LE CHEVALIER, LA BARONNE
LA BARONNE, Un peu préûccupée.
Vous voilà donc, chevalier?
LE CHEVALIER , grocieux et expansif.
Ah! charmante baronne! c’est vous? Que je suis aise de vous trouver ici !
LA BARONNE
Vous ne m’aviez Jonc pas oubliée?
Est-ce que c’est possible ? Et quand vous n'auriez que le titre de sœur de celle que j’aime, cela suffirait...
LA BARONNE, à part.
11 est bien pris I Jlaut.) Ah çal vous êtes donc très amou* reux ?
LE CHEVALIER, nàif.
Comme un homme qui aime pour la première fois.
LA BARONNE, à part.
Le début n’est pas heureux. (Haut, feignant iTétre incrédule.) Oh ! pour la première fois.
LE CHEVALIER
C’est la vérité I Mon cœur est prompt à s’enflammer, je l’avoue; mais soit amour-propre, soit timiditéi je me suis fait une loi de ne déclarer mon amour à une femme, que lorsque j’aurais des preuves du sien.
LA BARONNE, Souriant.
Ah ça ! mais vous renversez l’ordre établi.
LE CHEVALIER
Je me connais : si j’avais étourdiment donné mon cœur et qu’on m’eut repoussé, je me serais tué, sans en vouloir d’ailleurs à celle que j’aurais aimée.
LA BARONNE
C’est généreux !
LE CHEVALIER
Mais non... que doit une femme qui n’a pas promis? l'amour à deux est un contrat... l’amour à un n'est rien.
LA BARONNE, lentement et le regardant.
Mais, dans le premier cas, si la femme manque à sa promesse ?
LE CHEVALIER, émU.
Ne parlons pas de cela 1 D’abord, ça s’est peu vu, je crois ?■
LA BARONNE, à part.
Allons, il n’a pas d’expérience.
LE CHEVALIER, très-ému.
Cette pensée est effrayante ! Sait-on ce qu’on ferait !... Quoiqu’il en soit, depuis longtemps j’ai examiné toute femme qui m’a* plu, en me disant : Ne serait-ce pas là celle que lecielie destine? (Souriant.) Et vous-même, madame, aux eaux d’Aix, vous avez été du nombre.
LA BARONNE, souriant.
Vraiment I
LE CHEVALIER
Votre grâce , votre douceur m’ont vivement frappé, et j’ai fait partir, à votre intention, quelques ballons d’essai.
LA BARONNE, naïvement.
Je né les ai pas vus.
Ils étaient Hout petits. J’ai eu quelques prévenances pour vous.
LA BARONNE-
Je ne m’en suis pas aperçue.
LE CHEVALIER
Elles étaient imperceptibles. Je vous ai même adressé quelquelques compliments.
LA BARONNE
Je ne les ai pas remarqués.
LE CHEVALIER
Ils étaient fort obscurs. (Souriant.) Ma foi, quand j’ai vu que je n’avais pas de chance, j’ai dit à l’amour de battre doucement en retraite, et à l’amitié de s’avancer toute seule et de se ■ proposer.
LA BARONNE, à part, touchée.
C’est un excellent jeune homme.
LE CHEVALIER
J’ai fait cela bien souvent dans ma vie. (Avec ardeur.) Enfin,
{ ■’ai rencontré votre sœur, et jugez de ma félicité, je n’ai pas eu lesoin de m’occuper de préambules. Sa vivo sympathie pour moi me les a épargnés ; alors, mon cœur, si longtemps contenu, s’est épanoui, s’est dilaté, s’est élancé vers 1 objet aimé avec un emportement, une violence I (Lui prenant la main.) Tenez, loucliez ma main... rien que d’en parler, j’ai la fièvre !
LA BARONNE, à part.
Je n’ose pas le détromper.
LE CHEVALIER, très-^mu.
Mais pardon... j’entends un bruit de pas, et, au trouble nouveau que j’éprouve... votre sœur n’est pas loin !