ACTE 1, SCÈNE IV
LÉON
Sur l’honneur!...
ALBERT
Mais celle que tu aimes est donc...
, , LÉON
Un ange!
Je sais... nous n’aimons jamais que des anges, c’est connu; mais, au moins, l’auge sait que lu l’adores, n’est-ce pas?
LÉON
Je reviens exprès poür le lui apprendre.
ALBERT
En vérité!... tuas attendu jusqu’à présent?...
LÉON
Mon ami, je ne siiîs (il jiliis malddroit, ni plus timide qu’un àUtre... je suis prudent, voilà tout.
ALBERT
Je ne comprends pas.
LÉON
Tu le sais bien!... en amour comme en affaires, la grande question est do savoir saisir le joint.
ALBERT
Le joint!
i-Éori.
Sàhs doute... Telle femme qui résiste aiijonrd’hui, parce que son maria été aimable ou généreux, aurait capitulé nier parce qu’il a été ennuyeux ou maussade, et se rendra demain, parce qu’elle le soupçonnera d’ètre infidèle. Aiijourd’hui, la place est sous les armes, et demain elle sera sans défense, ou plutôt vous aiirez des partisans, des auxiliaires danà la place, les torts de monsieur, le ressentiment de madame... que sais-je? un caprice, des migraines ou des vapeurs... et cætera.
ALBERT
Comment donc? mais tu es plus fort que je ne le croyais!... Seulement, prends-y bien garde, cher ami, ce joint qu’il s’agit de saisir, c'est la pensée d'ühe femme, entends-tu bien? pensée mobile... et fugitive!
Air : Al. Favart.
Il faut savoir l’arrêter au passage,
Sans lui laisser l'avance d’un seul pas,
Cette pensée est rapide et volage!
Elle apparaît... elle est déjà là-bas!
Et pour jamais, las! elle l’est ravie!...
4 sa poursuite, en vain, tu vas courir,
Tu peux, mon cher, pendant toute ta vie,
Suivre le joint sans jamais le saisir.
Tu peux ainsi passer toute la vie A pourchasser le joint... sans le Sàlélr.
'LA DAME AUX TROIS COULEURS
LÉON
Nous verrons, nous verrons I... me voilà de retour, et j’espère bien ce soir... pendant le bal...
Ce soir!... Ah! ton ange nous fait la grâce de danser avec nous?
LÉON, à lui-méme.
Ciel ! j’en ai trop dit peut-être !
ALBERT
Pardieu! je te surveillerai de telle sorte... que je saurai bientôt,
LÉON, vivement.
Je ne le crois pas.
ALBERT, le regardant avec curiosité.
Du mystère !... c’est à merveille... j’y suis!... une femme . mariée !... mauvais sujet!...
LÉON
Mais, je t’assure...
ALBERT
Ne t’en défends pas, c’est de ton âge... nous commençons toujours par là!... Du reste, je ne te demande pas son nom, il faut être discret.
LÉON
N’est-ce pas?... Je le serai; je suivrai tes leçons plutôt que ton exemple.
ALBERT
Mon exemple !... il me semble que jamais^.:
LÉON
Jamais?... (Souriant.) Et tes amis politiques ?...
ALBERT, vivement.
Hein ?... qu’est-ce que tu dis là ?...
LÉON
Je dis : et tes amis politiques?
ALBERT
Eh bien?...
LÉON. • — -
Eh bien !... je me souviens parfaitement^qu’ avant mon départ, tu étais d’une ambition...
ALBERT
Effrénée, c’est vrai !...
LÉON
Tu le disais, du moins, à qui voulait l’entendre et te croire.
Tu fuyais le monde et ses plaisirs, les bals, les spectacles, et jusqu’à nos soirées de garçons les plus folles et les plus joyeuses, pour le club de tes amis. . . -
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