ACTE 111, SCÈNE IX
ALBERT
Permettez!... ....
HENRIETTE
Vous avez bien le droit, en effet, de m’adresser de tels reproches, vous, qui n’en avez pas un seul à vous faire ; vous, modèle de franchise et déloyauté, qui ne m’avez jamais trompée, jamais trahie !
ALBERT
Madame, il ne s'agit pas de...
HENRIETTE
Vous qui n’aviez, avant notre mariage, donné votre cœur qu’à l’amour du pays, vos pensées, qu'à une conviction... politique, si profonde, que vous lui revenez aujourd’hui... Oh! toujours la même, je le sais, et vos ennemis ne vous reprocheront pas, du moins, d’avoir changé de principes... ni de couleur.
De couleur!... {A lui-même.) Elle sait tout !
HENRIETTE
Retournez, monsieur, retournez à votre réunion des hommes sincères, donnez leur une nouvelle édition de votre profession de foi... maintenant je vous réponds qu’elle sera bien accueillie.
Am (les Frères de lait.
Car avec vous personne enfin ne songe A concourir, le champ vous est resté.
Qui mieux que vous combattra le mensonge,
Fera briller surtout la vérité? {Bis.)
Si (iu succès vous doutiez..., je l’assure,
Car je promets, par amour conjugal,
Pour protéger votre candidature.
De retenir ici votre rival.
Oui, je retiens ici votre rival.
ALBERT
Henriettel je ne te crois pas! Non, tu te calomnies toimême... Ton âme est trop pure, et mes torts fussent-ils plus grands encore, jamais, Henriette, tu ne t’aviliras pour m’en punir!
HENRIETTE
Jamais!... [A elle-même.) Il a raison, jamais! (En disant ces mots, elle s'esi un peu éloignée de lui, et ses yeux se sont fixés sur la porte vitrée de droite, elle s'écrie : ) Ciel! qu’ai-je vu!... Elle est là!...
Quoi donc?
LA DAME AUX T|101S COULEURS
HENR'ETTE, Q, dU-méme.
Chez moi! quelle audace !... et d’accord avec lui pei)t> être!...
ALBERT
Quo dis-tu ? et que signifie ?..
HENRIETTE
Cela signifie que tous mes souvenirs me reviennent... Cel^ signifie, qu’en songeant à cette femme que vous m’avez donnée pour rivale...
ALBERT
Tais-toi, par grâce, fais-toi I...
HENRIETTE, jetant ses paroles vers le boudoir à droite, pour être entendue d’Anaïs en même temps que de son mari.
Celte femme que je rougis d'avoir traitée en amie, et que vous appelez, vous, monsieur, une femme supérieure... Je ne puis, non, je ne puis jamais vous pardonner!
ALBERT
Ilenriette! regarde-moi, lis dans mes yeux mon repenlir et mon amour, et dis-moi si tu crois encore avoir une^rivate â redouter.
Air : Soldat français.
A tes genoux j'abjure mon erreur,
A toi, ma tendresse éternelle 1 Par la beauté, par l’esprit, par le cœur,
Ah ! mille fois lu l'emportes sur elle.
De mon passé, tou bonheur m'absoudra,
Mes souvenirs... il jamais je les brise.
Mon amour te le prouvera :
Je l’adore !... et, je le sens là,
Celle femme, je la méprise!
Oui, pour jamais je la méprise !
HENRIETTE
Oh! merci! merci !... Albert, vous venez de le lui dire à ellemême... Elle était là! elle a tout entendu.
ALBERT
Elle était là... et cependant.... (// regarde vers le fond et voit le store baissé.)
HENRIETTE, ouvrant la première porte de droite.
Yous venez de la chasser de cette demeure, oQ peut-être vous l’aviez appelée-
ALBERT, regardant toujours au fond.
Non... oh! non, je le jure !... ce signal !... ce n’est pas moi qui l’ai donné.
HENRIETTE
Quel signal ?
Là... à cette fenêtre... ce store baissé...
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iÇTE iU, 3CÈN^ X.
HENRIETTE, souriant aprè^ apoir eu îe store baissé.
Ah !... je vous rends justice, monsieur... ce n’e§t pas yppf... c'est lui.
ALBERT
Qui, lui?
HENRIETTE
L’ambassadeur de Suède.
ALBERT
Antonin!...
HENRIETTE
Silence, j’cptepds sa voixl (On entend à V^térieuf d' Antonin.)
ANTONIN, en dehors.
Mais non, monsieur, mais non, monsieur! je ue le souCTrirai pas. {La porte s'ouore, Antonin parait avec Léon.)