HENRIETTE, ALBERT
HENRIETTE
N’oublie pas que c’est aujourd’hui mercredi, et qu’à mon retour...
ALBERT
Je te conduis chez ta mère.
HENRIETTE
Oui, mon ami. Ne t’impatiente pas, je reviens bien vite. [Fausse sortie, puis Henriette redescend très-vivement la scène, comme frappée (vun souvenir.) Ah ! mais... tu ne sais pas, Albert, j’allais partir sans t’annoncer cette bonne nouvelle.
ALBERl^
Quoi donc ?
HENRIETTE
Je suis doublement heureuse, dans mon ménage et dans celui de ma bonne amie...
Ta bonne amie?
HENRIETTE
Je t’ai dit autrefois que M®* de Mareuilles...
ALBERT, vivement.
M“* de Mareuilles?
HENRIETTE
Conservait encore la mémoire d’une ancienne passion, et que cette pensée la poursuivait toujours.
ALBERT
Eh bien ?
HENRIETTE
- Eh bien ! c’est fini.
ALBERT
Fini?... Comment?...
HENRIETTE
Mon amitié seule pouvait la consoler de ses chagrins... et depuis trois mois qu’elle est venue, avec son mari, prendre un appartement dans cet hôtel qui fait face au nôtre... (Albert
tl
et Henriette tournent les yeux du côté de la glace placée au fond du salon au-dessus de la chemit\ée.) i\ nous est maintenant bien plus facile (le'nous rendre visite, et tu penses bien que je reçois plus que jamais toutes ses confidences.
ALBERT
Ah!
HENRIETTE
Ce malin, ce matin même... (Montrant la porte à droite d'où elle vient de sortir.) Elle était là dans mon boudoir... joyeuse et triomphante, elle me déclarait quq le passé n’était plus rien pour elle. ‘ ‘ '
' ALBERT
Rien... c’est-à-dire...
HENRIETTE
Absolument rien I... Désormais son âme appartient tout entière à son marii
ALBERT
En. vérité ?
HENRIETTE
Tout;entière, et celte conversion, mon cher Albert, est un peu ton ouvrage.
ALBERT
Mon ouvrage?
HENfUETTE.
Oui... Ce ne sont pas seulement mes conseils, c’est notre exemple, c’est l’aspect de notre bonheur qui a fait ce miracle, et comme moi, tu as le droit d’en être fier !
ALBERT, avec dépit.
Certainement... je suis irès-flatlé...
HENRIETTE
J’en étais sûre!... Mais je m’oublie à causer, et ce sont mes pauvres qui payent les frais de la conversation !... Ce n’est pas juste... Adieu, Albert, adieu ! (Elle sort parlaporte à gauche près , delacheminée-, — elleapris son porte feuille et uneriche aumônière en velours brodé d'or.)