COUP D'ŒTL GÉNÉRAL SUR PARIS
à faire de l'effet sur des gens qui faisaient semblant d'être émus, des fleurs qui avaient l'air de souftnr ei de pleurer dans cette atmosphère acre et chaude; j'ai trouvé de nobles amphitryons, de belles femmes, des hommes de talent, des œuvres d'art, des arrangements d'un goût recherché dans les décors, dans la musique, dans les choses et dans les personnes; mais je n'ai trouvé ni poésie élevée, ni inspiration véritable, ni politesse partant du cœur, ni bienveillance générale, ni sympathies partagées, ni échange d'idées et de sentiments ; pas de lien commun entre tous ces êtres, pas d'abandon, pas de grâce, pas de pudeur, et encore moins de sincérité. Voilà ce que j'ai vu avec les yeux et entendu avec les oreilles, et mon cœur s'est retiré en moi tout contristé et tout épouvanté, car le son de ces instruments n'empêchait pas le cri de la détresse et le râle de l'agonie du peuple de mon" ter jusqu'à moi. Et je me demandais, en regardant ces riches décorations, ces tables et ces buflets, ce que le fournisseur avait volé au consommateur et au producteur pour produire toutes ces merveilles; et il me semblait voir mêlés ensemble, dans une sorte de cave située sous les pieds des danseurs, les cadavres des riches qui se brûle/U là cervelle après s'être ruinés, et ceux des prolétaires qui sont morts de faim à la peine d'amuser ces riches en démence.
Et je rentrai dans ma chambre silencieuse et sombre^ et je me demandai pourquoi, comme tant d'autres artistes insensés qui croient s'assurer une méditation paisible, un travail facile et agréable, et donner une couleur poétique à leurs rêves en faisant quelques frais d'imagination et de goût pour enjoliver modestement leur demeure, j'avais eu quelque souci moi-même de
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me rloH' conlrc l« tVoitI, <oiiirc !♦• I>ruil, el ilt» plnrer sous lut s y«*u\ (juel(jijcs ohjtîls d'arl, IVfH's «!»• I>«'aiii,' ou j^M^es «ratltîrlioii.jKl je nu* rrpomiis (jiicjc ne valais (loin- |ia> niii'ux (|U(' taiil «1 aut^t'^, (|u'il < laii donc ïmtii plus facile de dire i(^ mal (|uede faire le bien. Ht j'eus une lellt» horreur d»' nioi-niênie, en pensant que d'autres avaient à peine un sac de paille pour se réchauller enlrt^ «jiiat.e murs nus et j:Iacrs, que j'eus envie de sortir de chez moi pour n'y jamais rentrer. Et s'il y avait eu, comme au temps du Christ, des pauvres préparés à la doctrine du Christ, j'aurais été converser et prier avec eux sur le pavé du bon Dieu. Mais il n'y a même plus de pauvres dans la rue; vous leur avez défendu de mendier dehors, et l'homme sans ressource mendie la nuit, le couteau à la main. Et, d'ailleurs, mon désespoir n'eût ét<* qu'un acte de démence : je n'avais ni assez d'or pour diminuer la souilrance physique, ni assez de lumières pour répanilre la doctrine du >alut. Car, si l'on ne fait marcher ensemble le salut de l'àme et c*^lui du corps, on tombera dans les plus monstrueuses erreurs. Je le sentais bien, et je demeurai triste, élevant vers le ciel une protestation inutile, j'en conviens, Salan; mais tu serais veim en vain m enlever, pour me montrer d'en haut les royaumes de la terre et pour me dire : « Tout cela est à loi si tu veux m'adorer, » je t'aurais répondu : (( Ton rè^ne va finir, tentateur, et tes royoutne$ lie lu terre sont si laids, qu'il n'y a déjà plus de \»Miu à les m«'*priser. »