elle est ingénieuse et active pour servir les desseins de la perversité. Sois maudite, ô Providence I Et toi. Esprit, ne me parle plus. Tu m'as révélé des maux que j'iâ:norais : sois puni de tes enseignements cruels par mon silence; cherche l'amour dans un cœur que tu n'auras pas brisé; demande ton salut à une âme qui pourra encore aimer et croire i (EUe se lève. — Aibenus fait
nn cri.)
wiLHELM. Non, non ! elle ne veut pas attentera sa vie. Voyez î elle jette la lyre dans l'abîme, et redescend vers nous légère comme l'hirondelle qui cache son nid au sommet des vieilles tours. Oh ! qu'elle est belle avec ses cheveux épars et sa robe blanche que le vent fait ondoyer !
HÉLÈNE, se jetant dans les bras d'Albertas. Mon père, Cm-
menez-moi, cachez-moi ! Descendez-moi aux entrailles
de la terre; je ne veux plus voir le soleil, je ne veux plus entendre aucun bruit humain. Que personne ne me parle plus... Je veux arracher mes yeux, je veux être enfouie comme la taupe, endormie comme la chrysalide.
ALBEKTUS. Hélène^ éloigne-toi de moi, accablemoi de ta haine, je suis l'auteur de tous tes maux... J'ai voulu ôter à la lyre...
HÉLÈNE. Ne me parlez plus de lyre, la lyre est brisée. Je l'ai jetée au vent... Vous ne la reverrez plus... Hanz, mon frère, emmenez-moi... Cet endroit me donne le vertige du désespoir.
ALBEKTUS. Emmeucz-la bien vite, mes enfants, je vous suis.