ALBERT, LÉON
LÉON, s’arrêtant pétrifié.
Ah! encore?... j’arrive toujours mal.
ALBERT
Bonsoir, mon neveu.
LÉON
Bonsoir, mon oncle!... {^4 part.) Comme elle l’aime !...
ALBERT, à part.
Je veux savoir an juste où il en est auprès de M™* de Mareuilles... Je romps avec elle, c’est bien ; mais je ne veux pas qu’un autre se permette... je ne le veux pas.
LÉON
Que dis-tu, mon oncle ?
ALBERT
Je dis , mon neveu, que vous n’ôfes plus un enfant, et que vos actions, vos pensées môme, commencent à tirer a conséquence.
LÉON
Mes pensées !
ALBERT, marchant gravement à lui et lui prenant la main,
Léon, ta position est délicate... tu te trouves placé entre une femme et son mari.
LÉON, à part.
Ciel ! il a deviné mon amour pour sa femme 1
ALBERT
Tu donnes la main au mari, et, chose horrible ! tu as la prétention de plaire à la femme.
LÉON, à part.
C’est cela ... je suis attéré .
ALBERT
Est-ce vrai ?
LÉON
Je t’assure, mon oncle...
ALBERT
Silence, mon neveu, vous allez mentir, silence !... vous me devez attention, soumission et obéissance... Comme tous les maris, celui dont je parle a peut-être des torts.
LÉON, le regardant.
Il n’en a pas.
ALBERT
Il en a.
LÉON
Il n’en a pas.
C’est bien de le défendre, Léon, c’est très-bien, je t’en sais gré... pourlui. {A part.) PauVre Antonin, au fait!... [Il lui serre la main.) Mais n’importe, il a beaucoup de torts... et d’abord il a celui d’être aveugle.
LÉON, même jeu de physionomie.
Oh ! non, il voit tout.
ALBERT
11 ne voit rien ! ... enfin, il a des ridicules, tu me l’accorderas bien, je l’espère.
LÉON
11 n’en a aucun.
ALBERT, lui serrant encore la main.
Très-bien, toujours très-bien de ta part, mais je sais mieux que toi ce qu’il en est; ce mari-là est criblé derimcules.
LÉON, à part, en le regardant toujours.
Quelle modestie !
ALBERT
Quant à sa femme...
LÉON, avec respect.
Oh ! pour sa femme !
ALBERT
Elle est peut-être un peu... légère.