‹ La coupe (volume 2)Chapitre 75 sur 91 · BOURGEOIS · texte numérisé non relu

BOURGEOIS

UN BOURGEOIS. La musique a cessé! Vraiment, c'est une chose merveilleuse, et de mémoire d'homme il ne s'est vu rien de pareil.

SECOND BOURGEOIS. Qu'avcz-vous douc à vous récrier ainsi, voisin? Est ce que le sucre a encore baissé?

UNE VIEILLE DAME. Un miraclc, monsieur, un miracle véritable!

LE SECOND BOURGEOIS. Le café ne paye plus les droits ?

LA DAME. Non, monsieur, l'archange de la cathédrale a joué de la trompette.

TROISIÈME BOURGEOIS. Qucl archange? quelle trompette?

LE PREMIER BOURGEOIS. Parbleu ! compère, l'archange de cuivre qui est là-haut, là-haut, et qui souffle dans sa trompette depuis le temps du roi Dagobert sans en faire sortir le plus petit bruit. Eh bien , tout à l'heure il a joué des airs charmants pendant plus de vingt minutes ; je l'ai entendu comme...

LE SECOND BOURGEOIS. Gommc VOUS m'eutendcz causer quand je ne dis rien. A d'autres, maître Spiegendorf !

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Vous avcz eu uue lubie, ma bonne dame. Les oreilles vous ont tinté.

LA DAME. Monsieur, je ne suis pas faite pour en imposer.

LE SECOND BOURGEOIS. Si VOUS n'avcz que cela à nous dire, c'était bien la peine que je me dérange de mon comptoir.

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Et moi douc ! qui voyais tous ces badauds rassemblés là sur le milieu de la place, regardant en l'air le bout de leur ne^, qu'ils prenaient pour la flèche de la cathédrale. J'espérais... c'est-à-dire je croyais qu'il était tombé quelqu'un du haut des tours, et je venais voir bien vite.

LE SECOND BOURGEOIS. IIs aurout cuteudu l'organiste de la cathédrale qui étudie l'air de Marie trempe ton pain^ pour nous le jouer dimanche à la grand'messe.

LE PREMIER BOURGEOIS. Ah I au fait, c'était pcutêtre cela.

LA DAME. Je connais très-bien le sonde l'orgue. D'ailleurs, l'égHse est fermée, on ne l'entendrait pas d'ici. Et puis l'ange n'a pas du tout joué des airs d'église; c'est même singulier comme c'était peu religieux.

LE PREMIER BOURGEOIS. Ah! c'était pourtant joli, très-joli !

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Ils Ont peut-être inventé quelque machine à musique qu'ils ont fourrée dans le corps de la statue pour qu'elle ait l'air de jouer de la trompette. Je parie que cela va sonner à toutes les heures, comme l'horloge de Jean de Nivelle.

LE SECOND BOURGEOIS. Ou bien seulement au coup de midi... Quelle heure est-il?

LE PREMIER BOURGEOIS. Il cst Certain qu'il y avait quelque chose de blanc aux pieds de la statue.

LÉ TROISIÈME BOURGEOIS. C'cstcela! c'était uu cadran I

LE PREMIER BOURGEOIS. G'cst égal, je vais voir ce qu'il en est. Je connais le concierge des tours; il me laissera monter.

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Eh bien, j'y vais

aussi, fils s éloignent tous deux.)

LA DAME. Moi, je vais raconter à toute la ville ce que j'ai entendu. (EUe s'éloigne.)

LE SECOND BOURGEOIS, d'un air capable, croisant ses

bras sur son tablier. Croirait-ou qu'au jour d'aujourd'hui il y a encore tant de gens superstitieux ?... Ah ! voilà maître Albertus qui vient par ici. C'est un homme que je n'aime pas à rencontrer. Il vous regarde d'une drôle de manière, et il se passe dans sa maison des choses auxquelles le diable ne comprend goutte. Oh t le juif Jonathas Taer qui vient derrière lui!... Pour le coup, je m'en vais à la maison. Je n'aime pas du tout les gens qui courent les rues après leur mort, (ii

s'enfuit.)

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