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La cour de Napoléon 3

// a été tiré à part vingt exemplaires numérotés sur papier de Hollande (i à 20)

LA

Lorsque je publiai, récemment, mon livre : l Impératrice Eugénie, je fis remarquer combien il est difficile d'écrire Tbistoire du Second Empire et combien, d'autre part, est grande la curiosité qu'éveillent, dans le public, les bommes, les femmes et les choses qui s'y rattachent.

En vérité, je ne pensais pas que faire connaître au lecteur ce monde des Tuileries, sur lequel il semble que, depuis sa disparition, un voile ait été jeté, pût aussi présenter quelque danger.

C'est ainsi, pourtant, et, quand le Figaro commença d'insérer, il y a quelques mois, ma seconde étude sur l'époque impériale, intitulée : la Cour de Napo-

léon III, je m'aperçus que la société bonapartiste était fort hostile à mon nom, que des colères, que des menaces même me guettaient.

J'avais été averti que mes révélations sur l'Impératrice Eugénie, que les documents inédits que j'avais publiés à l'appui de ces révélations avaient, dans la société spéciale dont je .parle, provoqué quelque surprise, jeté quelque désarroi et fait naître quelque courroux.

Cependant, ces divers sentiments n'avaient eu jusqu'alors qu'un caractère tout platonique, et je n'avais pas jugé utile de m'en préoccuper. Mais, dès la publication du premier chapitre de la Cour de ISapoléon III, ils se manifestèrent avec une telle violence qu'il ne me fut plus possible de paraître les ignorer.

Je ne sache point, en effet, d'oeuvre qui ait soulevé autant de discussions, qui ait valu à son auteur autant d'injures comme autant de louanges, qu'on me permette de le dire, à l'exclusion de tout sentiment vaniteux, que celle que j'offre aujourd'hui au lecteur.

La grande publicité qui a été donnée aux extraits de cette étude, dans le /^/^a?-», provoqua sans doute ces attaques, ces outrages.

Je les mentionne et les relève, non sans quelque émotion.

Un volume est une chose animée ; il a son histoire, et l'écrivain, dans sa sincérité, éprouve quelque joie, quelque consolation à enregistrer les diverses ex-

ÉPAVES I3IPÉRIALES. 3

pressions de sa vie — tel le père marque et retient les bégaiements de satisfaction ou de tristesse inconsciente de l'enfant qui entre en sa maison.

Ainsi que je le dis en un chapitre de ce livre, la société impérialiste, qu'un silence relatif protégeait dans son passé, depuis la chute de Napoléon III, est réfractaire à toute révélation, à toute vérité se rattachant à ce passé.

Naguère, en de frénétiques plaisirs, en des joies extrêmes, elle oubliait tout ce qui ne l'intéressait pas directement, et, dans l'autoritarisme qui s'imposait à la pensée, à la presse, elle se savait utilement oubliée. Elle ne peut admettre, maintenant, qu'on exhume les souvenirs qui dorment sous la terre qui a été sienne, elle ne peut supporter qu'on la blâme de son imprévoyance, de sa frivolité, de son indifférence patriotique même, et lorsqu'un écrivain se permet de déchirer l'enveloppe dont elle se couvre, pour mourir ignorée et tranquille, se sentant coupable et laide aux yeux du peuple, elle crie à la calomnie, à l'injustice, à la profanation.

Je ne suis pas le seul auteur qui ait écrit sur le Second Empire, mais je suis le seul peut-être qui ait, jusqu'à présent, mis en relief, avec des documents inconnus, la physionomie de la cour des Tuileries, le seul qui, sans afficher la prétention d'avoir inventé ou découvert le Second Empire, ainsi que les

hommes qui l'ont servi, ait donné de cette période historique et des personnaUtés qui l'ont traversée, une narration aussi complète, aussi intime que celle que je pubhe. De là une colère, parmi les survivants de la cour, dont je supporte tout le poids,

La société impérialiste a fait quelque succès à des livres doucereux et louangeurs, apologistes systématiques et sciemment mensongers de l'Empereur, de l'Impératrice et des personnages qui les entouraient. Elle s'est habituée à la caresse de ces livres, et lorsque les miens sont venus, elle a éprouvé un amer étonnement.

Je n'ai, je le confesse, nullement cherché à provoquer cet étonnement.

Placé, par un hasard heureux, pour être bien renseigné sur les faits publics ou intimes du Second Empire, muni de papiers historiques fort précieux, j'ai simplement, et dans toute l'impartialité et dans toute l'indépendance qui me sont propres, utihsé les documents qui m'étaient apportés, les renseignements, les notes, les mémoires qui m'étaient communiqués, et, s'il ressort de cette accumulation de débris historiques que les hommes et que les femmes des Tuileries ne furent point sans péché, je ne saurais accepter pour mon œuvre la qualification de pamphlet, pour moi-même l'accusation d'avoir falsifié l'Histoire.

Les grossières indignations des uns, les réclama-

tions financières des autres, les menaces même de l'ambassade d'Autriche, ne sauraient, ici, donner le change au public, et, dans le premier chapitre de ce livre, étant chez moi et libre, je n'hésite pas à opposer, aux propos intéressés, aux affirmations fantaisistes, le démenti le plus net.

Un fait bien curieux, comique et attristant à la fois, s'est produit au sujet de la pubhcation de Vlmpératrice Eugénie et de la Cour de Napoléon 111.

Chaque fois que la presse bonapartiste a pensé que ma narration était à l'avantage de ses sympathies, elle s'est empressée de lui emprunter des extraits, en les accompagnant de commentaires fort élogieux.

La presse bonapartiste s'est méprise, évidemment, sur mes sentiments. Elle a, tout d'abord, cru voir en moi une recrue politique ou littéraire. Mais, dès qu'elle a été convaincue que je n'étais qu'un écrivain impartial, indépendant, hors de toute attache, non compromis dans la promiscuité de ses coteries, elle s'est révoltée et, avec la même force qu'elle avait mise à louanger certains chapitres de mes études, elle a blâmé ceux qui ne lui plaisaient plus.

Il serait puéril de relever cette contradiction, cette expression d'une mauvaise foi insigne, si, vraiment, je n'avais quelque droit, dans la circonstance qui m'occupe, à rappeler la presse bonapartiste à la plus élémentaire reconnaissance.

N'ai-je point détruit, en effet, certaines erreurs, cer-

taines calomnies qui salissaient — et non sans apparente raison — la figure de l'Impératrice Eugénie? Ai-je hésité, dans le souci de vérité qui m'obsède, à rejeter dans le domaine de la légende cette longue théorie d'amants que l'opinion publique, que des écrivains même fort distingués et sérieux, attachaient aux pas de la souveraine?

Si j'avais été un pamphlétaire, il m'eût suffi de laisser dans le silence ces imputations, ces particularités intimes de la vie de l'Impératrice, et mon mutisme, en ce cas, et mon indifiérence voulue eussent été plus éloquents et plus péremptoires que la calomnie même.

La presse bonapartiste n'a pas compris le sentiment chevaleresque qui m'a guidé. Elle m'a injurié comme elle injurie quotidiennement ses adversaires, ne pouvant se résoudre à abandonner ses procédés de coup d'Etat, ses façons de garde-chiourme qui, peut-être en un temps, ont eu l'attrait d'une curiosité, d'une monstruosité foraine, mais qui n'émeuvent plus actuellement, qui détournent de la cause qu'elle défend avec tant de maladresse, la jeunesse intelligente, studieuse et amoureuse de hberté.

En vérité, les impérialistes sont bien fondés à se plaindre qu'on ne trouve pas que dans le meilleur des Empires tout ait été pour le mieux, que l'on critique cette cour des Tuileries qui ne sut que rire et que folâtrer, qu'aucune noble pensée n'anima ja-

mais, alors que, chaque jour, leurs journaux déversent sur le gouvernement de la République, ainsi que sur les hommes qui le représentent, leurs outrages et leurs brutalités.

Les impérialistes s'indignent et réclament alors qu'on parle de la légèreté de l'Impératrice, des qualités amoureuses des femmes qui l'entouraient, des petits jeux de la cour et des maîtresses de l'Empereur, mais ils trouvent spirituel et naturel d'insulter les ministres républicains, de ne respecter ni leurs femmes ni leurs enfants^ et de ne désigner cette République qui leur est si tolérante que par ce mot : la Gueuse.

Je ne fais point, ici, de polémique, de politique, mais je le demande à tous les hommes de bonne foi : (ju'eussent dit, sous l'Empire, ceux qui s'élèvent avec tant de violence contre mon œuvre, si un écrivain s'était ainsi oublié dans l'injure? Ils auraient réclamé son envoi dans une colonie pénitentiaire, à défaut de la fusillade.

Nous sommes en des temps plus calmes et plus sobres de représailles.

Un journal, VAutorité, dont je m'occuperai plus complètement au cours de ce chapitre, a osé dire que mon récit sur le Second Empire n'était fait que de racontars sans contrôle, et s'est élevé tout particulièrement, en prenant pour point d'appui, dans

sa discussion, une lettre de la très indulgente M"''' Carette, contre les passages de mon œuvre concernant l'intimité de la cour, les jeux qui se pratiquaient dans le personnel des Tuileries, et les intrigues qui agitaient, qui troublaient la société impériale.

Or, je jette cette question devant le public et je l'oppose à la querelle que Ton m'a cherchée :

Les lettres de MM. le général Fleury, Caro, AValewski, Charles Edmond que j'ai publiées dans Vlmpéraf.rice Eugénie, et qui sont relatives au monde officiel aussi bien qu'au monde de salon des Tuileries, sont-elles inspirées par un esprit malveillant aux institutions bonapartistes et ne confirment-elles pas mon récit? Les lettres, encore, de MM. Rouland, Magne, de Metternich, contenues dans mon précédent volume et dans le présent, ne s'accordent-elles pas pour montrer quelle division existait dans la société qui fréquentait les Tuileries, quelle légèreté, quelle incorrection s'imposaient, dans une fatalité incompréhensible, à chacune des paroles, à chacun des actes de cette société?

J'ai dit que des amusements plus qu'osés étaient en faveur à la cour et, aussitôt, les survivants du monde impérialiste ont bruyamment protesté contre mes affirmations.

Or, un ancien familier des Tuileries, un ancien diplomate attaché au cabinet de M. le marquis de

Moustiers — M. le comte de Maugny — a fait un livre sur le Second Empire « dans un esprit bienveillant » — ce sont les expressions dont il se sert dans sa préface. Ce livre a paru avant les miens et aux pages 69, 70 et 71, je relève les lignes suivantes, qui témoignent que je n'ai rien exagéré et que si M. de Maugny n'avait point été un « bienveillant » nous eussions pu apprendre d'assez drolatiques choses.

« L'Empereur, dit-il, préférait habituellement la conversation et faisait sa cour aux femmes les plus jolies et les plus spirituelles. Il allait s'asseoir successivement à côté de chacune d'elles et, tout en causant avec sa voisine, il interpellait, par-ci par-là, celles qui passaient ou qui se trouvaient à portée de son regard et de sa voix. Rien d'amusant comme le petit manège des grandes coquettes pour attirer son attention. J'en ai vu qui changeaient de place dix fois en cinq minutes, et qui le suivaient du coin de l'œil des heures entières pour arriver à temps sur son passage. »

Chaque mot de cette page ne serait-il pas à souligner et dans la malveillance dont on m'accuse, ai-je jamais été aussi net que M. de Maugny, sur l'attitude des femmes qui briguaient les faveurs de Napoléon III ? Et que penser de ces femmes qui, en cinq minutes, changeaient plus de dix fois de place pour se trouver devant l'Empereur, qui le suivaient, qui s'attachaient à sa chair, dans un désir éhonté et non caché de lui

appartenir — que penser de leur tenue, en cette cour, tenue qui n'eût point été tolérée une seconde dans le plus humble, dans le plus bourgeois des salons?

Mais M. de Maugnj^ s'exprime avec trop de vérité, appuie trop bien mon récit pour que je ne le cite point encore.

« Après le départ de l'Empereur et de l'Impératrice, continue-t-il, qui se retiraient avant minuit, les hommes faisaient encore de longues séances au fumoir. De plus, certaines coteries d'un chic suprême se réunissaient en catimini dans l'appartement particulier de l'une ou l'autre de ces dames, jusqu'à des heures indues, et ces arrière-soirées, d'un caractère essentiellement privé, ne manquaient ni de gaieté, ni de saveur. Je crois même me souvenir que quelquesunes d'entre elles furent prodigieusement folâtres... — Soyons discrets. Voilà pour l'ordinaire. »

Ces lignes ne donnent-elles pas le droit de tout supposer, de tout admettre de la part des courtisans et des courtisanes qui entouraient les souverains? Et ces soirées prodigieusement folâtres sur lesquelles M. de Maugny se fait discret, ne nous apparaissentelles pas comme des nuitées de maison publique ? — C'était là Vordinaire des plaisirs de la cour, ajoute le narrateur. Que pouvait être l'extraordinaire de ces plaisirs ?

Je demande pardon au public du ton peut-être

sévère que je mets dans ce chapitre et qui, on le reconnaîtra, n'est point habituel à ma plume. Mais sachant que j'ai été attaqué avec un extrême acharnement, il comprendra que je me défende et que je prouve la sincérité de l'œuvre que je lui offre.

Je le déclare, en toute franchise, avec toute la loyauté que j'apporte dans mes travaux, je voudrais demeurer calme en présence des dénégations intéressées, des outrages commandités, mais je ne puis me résigner à un silence qui pourrait être pris pour de la crainte, pour de l'impuissance.

Il faut qu'on le sache, je ne me déroberai jamais aux menaces — et les menaces sont nombreuses que m'a values mon récit — et je ferai tète, toujours, à la meute des aboyeurs avec la même énergie qu'ils mettront à me poursuivre.

A vrai dire, les rodomontades de M. Paul de Gassagnac, les rêves haut cotés de M. le duc de Morny, metroublentpeu.Mais jene les laisserai jamais passer sans y répondre, sans les marquer de mon encre, sans les stigmatiser d'une déchirure ineffaçable.

A M. Paul de Cassagnac, ce capitan politique, qui n'a jamais effarouché que les timides, que tous les partis conservateurs ont employé, que tous rejettent aujourd'hui, je dénie le droit du critique même — le droit de parler en moraliste.

A M. le duc de Morny — cet ex-roi de la Gomme — ce mondain insignifiant qui sait mieux la science

des cosmétiques que celle de l'orthographe, qui naguère mit tous ses soins à s'enjuponner, à se faire épiler et qui n'est point encore revenu de cette émasculation, je dénie l'autorité, l'instruction même nécessaires pour me donner des leçons d'histoire.

Ces deux hommes — épaves d'Empire — sont les inspirateurs volontaires ou involontaires, les complices des soudards ivres, des revenants des tueries populaires qui, durant tout le temps qu'a eu lieu la publication des extraits de ce livre, m'ont assailli de lettres ordurières, menaçantes, anonymes.

Je n'ai point à discuter avec eux, je n'ai qu'à faire justice de leur outrecuidance, de leur besogne impudente et c'est à cette tâche que je vais consacrer quelques-unes des pages suivantes — le public étant juge et restant libre dans son appréciation.

Les premières hostilités publiques qui furent dirigées contre mon œuvre et contre ma personne — laissant de côté des attaques de presse — eurent pour auteur M. de Baulny, gendre de M. Rouher, et pour prétexte l'un de mes articles sur le prince Napoléon.

Sur un renseignement fantaisiste, la Gazette de France, en reproduisant mon article, ayant dit que mon nom servait de pseudonyme à M. de Baulny, ce dernier, très ému, paraît-il, se rendit au journal et réclama l'insertion d'une note ainsi conçue :

c( Nous recevons de M. le baron Christian de Baulny une lettre dans laquelle il déclare qu'il est complètement étranger à l'article du Figaro, signé Pierre de Lano, que nous avons reproduit, et dans lequel le caractère si noble de l'impératrice Eugénie est jugé d'une manière absolument fausse. »

Cette note m'ayant été communiquée, je trouvai naturel que M. de Baulny déclinât toute responsabilité dans une chronique dont il n'était ni l'auteur ni l'inspirateur, mais je trouvai, également, qu'il sortait de la réserve qui lui était imposée, en commentant mon article et en s'inscrivant en faux contre mes "affirmations.

Je réclamai, à mon tour, de la Gazette de Finance, la publication d'une note et dans le numéro du ^o mars 1891, cette note paraissait, en réponse à celle de M. de Baulny. La voici :

« Nous recevons de M, Pierre de Lano une communication dans laquelle il déclare qu'il n'a rien de commun avec M. de Baulny (gendre de M. Rouher) en ajoutant qu'il maintient l'exactitude des anecdotes, puisées aux sources les plus authentiques, qu'il a contées dans le Figaro et que la Gazette a reproduites. »

Cet incident semblait terminer, lorsque le journal ia Patrie qui, cependant, à diverses reprises avait, en me décernant des éloges, reproduit mes articles sur le Second Empire, le réveilla et l'envenima en s'atta-

quant, non plus seulement à mon œuvre, mais à ma personne.

Je répondis à la Patrie en lui rappelant que, naguère, elle me témoignait quelque amabilité — à une époque où je rencontrais souvent son Directeur dans un salon voisin de la Madeleine.

Je ne mentionne, d'ailleurs, cet incident que pour mémoire.

Mais puisqu'il a plu à M. de Baulny de prendre visà-vis de moi une attitude agressive, me permettra-t-il de lui demander s'il a connaissance d'un fait qui pourrait singulièrement atténuer la bonne opinion qu'il professe au sujet de la générosité de l'impératrice Eugénie?

Ce fait est intimement lié à la vie de son beaupère, M. Rouher, et se rapporte à une réclamation que l'Impératrice, par l'intermédiaire de l'ex-vice- Empereur, faisait adresser à son neveu le duc d'Albe.

Il est simple et peut être dit en deux mots : le duc d'Albe devant deux termes de loyer à l'Impératrice et ne pouvant les payer, l'ex-souveraine n'hésita point à lui envoyer un huissier pour le forcer à s'acquitter envers elle. Ce fut M. Rouher qu'elle chargea de liquider cette affaire et, par une lettre en date du

15 juillet 1875, l'ancien ministre formula les exigences de l'Impératrice.

Je tiens cette lettre à la disposition de M. de Baulny.

Il me paraît difficile qu'il en détruise la saveur par une note rectificative.

Lorsqu'eut lieu, dans le Figaro, la publication de la Cour de Napoléon III, ce fut contre moi une clameur dans le clan des anciens familiers des Tuileries et dans celui, aussi, de leurs rejetons. Parmi ces derniers, M. le duc de Morny se fit remarquer par une attitude plus militante, plus hostile.

Je demande, ici, la permission de répondre, en quelques mots, à sa morgue hautaine de jeune seigneur régnant chez les rastaquouères.

M. de Morny, dont le nom s'écrit en un seul mot, selon l'almanach de Gotha (page 366, C/ia?^/e5-Ai^^w5fe- Louis-Joseph Demorny) et selon Tacte de naissance de son illustre père, publié par le journal Paris, M. de Morny, laissa, un jour, tomber de sa déd-aigneuse bouche cette précieuse phrase qui me concerne :

— Qu'est M. de Lano? Je l'ignore. On m'assure que ce nom n'est pas un pseudonyme, que ce monsieur existe en chair et en os.

En vérité, à l'époque où M. de Morny m'ignorait, je le connaissais, et j'eusse pu dire qui il était dans un autre style que celui de la Cuisine Bourgeoise, dont il se sert à merveille.

Je savais que M. de Morny avait, jadis, au temps de son célibat quelque peu carnavalesque et tapageusement public, tenu dans les cercles parisiens,

l'emploi d'éphèbe et avait fait montre d'habileté et d'élasticité en exhibant ses formes émascul'ées; je savais qu*un jour il avait joué, à la ville, le rôle d'un Antony au rebours et qu'il avait aux mains un peu du sang de la pauvre fille — M"° Feyghine, de la Comédie-Française — qui s'était tuée chez lui. Je savais qu'il avait essayé d'être élu député et que ce passé qu'il traîne derrière lui, passé fait de poudre de riz et de blague tragique, ne lui avait point permis de réaliser son désir.

Mais ce que j'ignorais, moi aussi, c'est qu'il voulût se refaire une virginité d'homme grave et raisonnable. Il a tenté l'expérience en s'attaquant à ma personne. Cette expérience ne lui a pas réussi et je doute qu'il ait l'envie de la recommencer.

Cette évocation d'un temps où la Chronique scandaleuse enregistrait ses prouesses, lui agréera-t-elle? M. de Morny a toujours eu du goût pour la publicité et à l'heure où il fait paraître la correspondance de son père — mémoires qui n'eussent présenté de réelle curiosité qu'à la condition d'être sincères, mais qu'en fils pieux, il se gardera bien de ne point expurger à la grande déception du public — à l'heure, dis-je, où il livre au lecteur quelques souvenirs de son père, M. de Morny ne sera point trop, sans doute, contrarié de la réclame que je lui fais, ici, gratuitement. On sait que les questions pécuniaires ne sauraient le trouver indifférent.

Un mot encore.

Si M. de Morny douta, un moment, que je fusse « en chair et en os », j'ose croire qu'aujourd'hui il est fixé sur la nature de mon individu.

Un incident très curieux et qui ne fut point révélé aux lecteurs, marqua la pubhcation de la Cour de Napoléon III, dès son début. M"'^ de Metternich réclama. Faisant agir le Gouvernement Austro-Hongrois, ordre était transmis à l'Ambassade d'Autriche, à Paris, d'avoir à s'interposer pour qu'il ne fût plus question de la princesse dans mon ouvrage.

En l'absence de M. le comte Hoyos, ce fut M. le comte Zichy qui se chargea de cette mission et qui fit savoir les volontés de M"'^ de Metternich.

Je trouvai le procédé employé par ces étrangers quelque peu violent et autoritaire, mais je l'excusai presque en songeant que M"'^ de Metternich qui avait vu tant de ses désirs exaucés aux Tuileries, n'agissait que dans une sorte d'habitude et d'inconscience, surtout, de la situation présente.

M™® de Metternich, par la voie de l'Ambassade d'Autriche, menaçait, et je dus m'incliner devant des exigences officiellement exprimées.

Je savais que la publication des lettres de M. le prince de Metternich, sur l'affaire du Mexique, publication faite précédemment dans mon livre Vlmpératrice Eugénie, avait fort indisposé M°^° de

Metternich contre moi et, il y a quelque temps, on me rapportait le propos suivant qu'aurait tenu la princesse, sur mon compte, à la lecture de mon volume :

— Si la République n'existait pas là-bas, si la France avait demain un gouvernement honnête, comme on remballe?mt celui-là!

Je suis vraiment désolé de ne pouvoir changer le gouvernement de mon pays pour être agréable à M™^ de Metternich. La phrase qu'elle m'a consacrée est tout à fait charmante et digne de l'ancienne meneuse des plaisirs de la cour des Tuileries. Mais me permettra-t-elle de lui demander pourquoi le gouvernement actuel de la France ne lui paraît point honnête? Il me semble que ce mot « honnête » s'écarte un peu de son sens dans la bouche de la princesse. Le comprit-elle même jamais ?

Mais c'est là un détail sans importance. Il est un autre mot de M™^ de Metternich qui mérite plus d'attention.

Lorsque l'incident dont je parle se produisit, l'Ambassade d'Autriche fît insérer dans quelques journaux une note dans laquelle il était dit que M""^ de Metternich « aima passionnément notre pays. »

Pour complaire à une femme, je comprends que l'on feigne d'admettre bien des invraisemblances. Cependant, ici, je ne puis, sans protester, enregistrer l'affirmation dont il s'agit.

M""" de Metternich n'aima en aucune époque, ni la France, ni les souverains qui régnaient aux Tuileries. J'ai rapporté, dans Vlmpératrke Eugénie, le mot sanglant qu'elle eut un jour, à Fontainebleau, au sujet de la compagne de Napoléon III : — « Mon impératrice, à moi, est une vraie impératrice — la vôtre n'est que M"° de Montijo. » — J'ai rapporté le rôle qu'elle tint, avec tant d'énergie, dans l'affaire du Mexique, l'attitude encore qui fut la sienne au moment de la déclaration de guerre à la Prusse; il est un mot — celui que j'indiquais, plus haut — qui la peint mieux et pleinement, dans les sentiments qu'elle nourrissait à notre égard.

Ce mot est abominable, atroce, mais peu surprenant, tombant de cette même bouche qui disait : — « On s'embête chez l'Empereur. »

Or donc, lorsque la guerre fut décidée, M™^ de Metternich obsédée, à l'imitation de l'Impératrice, par un besoin sans cesse nouveau de sensations neuves, dans la peur de « s'embêter » sans doute, s'écria, dans un entretien qu'elle eut avec l'une des femmes de la cour, dans une discussion, plutôt, qui n'était point sans mettre en cause son attitude indifférente :

— C'était trop toujours la même chose, ici, après tout. Il fallait du changement. On va donc, enfin, avoir de la « distraction ».

Puiser de la distraction, dans la terre sanglante

des champs de bataille, dans la détresse des mères, des sœurs, des femmes et des fiancées, dans la chute certaine, même, de cet Empereur et de cette Impératrice qui l'avaient si généreusement accueillie, dans l'écroulement de tout un peuple dont elle avait été l'hôte tolérée, c'est là ce que M"'^ de Metternich appelle « aimer passionnément la France. »

Il me paraît inutile et pénible d'insister sur un tel sujet.

M""^ de Metternich fut, je l'ai dit, le génie dissolvant de la cour de Napoléon III. Elle apprit aux femmes à ne plus rougir, aux hommes à tout oser, et nos désastres ne lui enlevèrent point un atome de sa sérénité, de sa « blague » faubourienne et voulue.

M""^ de Metternich est une femme, me dira-t-on, et doit être ménagée.

Ma réponse sera nette : M""^ de Metternich est une femme, oui ; mais une femme politique qui appartient, corps et âme, à l'Histoire. Or, l'Histoire n'a que faire de galanteries vaines, de mondanités hypocrites. — Les femmes, d'ailleurs, sous le Second Empire, furent néfastes à la France et ce serait duperie de leur accorder trop d'indulgence.

Il est bien entendu que je ne relève, dans ces pages, que les incidents qui ont eu pour auteurs des personnalités en vue soit dans la politique, soit dans la société mondaine de l'ancienne cour.

Conformément à la règle que je me suis tracée, je mentionnerai donc l'intervention assez plaisante de M. Tristan Lambert.

M. Tristan Lambert, prenant des moulins pour des géants — c'est-à-dire ne comprenant pas un mot de ce que j'écrivais ou tronquant à dessein ma narration, me donna la charge dans un journal de province et son article fut reproduit, à Paris, par VUnivej's.

Je ne sais quelle salade — qu'on me pardonne cette expression — de Pape, d'Empereur, d'Impératrice, de prince Jérôme, de duc de Morny, d'Allemands et d'Italiens il me servit; mais ayant eu un instant l'envie de répondre à l'article, pour rétablir un peu d'ordre dans les propres idées de son auteur même, en relisant le dit article, un fou rire me prit et j'abandonnai ma plume.

M. Tristan Lambert doit beaucoup à TEmpire, son père ayant occupé un emploi dans la vénerie. II a été lui-même l'ami très dévoué du Prince Impérial et je ne saurais lui reprocher de défendre ceux qui seraient en droit de réclamer sa reconnaissance.

Mais je lui demande de ne point pousser cette reconnaissance jusqu'à m'accuser, lorsque je traite une question d'histoire moderne que j'ai, sans doute, étudiée mieux et avec plus d'indépendance que lui, d'être mal renseigné.

Faut-il lui fournir une preuve de la sincérité de mes récits ?

M. Tristan Lambert ne me connaît pas, je n'ai pas davantage l'honneur de le connaître, et cependant, comment l'aventure suivante dont il fut le héros, qui n'eut pour témoin que le Prince Impérial, faitelle partie de ma collection d'anecdotes ?

On sait que pendant son séjour en Angleterre, après la guerre, le Prince recevait des amis de France et que, parmi ces amis, se trouvait fréquemment M. le baron Tristan Lambert qui avait voué au fils de Napoléon III une sorte de culte.

Or, le Prince Impérial qui savait son compatriote fort chatouilleux sur le chapitre de la galanterie, résolut, un matin, de loi jouer un tour de sa façon.

A l'heure où il savait que son ami faisait son habituelle promenade dans une sorte de parc non loin de Gamden-Place, il revêtit des vêtements de femme et se mit à sa poursuite.

Il ne tarda point à le découvrir sur un banc, à demi caché par le feuillage. Il s'avança vers lui, très voilé, donnant à sa tournure des airs provocateurs, et il s'assit auprès de lui.

M. Tristan Lambert se recula. Le Prince se rapprocha encore. Puis, d'une voix câline, bravant les regards soupçonneux du baron, il lui adressa la parole — comme une déclaration.

M. Tristan Lambert, se redressant alors, s'écarta en

hâte de sa pseudo-tentatrice ; mais un éclat joyeux le retint à sa place et il reconnut le Prince qui fut heureux, pendant tout le jour, de cette plaisanterie.

L'anecdote n'a rien de désobligeant pour mon contradicteur. Elle est tout à l'avantage d'une vertu que je lui souhaite de posséder encore intacte et comme je le sais honnête homme, je suis certain qu'il ne la démentira pas.

J'arrive, enfin, à l'incident Gassagnac, l'un des plus importants de cette série.

Le journal de M. Paul de Gassagnac, VAuto}-Ué, dans son numéro du 16 septembre 1891, publiait une lettre de M"''^ Carette contenant un paragraphe relatif à la Cow de Napoléon III, alors en publication dans le Figaro.

Ge paragraphe était ainsi conçu :

Quelques pages envenimées ne sauraient porter atteinte à la dignité des femmes qui formaient l'intimité de la cour et dont la plupart portaient les noms les plus honorés, les plus glorieux de la France moderne.

De son côté, V Autorité faisait suivre cette lettre du commentaire suivant :

Nous n'ajouterons qu'un seul mot pour regretter que le Figaro accueille, sans contrôle, des racontars de la nature de ceux contre lesquels proteste M"^^ Carette et qui fourmillent dans l'étude de M. Pierre de Lano sur la cour de Napoléon IlL

Si je n'avais eu à répondre qu'à M™^ Carette sur la vertu des femmes des Tuileries, vertu tellement blasonnée, parait-il, qu'elle en devient invulnérable, je me serais contenté de la renvoyer àlalecture du livre de M. le comte de Maugny dont je parlais précédemment, de M. le comte de Maugny qui fut un habitué des fêtes des Tuileries et des ministères et que M"'^ Carette compte, sans doute, au nombre des amis du régime déchu. Mais le commentaire du journal ne me permettait plus de dédaigner l'attaque dirigée contre moi.

Ayant eu la rare bonne fortune, parmi les écrivains modernes, d'être le premier à publier des lettres de l'Empereur, de l'Impératrice et des divers personnages de leur entourage, je ne pouvais, sans protester, entendre que l'on qualifiât de racontars sans contrôle, non seulement mes récits, mais surtout l'ensemble des documents que j'avais offerts au public.

J'adressai donc à VAutorité, la lettre suivante, comptant sur la bonne foi de ce j ournal pour l'insérer :

Paris, le 17 septembre 1891.

A Monsieur le Directeur ou à Monsieur le Gérant du journal l'Autorité.

Monsieur,

On me communique le numéro de l'Autorité du 16 septembre qui contient une lettre de M™® Carette, faisant allusion à mes chroniques sur le Second Empire, et que suit

un commentaire traitant de racontars sans contrôle les documents et les notes que je publie.

M™^Carette ne peut, dit-elle, laisser affirmer qu'elle se trompe, lorsqu'elle écrit sur la cour des Tuileries. J'ai le même souci pour mes travaux, et, aux termes de l'article 13 de la loi sur la liberté de la presse, ayant été mis en cause dans votre journal, je vous prie d'accueillir la déclaration que voici :

J'ai publié une centaine de lettres signées de l'Empereur, de l'Impératrice, des ministres du Second Empire, de M. de Metternich, du prince Napoléon, du général Fleury, etc., concernant les divers événements mondains et politiques du règne de Napoléon III.

J'aipublié des notesprovenantdelasuccession d'hommes d'Etat ayant occupé, sous l'Empire, de hautes fonctions politiques, ou appartenant à d'anciens familiers de la cour.

Je possède, actuellement, un volumineux dossier renfermant des papiers signés de toutes les personnalités en vue aux Tuileries.

M°^^ Carette,queje n'ai jamais nomméeet qui m'attaque bien mal à propos — je lui répondrai mieux, d'ailleurs, dans la préface d'un prochain livre — et vous, Monsieur, mettrez-vous en doute l'authenticité de ces notes et de ces documents?

Si non, tout est bien.

Si oui, je n'ai qu'une réponse à vous faire : je les tiens à votre disposition absolue, au cas où. il vous agréerait de les venir contrôler chez moi.

jyjme Carette voit les choses du passé au traver? de son rôle très restreint de lectrice de l'Impératrice, et vous, Monsieur, trop peut-être au travers de vos anciennes sympathies.

Etant indépendant, je me sers, avec impartialité, des do-

cuments qui me sont fournis et s'il y a, dans cette question, quelque e'quivoque, quelque tromperie intéressée — ce sont mes pages envenimées qui s'adressent ici à M™« Carette — cette tromperie, cette équivoque, ne sont pas de mon côté.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.

Contre mon attente, M. de Gassagnac n'accueillit point ma rectification. Je me décidai, alors, à la lui envoyer par ministère d'huissier.

Furieux d'être obligé, sous peine d'une amende de cinquante à cinq cents francs, de publier mon démenti, M. de Cassagnac prit sa plume des grands jours et me dédia l'un de ses articles les plus grossiers, les plus épileptiques.

A titre de curiosité et pour bien prouver à M. de Cassagnac que ses outrages, que son vocabulaire d'antichambre me touchent peu, je donne ici cet article intitulé : Aux Tuileries.

Nos lecteurs n'ont certainement pas oublié une lettre que m'adressait tout dernièrement W^^ Garette, ancienne lectrice de l'impératrice Eugénie et qui protestait avec une légitime indignation contre une publication faite par le Figaro et signée de M. Pierre de Lano.

Dans cette lettre se trouvait le passage suivant, qu'il est utile de rapporter :

(( Quelques pages envenimées ne sauraient porter atteinte à la dignité des femmes qui formaient l'intimité de la cour et dont la plupart portaient les noms les plus honorés, les plus glorieux de la France moderne. »

L'alinéa que nous venons de citer, visait certains chapitres des prétendus souvenirs de M. Pierre de Lano sur le Second Empire et dans lesquels étaient racontées des choses aussi nauséabondes que mensongères.

Ainsi, il y était dit que les dames d'honneur de l'Impératrice jouaient à saute-mouton, avec la désinvolture que comporte cet exercice, et à la main-chaude, avec les libertés plus ou moins graveleuses dont ce jeu peut donner l'occasion entre hommes et femmes.

En un mot, l'entourage de l'Impératrice était représenté comme une collection de véritables cocottes et de femmes de vie moins que douteuse.

M™° Carette, qui avait occupé, aux Tuileries, une situation de confiance et qui n'a été, de tous les femmes de la cour, ni la moins belle, ni la moins respectée, a trouvé odieuse cette façon d'écrire l'histoire.

Elle l'a dit.

VAutorité a publié sa lettre et l'a nettement approuvée.

Or, voici que M. de Lano, mécontent d'avoir été si vertement relevé, nous écrit et nous demande la publication de sa lettre.

Tout d'abord, nous n'avions pas voulu la publier, estimant que cela est roide de la part de ce monsieur, de s'élever contre les dénégations indignées que provoque sa publication et alors que tous ceux qui ont fréquenté la cour des Tuileries auraient le droit de le cribler de démentis dans le journal où il écoule sa triste marchandise.

Mais M. de Lano insiste et m'envoie un huissier.

C'est trop fort.

Car je ne lui reconnais aucun droit légal ou autre, pour me forcer à publier sa lettre.

Néanmoins, je consens à la publier.

Mais M. de Lano n'y perdra rien et j'en profiterai pour lui dire tout ce que je pense du métier qu'il fait.

M. de Lano est un inconscient.

Il a dû rencontrer quelque part une vieille femme, qu'on nomme tout bas, et qui s'est servi de lui pour écouler de vieilles petites rancunes et un tas de potins rances et gâtés comme elle.

Et bien sérieusement, il s'imagine faire de riiisioire.

Inutile de dire, n'est-ce pas, que M. de Lano n'a rien vu des Tuileries, ni de près ni de loin.

Et c'est à des gens comme M°^° Carette et moi, qu'il a l'outrecuidante prétention d'apprendre ce qui se passait aux Tuileries !

C'est à nous qu'il oppose des rectifications !

Si M. de Lano manque al)solument de talent, il ne manque pas d'aplomb.

Ses chroniques sont un tissu d'erreurs et de faussetés, dont il n'est pas coupable, mais dont il est responsable.

Déjà l'impératrice Eugénie, dont il a eu l'étrange prétention de publier une biographie, le lui a fait dire, avec la haute autorité qui lui appartient.

M™« Carette le lui a répété.

Morny en a fait autant.

Et moi je contresigne ce que l'Impératrice, M°^^ Carette et Morn}^ ont déjà déclaré.

Les chroniques de M. de Lano sur le Second Empire, constituent une publication indigeste, malsaine et d'une inexactitude révoltante.

C'est au-dessous du dernier almanach qui se respecte.

Le lecteur qui achètera ce livre pour savoir ce qui se passait aux Tuileries, sera indignement volé.

Et il ne me plaît pas que, plus tard, on vienne fouiller

là dedans, pour y trouver de prétendus documents historiques.

J'ignore si c'est cette appréciation sévère, que M. de Lano a cherchée en m'envoyant un huissier, mais en tous cas, il l'aura trouvée.

Et j'ajouterai que je ne suis pas fâché qu'il m'en ait imprudemment et maladroitement donné l'occasion.

Mais je n'aurais pas accompli tout ce que je dois, si je ne flétrissais, avec la dernière énergie, cette manie qui devient une tradition au Figaro, de rechercher les publications scandaleuses et honteuses.

Il faut être bien à court d'mtérêt pour faire appel à des Mermeix et à des Lano, pour montrer les faux dessous du Boulangisme ou de l'Empire, et publier des mémoires oîi l'ignorance la plus crasse le dispute au manque absolu de sens moral.

Le Figaro, qui a tant chanté le général Boulanger aux heures passagères de son triomphe, commettait une mauvaise action lorsqu'il publiait, plus tard, les infâmes coulisses du Boulangisme.

Et il ne se conduit pas plus proprement lorsqu'il supporte qu'on bave, chez lui, sur les nobles femmes, compagnes de l'impératrice Eugénie.

Car le Figaro sait fort bien que ce qu'il publie là est faux, archifaux. Il était renseigné exactement sur ce qui se passait aux Tuileries, lui, qui flagornait jadis l'Empereur et l'Impératrice et qui, pour ses reportages de courtisan, recevait un porte-crayon d'or du Prince Impérial, dans la personne de son reporter d'alors.

Qu'on attaque et qu'on juge aussi sévèrement qu'on voudra la politique du Second Empire, on le peut librement.

Mais qu'un journal qui se dit conservateur prête ses

colonnes pour des outrages aux femmes de la cour,- cela n'est ni toiérable, ni supportable.

Voilà pourquoi je ne le tolère pas et ne le supporte pas.

Paul de Cassagnac.

Avant de dire à M. Paul de Cassagnac ce que je pense de lui, il me semble utile de relever divers points de son article.

Tout d'abord, M. de Cassagnac ment, et ment effrontément, pour cacher à ses lecteurs la honteuse nécessité dans laquelle je l'ai placé, en le forçant à publier ma lettre, M. de Cassagnac ment, dis-je, en affirmant qu'il ne me reconnaît aucun droit légal ou autre, pour l'obliger à insérer ma lettre et en ajoutant « qu'il consent à la publier. »

M. de Cassagnac a publié ma lettre parce qu'il n'a pu se dérober à cette insertion, parce qu'il n'ignorait pas que la loi, à défaut de son consentement, eût mis à ma disposition son journal au cas d'un refus, parce qu'il n'ignorait pas davantage qu'une amende le guettait, qu'il eût été obligé, consentant ou non, cette fois encore, de verser entreles mains du fisc, parce qu'enfin, indirectement, j'avais fait savoir h VAutoj-ité — et cela se répétait dans les bureaux de ce journal — que si, dans les délais légaux, ma lettre n'avait point paru, une assignation en police correctionnelle allait suivre ma première sommation.

M. de Cassagnac est un singulier moraliste. Il me reproche de calomnier et d'insulter les femmes du Second Empire et lui-même, dans un paragraphe de son article, s'en prend, en termes outrageants, à je ne sais quelle femme, dont il oublie, dans son besoin de grossièretés, et le sexe et la qualité. Mais n'est-il point entendu que M. de Cassagnac est au-dessus des lois, comme au-dessus de toute honnêteté, de toute élémentaire politesse?

M. de Cassagnac qui a la science infuse, nie mon talent — ce qui est son droit, cette fois — mais il ment derechef en disant que l'impératrice Eugénie, au sujet de mon premier livre qui n'est point une biographie comme, dans son ignorance de ce livre même, il le prétend, m'a fait dire son mécontentement.

Je n'ai, en vérité, jamais reçu de communication de l'impératrice Eugénie et les seules protestations qui m'aient été remises, àpropos de mes œuvres sur le Second Empire, proviennent d'amis maladroits, dont la tenue et le style de cabaret ne sauraient être revendiqués ni approuvés par l'ex-souveraine.

Pour répondre à M. de Cassagnac, librement et sans réserve, il faudrait employer son langage de portefaix. Je ne puis me résoudre à utiliser cet argot et c'est pourquoi je ne relève, de son article, que quelques passages.

M. de Cassagnac, sachant très bien encore qu'il est de mauvaise foi, établit un parallèle entre ma situation d'écrivain contant l'histoire anecdotique du Second Empire et celle de M. Mermeix publiant les Coulisses du Boulangisme.

Sans examiner le cas de M. Mermeix, sans chercher à savoir, ici, s'il a commis une mauvaise action en révélant aux lecteurs les secrets d'un parti, d'un homme qu'il avait servis, je répondrai à M. de Cassagnac qu'il n'est point heureux dans ses rapprochements.

Quelle comparaison, en effet, est-il possible d'établir entre M. Mermeix et moi? Ai-je servi lEmpire? Ai-je jamais reçu un centime du gouvernement impérial? Ai-je jamais partagé le pain et le sel avec les hôtes des Tuileries? Dois-je, pour quelque raison que ce soit, de la reconnaissance à l'Empereur, à l'Impératrice, à quelqu'un de leurs familiers?

M. de Cassagnac qui ne pourrait, avec une telle aisance, affirmer son indépendance, sait fort bien que j'étais un enfant sous le Second Empire et que n'ayant, en aucun temps, eu recours aux faveurs impériales ou simplement bonapartistes, après même la chute de la Dynastie, je demeure libre dans mes convictions, comme dans la direction à donner à ma vie publique, à mes opinions.

Il sait très bien que ces opinions, que cette direction, que ces convictions ne relèvent que de moi-

même, ne regardent personne, et lui, moins que tout autre.

Mais c'est ainsi, et avec d'aussi pitoyables et indélicats arguments, qu'il combat ses adversaires.

Enfin, M. de Cassagnac termine son article par ces mots épiques :

Je ne tolérerai pas la publication de M. Pierre de Lano et ne la supporterai pas.

C'est là une des fanfaronnades ordinaires à cet homme.

Je voudrais bien savoir, en effet, comment M. de Cassagnac s'y prendra pour m'empêcber d'écrire sur le Second Empire. Je voudrais bien savoir parquets moyens M. de Cassagnac m'imposera silence. Il se croit, en certaines heures, encore aux temps où les siens n'avaient qu'une parole à prononcer, qu'un geste à faire, pour que l'orateur, pour que l'écrivain fussent bâillonnés. Ces temps sont finis et la meilleure réponse que je puisse opposer aux ridicules menaces de ce capitaine Fracasse qui ne fracasse personne, c'est la mise en vente de ce livre, c'est la publication prochaine de cet autre volume, lEmpei^eur, qui succédera rapidement à ces pages.

L'attitude terrible, mais qui n'est, au fond, que bouffonne, de M. de Cassagnac, donne trop souvent le change à la foule. On se plaît à répéter que cet

homme est im épouvantail, qu'il fait peur aiix gens, et on menace de son nom les personnes point sages, ainsi qu'on fait entrevoir à l'enfant capricieux qui ne veut point aller se coucher, le nez crochu de M. Croquemitaine.

Il est, cependant, des hommes qui n'ont point l'effroi de M. de Gassagnac. Je suis de ceux-là, et je viens, surabondamment, de le démontrer.

J'ai dit que j'ofTrirai à M. de Gassagnac toute l'expression de la pensée qu'il fait naître en moi. Je réclame, ici, son attention.

Je connais beaucoup M. de Gassagnac, non seulement dans sa vie publique, mais encore dans son existence privée que je n'ai pas le droit, je le déclare, de livrer au lecteur. Il y a quelques années, je le rencontrais, fréquemment, dans un salon voisin de la Madeleine, dans ce même salon oii je me trouvais en présence de M. Guyon, directeur de \siPat7'ie, et ce seul détail lui prouvera que j'ai été à même d'être bien renseigné sur son compte.

Je ne saurais dire la répulsion que cet homme m'a toujours inspirée. Dès que je l'eus observé, cette répulsion se changea en mépris et en une sorte de dédaigneuse pitié.

La vie misérable qui est la sienne n'exclut pas, en effet, ce dernier sentiment.

Ecrivain, c'est le plus vulgaire des pamphlétaires; il n'a ni l'esprit de Rochefort, ni l'amertume hau-

taine de Vallès, ni la fougue chevaleresque de Lissagaray. Il est grossier, brutal, ordurier; il a un répertoire de mots sales qu'il emploie, qu'il manie, comme un joueur remue les pions d'un damier; il est incapable de soutenir une discussion sérieuse, n'ayant, à l'appui de son étroite pensée, nul argument, nul sens, nulle raison. Il injurie et quand il a injurié — ainsi qu'une terreur de barrière — il se croise les bras, exhibe ses biceps, et semble dire à son adversaire : — « Viens-y! » — Il fait de la littérature de carrefour. C'est un camelot qui a de l'orthographe.

Homme politique, c'est — pour me servir de la pittoresque expression d'Alphonse Daudet — un raté. Qu'on le sorte de son journal, qu'on le jette en dehors de la clôture au travers de laquelle il aboie aux passants, il ne restera plus rien de lui.

A la Chambre, dans les couloirs de laquelle il passe avec un mauvais regard — le regard de l'esclave affranchi — il n'a aucune influence, aucune notoriété. On s'amusait de lui, au temps oiila Répubhque, mal affermie et gouvernée par des hommes qui la combattaient, tolérait ses incartades, ses démonstrations bruyantes et ses outrages. On ne l'écoute plus aujourd'hui. Il a compris son discrédit, et il se tait.

Sans convictions, sans sincérité, ne croyant ni à l'Empereur, ni au Roi, ni au Pape, n'ayant que le souci de la vente de son journal, il est, en outre, maladroit dans son rôle de député, maladroit ainsi

qu'un sanglier qu'on placerait au milieu d'un cercle de coquilles d'oeufs; c'est, aussi, un jettatore et il suffit qu'il entre dans un débat, pour ramener à son parti, à ceux qu'il tente de défendre, toute l'antipathie du Parlement.

C'est un phraseur, un bellâtre de tribune, rien de plus, c'est Tours de la Fable dont le pavé est sans cesse à craindre.

L'Empire n'eût su que faire de lui; il l'eût, sans doute, laissé à sa chaire de langue grasse et l'avenir ne lui réserve nulle situation politique. Il n'a aucune des qualite's nécessaires à l'homme d'Etat.

J'ai rappelé, ailleurs, le mot du prince Napoléon sur son compte : — « C'est un bon zouave pontifical, w — Ce n'est qu'un bon zouave pontifical, en effet, et encore il ne faudrait pas que, dans ce rôle, il trouvât, devant lui, au moment de l'action, une cave Baratin, comme à Sedan, pour s'y cacher.

Ses métamorphoses politiques sont fort curieuses. D'abord bonapartiste, puis impérialiste — i^ y a une nuance — puis flairant l'air, et pistant sur l'orléanisme, il a, je le répète, servi tous les partis conservateurs et les a, tour à tour, trahis. Et cela, dans une belle inconscience — dans l'inconscience du mercenaire — injuriant , louangeant, au gré des événements, au gré surtout du tirage de son journal,

Cette gloire suprême de la France — parmi tant d'autres — Yictor Hugo — n'a point même trouvé

grâce devant lui. Il Ta éclaboussée de son venin.

Faux ami, il n'hésite pas, lorsqu'il veut se débarrasser d'un témoin gênant de ses actes, à le calomnier, à le diffamer.

M. Robert Mitchell fut sa victime, naguère, et M. Edmond Poirier qu'il attaquait indignement, le traduisit en police correctionnelle et le fit condamner.

On le voit, lorsque M. de Gassagnac le prend de trop haut avec des écrivains indépendants, il manque son but.

Il n'est que peu responsable, d'ailleurs, moralement, de ses inconséquences. Il va où le pousse le vent — le bon vent des abonnements à V Autorité — et il faut le plaindre plutôt que le blâmer.

M. de Gassagnac aime à faire montre de sentiments chevaleresques envers les femmes. Or, je tiens en réserve une anecdote qui édifiera le public sur la valeur de ces sentiments.

C'est par cette historiette que je terminerai ce portrait.

Une après-midi, comme j'étais en visite, dans le salon que j'ai déjà indiqué, j'y rencontrai M'^"" B... de la Gomédie-Française, puis quelques minutes après mon entrée, M. de Gassagnac fut annoncé.

Il s'assit et la conversation étant générale, on ne sinquiétait guère de lui.

Soudain, sa voix, cependant, se fit entendre et

s'adressant à M"°B... qui semblait occupée à rendre sage un gentil gamin qui la nommait « maman », il lui dit, sur ce ton traînard, empâté et faubourien qui lui est propre :

— Tiens, vous vous faites donc appeler maman par votre mioche?

Et après une pause, avec un accent méchant :

— Pourquoi pas « ma tante? »

Le silence était complet dans le salon lorsque ces mots furent prononcés et ceux qui les entendirent — on était une quinzaine de visiteurs — furent indignés, ressentirent quelque gêne, et M"''B...se prit à rougir, tandis que ses yeux se mouillaient de larmes.

L'injure était gratuite, infâme, et la frappait brutalement.

Pourtant, elle se remit promptement et fut spirituelle et charmante en sa réponse :

— Monsieur, déclara-t-elle, je ne suis point une hypocrite et je me fais appeler « maman » par mon fils, parce que je suis très heureuse et très fîère d'être mère.

M. de Cassagnac eut un « ah! » banal, comme le hoquet d'une bête qui a trop bu, trop mangé, et ce fut tout.

L'anecdote, évidemment, n'est point révélatrice d'un crime, mais elle aide à voir clair sous le masque de gentilhomme que porte — en ville — M. de Cassagnac et qui, parfois, comme en l'heure que je viens

de rappeler, mal attaché, laisse deviner le visage de celui qui s'en affuble.

M. de Cassagnac est un marchand d'oripeaux qui utilise, pour son compte, les défroques de son « décrochez-moi ça. »

Il me demandait, dans son article, si sa réponse me satisfaisait. Lui adresser la même question serait puéril ; je pense qu'il ne sera pas mécontent de la mienne.

Quant à M^^ Carette, je comprends peu qu'elle m'ait attaqué, car, dans le joli arrangement auquel elle se livre sur l'histoire des Tuileries, elle sait mieux que personne que je dis la vérité.

Mais je conçois parfaitement que M"^ Carette soit tenue à une extrême bienveillance vis-à-vis des anciens hôtes des Tuileries. S'étant trouvée jadis, après la guerre, dans une situation difficile et ayant éprou\é la générosité de l'Impératrice qui, pour elle, voulut bien se montrer bonne, elle n'a plus sa liberté de parole et elle doit reconnaître les bienfaits qu'elle a reçus par une indulgence perpétuelle.

Je lui demanderai, cependant, si elle m'attaque encore, de ne point mettre dans nos débats une préoccupation commerciale qui me chagrine.

Lorsque je publiai la Cour de Napoléon III, M™^ Carette ou ses amis firent faire l'annonce suivante, en effet, dans les journaux, annonce qui se fût aisément

passée de mon nom et qui eût gagné à ne point être présentée dans la forme qui fut la sienne ;

Au moment où le Figaro publie les polissonneries d'un sieur de Lano qui pouraient être intitulées les Mémoires d'une portière, on ne saurait trop recommander la lecture des Souvenirs intimes des Tuileries, de M^^^ Carette.

J'excuse la réclame, mais non l'insulte, et lorsque cette insulte s'appuie sur le nom d'une femme honorable, elle est doublement regrettable.

Ce chapitre s'achève.

En le terminant, je prie, une fois encore, les lecteurs d'en excuser le ton amer, dont je suis peu coutumier. Mais, je le répète, ils comprendront qu'ayant été attaqué avec une excessive violence, j'aie tenu à répondre aux outrages, à me défendre.

J'eusse volontiers, d'ailleurs, dédaigné ces outrages et je ne serais point revenu sur les incidents qui les ont provoqués, si ma personne seule avait été, ici, en cause. Mais au-dessus de moi il y avait un droit, le droit de l'historien, à sauvegarder, à protéger, à affirmer, et je n'ai pas cru possible de me dérober au devoir qui s'imposait à moi.

C'est qu'en vérité, si j'avais montré, je ne dirai pas quelque timidité, mais quelque indifférence devant les menaces qui ont tenté d'arrêter ma plume, les

adversaires de la liberté de la Presse se fussent enorgueillis de mon silence comme d'une victoire, et j'eusse laissé se créer, là, un précédent dont d'autres que moi eussent pu être victimes.

Je pense donc avoir démontré la sincérité de mon œuvre, la mauvaise foi de mes adversaires ; je pense avoir posé avec énergie, devant les revenants des coups d'État, le droit qu'a chaque écrivain de parler du Second Empire en l'appréciant comme il lui plaît, de parler de la cour des Tuileries, des hommes et des femmes qui la composèrent, avec toute indépendance.

Pour n'avoir point été un acteur dans les plaisirs de cette cour, mes renseignements n'en sont pas moins sûrs, basés sur des documents irréfutables. Je regrette qu'ils ne m'aient point permis d'être plus souvent indulgent.

Je ne puis demander à mes contemporains, aux survivants, surtout, nombreux encore, de la cour impériale, le calme nécessaire pour juger mon œuvre.

Le temps peut-être la consacrera.

Je suis le joueur de flûte solitaire, qui, sur les ruines d'une époque de folie, parmi les ombres d'une nécropole, fait entendre, tranquille et triste, le murmure doux et moqueur de sa pensée, faite de philosophique résignation, de patriotique espérance, de rêve, de pitié.

On a souvent, et non sans raison, établi un rapprochement entre la vie, entre la destinée de l'empereur Napoléon III et la destinée et la vie de son oncle, l'empereur Napoléon I". — Il est évident, en efïet, que l'un et l'autre semblent n'avoir été, philosophiquement et politiquement, que des accidents nés d'une impossibilité et condamnés à ne plus être en même temps que la cause qui les avait rendus nécessaires. Tel, l'orage qu'un midi de juin accumule, qui éclate, qui fait son œuvre, obéissant aux lois naturelles, et qui meurt sous l'influence d'un état nouveau de l'atmosphère. — Ce rapprochement est davantage apparent si l'on met en regard les difficultés qu'éprouva Napoléon P"" dans l'acceptation, par l'Europe, de sa souveraineté neuve, dans l'accomplissement du mariage dont il avait besoin, et

4i LA COUR DE NAPOLEON III.

les obstacles que rencontra Napoléon III, à l'Etranger, lors de son avènement, et les luttes qu'il eut à soutenir contre sa famille, contre ses hommes d'Etat, quand il voulut donner une part de son trône à la femme qu'il aimait. — Contraste curieux, aussi : — Napoléon I" souleva des critiques, des indignations, lorsqu'il répudia l'épouse de son choix, pour s'unir à la femme que la politique lui offrait; et Napoléon III provoqua des colères, des observations, lorsqu'il se détourna de la femme que cette même et éternelle politique lui imposait, pour ne satisfaire que les seules aspirations de son cœur. — Une rumeur populaire veut que l'oncle ait été puni de son implacabilité amoureuse, à l'égard de Joséphine, par la défaite. Pourquoi la même rumeur n'a-t-elle point voulu que le neveu fût récompensé de sa sentimentalité par la victoire?

Les difficultés que les cours étrangères suscitèrent au prince Louis Bonaparte, à la veille de son couronnement, ne furent guère sérieuses, en vérité, et je ne les mentionnerais pas si elles n'avaient eu pour base que la défiance de l'Europe, défiance qui eût pu être justifiée par la soudaineté avec laquelle le Prince- Président savait créer les événements. — L'Europe se montra aimable, au contraire, pour le nouvel Empereur; elle enregistra, sans trop de réserve, les faits accomphs, et ses susceptibilités ne s'éveillèrent

que lorsqu'il s'agit de décider si l'Angleterre, très sollicitée par l'ambassadeur français, reconnaîtrait Napoléon avant toute autre cour européenne, ou bien attendrait, pour faire ses déclarations d'adhésion, l'avis conforme et simultané des puissances. Une question d'ordre dynastique s'ajouta aussi à cette première hésitation. Lorsque l'Europe et le cabinet de Londres, particulièrement, apprirent que le prince Louis Bonaparte se disposait à régner sous le nom de Napoléon III, ils s'étonnèrent et manifestèrent quelque raideur.

Le roi de Naples, le premier, avait répondu à la notification officieuse du cabinet de Paris par un acquiescement immédiat. Mais de quel poids était l'autorité du roi de Naples dans l'état de l'Europe alors? — L'assentiment de l'Angleterre, surtout, préoccupait le futur Empereur, et tous ses eftorts tendaient à l'obtenir; car, il ne l'ignorait pas, il ralliait celui de la Russie et, sans discussion, entraînait celui aussi des cours de Prusse et d'Autriche. Les autres nations importaient peu.

Le Prince-Président avait compté sur l'appui spontané du cabinet de Londres. Contre son attente, cet appui lui faisant défaut, dans son triomphe, il devint morose.

Le prince Louis Bonaparte, quoique fataliste et sous l'influence d'une étoile Imaginative, avait, au plus haut degré, le sens politique des choses et savait

prévoir les événements. Il ne doutait pas de la sympathie de l'Angleterre à son égard; cependant, sans escompter imprudemment ses dispositions bienveillantes, il avait tenu à engager devant elle le débat qui l'intéressait, fort avant l'heure de son élévation au trône, afin qu'au jour de cette élévation, tout obstacle fût écarté de sa route. 11 avait, ainsi, été sage et habile. — Le gouvernement anglais avait, selon les prévisions du Prince, tout d'abord répondu amicalement aux ouvertures de l'ambassadeur de France qui, à cette époque, était le comte Walev^'ski; mais quand on lui avait demandé de prendre l'initiative, dans la reconnaissance du nom de Napoléon III, cédant complaisamment aux av-ertissements du baron Brunow, ministre de Russie, qui conseillait un accord général et préalable, il avait cherché des échappatoires et, finalement, déclaré qu'il ne pouvait saluer l'Empereur que sous le nom de Napoléon II, objectant — oublieux du souvenir de Louis XYII, mort au Temple sans avoir régné, et de celui de Louis XVIII, prenant le pouvoir sans s'inquiéter de cette abstraction historique — que Napoléon III était un non-sens politique, puisque le duc de Reichstadt, l'héritier de Napoléon P% était demeuré étranger aux fluctuations dynastiques de la France. L'argument était bizarre, mais n'était pas sans logique. L'ambassadeur le mit au compte d'un détour hypocrite, d'une mauvaise volonté et d'une hostilité préméditées. Il le laissa

sans réplique, et il écrivit au Prince-Président pour lui faire part de ses appréhensions.

Napoléon, qui recherchait l'alHance anglaise — qui la rechercha durant tout le cours de son règne, quoique ses sentiments intimes n'aient jamais abdiqué devant le cabinet de Londres — fut très contrarié de ce contre-temps. Ami du prince Albert, il eut lieu d'être surpris des entraves qu'on lui créait. D'autre part, très peu aimé de la reine qui, alors, selon l'expression d'un homme d'Etat, « ne pouvait le sentir », reportant sur la famille d'Orléans toute sa sympathie, il ne témoigna qu'un étonnement relatif.

Le prince Louis Bonaparte connaissait, en effet^ les sentiments qu'il inspirait à la reine Victoria. Il savait que, chaque jour, ses conseillers luttaient contre elle à son sujet, et que lord Palmerston, qui avait abandonné le pouvoir pour le trop soutenir, s'était écrié au lendemain de sa chute, faisant allusion à cette aversion et la raillant : — « Ne contrarions pas la reine. Le prince est un charmeur. Et, comme les autres, elle viendra à lui. »

Quoi qu'il en fût, le Prince-Président était ennuyé ; mais il était homme d'action. Tout en déplorant un accident imprévu et qui menaçait de lui créer des embarras à l'extérieur comme à l'intérieur, il donna l'ordre à son représentant de maintenir ses prétentions et de les faire agréer. Il était anxieux, pourtant,

car il ne se dissimulait pas que le refus de l'Angleterre d'accueillir franchement la proclamation de son nom, avait une apparence de raison. Reconnaître Napoléon comme le troisième Empereur des Français, c'était, pour elle, non seulement avouer le duc de Reichstadt — ce pauvre et débile enfant dont elle avait tué le père — mais c'était inlliger un démenti à sa politique passée; c'était s'humilier devant le prisonnier de Sainte-Hélène ; c'était porter, devant sa mémoire, Waterloo, non plus comme une apothéose, mais comme une victoire bâtarde, comme une gloire boiteuse.

Alimenté par les menées du baron Brunow, l'incident risquait de se prolonger et de s'envenimer.

Soudain, à l'heure où il semblait le moins aisé à clore, l'ambassadeur de France le fit, très adroitement, dévier à son profit.

Quelques jours avant le deux décembre 1852, date officielle de la proclamation de l'Empire, le ministre de Prusse, à Londres, M. le baron Bounsen, offrait au corps diplomatique un dîner suivi d'une réception brillante. Lord Darby, président du Conseil, et lady Darby ; lord Malmesburg, ministre des affaires étrangères, très dévoué au prince Louis Bonaparte; le comte Walewski, ambassadeur de France ; le baron Brunow, ministre de Russie, parmi les plus importants, assistaient au dîner. — Lord et lady Palmers- ±on. le marquis d'Azzeglio, ministre du Piémont, le

comte Fitzzoum, ministre de Saxe, et d'autres personnalités mondaines ou politiques, assistaient à la soirée.

Lorsque les convives et les invités se furent mêlés dans les salons, l'ambassadeur de France s'approcha de lord Darby et essaya, de nouveau, d'obtenir de lui qu'il mît fin, gracieusement, au débat qui les divisait. — L'ambassadeur du Prince-Président était, on le sait, très aimé de la société anglaise en laquelle, par son premier mariage, il avait contracté des alliances et des affections, et si un homme, alors, était capable de concilier à la France les sympathies britanniques, c'était lui. Le prince Louis Bonaparte n'avait eu garde de négliger un pareil auxiliaire et il l'avait accrédité à Londres, espérant tout de son habileté et de sa situation particulière. Pourtant, dans la malheureuse et un peu vaine question qui avait été soulevée, le comte Walewski s'était heurté à une fin de non-recevoir très résolue et, pour la première fois, peut-être, il craignait de ne pas vaincre les résistances qu'on lui opposait.

Mais tandis qu'il conférait et discutait avec le ministre anglais, lord Palmerston, adversaire politique de lord Darby, désireux de tourner à son avantage le conflit pendant entre l'ambassadeur et son rival, glanant dans ce conflit l'occasion de rendre à son parti la direction des affaires — lord Palmerston déclarait dans un groupe que si lord Darby persistait dans

son refus, il l'interpellerait dès le lendemain, certain de rencontrer, dans le Parlement, une majorité pour l'approuver. Le président du Conseil serait renversé, il le remplacerait au pouvoir et son premier acte consisterait à terminer un différend que son prédécesseur n'aurait point su éviter.

Le succès de la mission confiée à l'ambassadeur français était dans les paroles de lord Palmerston. Sans perdre une minute, il fallait qu'il fût informé de la petite comédie parlementaire qui se préparait. Un ami se chargea de le prévenir et de lui faire connaître les intentions qui venaient d'être exprimées.

Le comte Walewski avait, en politique, la conception prompte et sûre. Il lui parut dangereux d'attendre qu'une discussion publique obligeât l'Angleterre à se soumettre au désir du futur Empereur des Français ; il brusqua les événements et jouant, désormais, avec lord Darby, comme le chat de la fable avec la souris, il lui révéla les desseins de lord Palmerston et l'abandonna à ses réflexions.

Le pouvoir est cher aux hommes. Le ministre demeura, un moment, songeur. Il vit, sans doute, comme en un cauchemar, la désapprobation, l'isolement qui allaient l'atteindre et en dépit des observations que, devant lui, le baron Brunow adressa, encore, à lord Palmerston, il conclut enfin, en priant l'ambassadeur de transmettre à son gouvernement l'adhésion du cabinet anglais à la proclama-

APRÈS LE DEUX DÉCExMBRE. 3i

tion de Napoléon III comme Empereur des Français.

Lord Palmerston perdit, là, un ministère. Mais regretta-t-il cet effacement momentané? — Non. — Lord Palmerston était, alors, un admirateur du prince Louis Bonaparte, un dévoué des futures institutions impériales. Ecrivant à l'un de ses amis de France, homme d'Etat et familier du Prince-Président, il aimait, dès avant le deux décembre 1852, à répéter une phrase célèbre du Président adressée aux troupes au cours d'une revue dans les Champs- Elysées, affirmant, ainsi, ses sympathies à l'égard du futur Empereur et de ses collaborateurs : — « Je marche, disait-il, suivez moi. » — Et analysant le caractère du prince, il ajoutait : — « Voilà l'homme qui doit régner en France. »

L'ambassadeur fit savoir à Paris la réussite de sa négociation et, le lendemain même de l'avènement impérial, il reçut de celui qui était, désormais. Napoléon III, la lettre suivante :

Aux Tuileries, le 3 décembre 1832.

Je vous remercie de votre lettre d'hier qui reflète si bien la chaleur de votre cœur. Je suis très sensible à cette nouvelle preuve de votre dévouement. Je vous prie de compter toujours sur ma sincère amitié et de croire que je m'estime heureux d'avoir en vous un représentant si habile et si dévoué.

Napoléon.

On a souvent reproché à l'empereur Napoléon III de s'être inféodé à la politique anglaise, exagérant ainsi les sentiments d'affection ou de reconnaissance qui l'unissaient à la plupart des hommes d'Etat d'outre-Manche. Le fait qui vient d'être raconté démontre, cependant, que ces sentiments ne l'empêchaient pas de conserver vis-à-vis de l'Angleterre son indépendance et sa fermeté.

Les funérailles du vainqueur de Waterloo avaient été, aussi, pour le représentant du Prince, une occasion d'affirmer cette liberté d'attitude.

Lorsque le vieux duc de Wellington mourut, toutes les puissances européennes accréditèrent à Londres un envoyé spécial pour assister à ses obsèques, et la préséance du corps diplomatique étranger fut offerte au ministre de Russie. L'ambassadeur de France, au nom de son gouvernement, déclina alors l'invitation qui lui avait été adressée et n'hésita pas à faire comprendre au cabinet anglais que, dans cette circonstance très solennelle, toute spéciale et très en relief, il ne pouvait se rendre aux funérailles de Wellington qu'en prenant la tête des délégués européens. On fît droit à sa réclamation et l'incident lui valut même la lettre suivante, signée de lady Darby, la femme si charmante et si intelligente du chef du cabinet anglais, au sujet de la réception qui suivit les funérailles de Wellington :

" « En envoyant l'invitation qui accompagne ce billet, j'ose vous exprimer de ma part le vif désir qu'a lord Darby que vous nous fassiez le plaisir de l'accepter. Une peut s'empêcher de sentir qu'en offrant l'hospitalité de ce pays aux représentants des nations qui ont été mandées ici spécialement pour assister aux funérailles du duc de Wellington, il peut y avoir pour la France une apparence d'isolement que pourtant les circonstances rendaient inévitable. Lord Darby désire vivement que le démenti le plus public soit donné aux inductions non vraies qui pourraient se tirer de ces apparences. Il saisit donc avec empressement la première occasion de solliciter l'honneur de la présence de l'ambassadeur de France à la seule réunion particuhère qu'il lui ait été possible d'arranger pour les Etrangers casuels que cet événement a amenés en Angleterre. »

Puisqu'ici le nom de Wellington est prononcé, il me paraît intéressant de dire une anecdote dont, quelque temps avant sa mort, il fut le héros.

L'ambassadeur de France venait, pour la première fois, depuis le coup d'Etat de 1851, de lancer des invitations et d'ouvrir, à la société londonienne, ses salons. Dans un sentiment de délicatesse propre à ménager toutes les susceptibilités, le duc de Wel lington,dont le nom fameux portait un trop fameux souvenir, n'avait pas été convié. Le vieux soldat,

devant rexception qui le frappait, s'était montré surpris, puis s'était révolté et il n'avait pas hésité à se plaindre de la mesure qui lui était personnelle, à l'ambassadeur même. Ayant, ainsi, forcé l'entrée de l'ambassade française, au jour convenu il vint occuper, à la table de son hôte, la place qui lui avait été réservée. Il ne parla que peu durant le dîner. Mais quand l'heure des toasts arriva, il se leva, saisit son verre et de sa voix de bataille, s'écria :

— Je bois à votre Prince, monsieur l'Ambassadeur. Je bois à la mémoire du plus grand génie qui honore ce siècle. Ancien adversaire de votre Empereur, je bois au souvenir de Napoléon I" !

L'admiration de Wellington pour le vaincu de Waterloo était connue. Néanmoins, cette déclaration soudaine, cette glorification d'un ennemi légendaire, jetèrent comme un trouble, comme une indécision parmi les assistants.

L'ambassadeur remercia le général en termes émus et chaleureux.

Lorsqu'il se tut, le duc qui avait écouté, debout, la réponse de son hôte, reprit dans un accent vibrant :

— Hurrah, hurrah ! Messieurs, à la mémoire de Napoléon P"" !

L'incident produisit, alors, une impression profonde sur le monde diplomatique et fut très commenté dans les cercles politiques.

Le Second Empire se présentait, devant les Peuples, avec des auréoles et avec des apothéoses. La terre anglaise, dans un revirement singulier des sentiments et des choses, cette même terre qui s'était faite inhospitalière à l'Oncle, mêlait sa sève à la sève du sol français pour féconder l'élévation du Neveu. — Et l'Europe — la vieille et orgueilleuse Europe que les royautés neuves et d'aventure trouvent si réservée, si hostile — faisait presque jeune son sourire, sentait battre mieux son cœur desséché devant cet Empereur qui naissait, comme naissent les Princes Charmants des contes de fées, avec du soleil et avec du rêve sur la tête.

Durant tout le temps que celui qui devait être Napoléon III resta au palais de l'Elysée, en qualité de Président de la République, la société parisienne — celle du faubourg Saint-Germain comme celle du faubourg Saint-Honoré — accepta les invitations qui lui furent faites de prendre part aux soirées officielles, et il n'y eut que peu de boudeurs parmi ses membres.

Les partis ne voyaient alors en Louis-Napoléon Bonaparte qu'un homme de transition, destiné à céder la place au plus habile ou au plus audacieux, et ne songeaient nullement que le Prince pût être, tout à la fois, cet audacieux et cet habile qui stériliserait leurs espérances.

C'est ce qui advint, pourtant, et quand, après le coup d'État, étant Empereur, l'ex-Prince-Président

regarda autour de lui, il put constater l'isolement qui le frappait : les commensaux de la veille l'avaient fui et étaient devenus ses pires ennemis.

Napoléon III, beau joueur et fataliste, ne s'attarda pas dans la crainte de cette hostilité. Il parut l'ignorer même et, s'il en parla, ce ne fut qu'avec une sorte d'étonnement naïf ou indifférent.

— Ces gens, dit-il, alors, ne comprennent rien à la politique et je n'en ai que faire. Ils ne sont que décoratifs et bons à porter du galon. Je les eusse volontiers dorés sur tranche.

Le sentiment qu'exprime cette boutade est le même qui se retrouve en Napoléon III, à toutes les heures de son règne : il chercha, par tous les moyens, sans y parvenir complètement, à se concilier l'aristocratie royaliste en lui offrant, en effet, de ne porter que du galon.

Il ne faudrait point, cependant, voir dans la pensée de l'Empereur plus de dédain qu'elle n'en renferma jamais réellementpourla société des deux faubourgs. Napoléon III n'ignorait pas que cette société eût été, dans sa main, un complément de force et de prestige à mettre en regard de la morgue étrangère ; mais homme d'action, il ne put se résigner, en aucun temps, à confier des fonctions sérieuses à des représentants d'une politique peu conforme à ses goûts d'autorité et qu'il considérait comme néfaste et vaine, dans sa pusillanimité. Il eût consenti, avec

joie, à honorer de charges de cour ou d'une ambassade un duc de Doudeauville, par exemple, mais il ne lui eût jamais remis la direction d'un ministère militant. C'est pourquoi il ne regretta qu'à demi l'abstention de l'aristocratie lorsqu'il monta sur le trône.

Toutefois, Napoléon III ne se dissimulait pas qu'une souveraineté ne peut exister sans l'éclat et sans l'attrait d'une cour. Indépendamment de la passion qui le jetta vers M^^^ de Montijo et qui lui fit conclure un mariage hâtif et d'occasion, indépendamment de ce besoin de paix familiale qui était en lui, depuis son avènement, on peut croire qu'il ne se maria avec autant d'empressement que pour mieux assurer à sa dignité neuve cet éclat et cet attrait qui manquaient à son célibat couronné.

Peu aimé des siens propres, à qui il prodigua cependant, dès son élévation, honneurs et profits, Napoléon III voulut faire diversion à leur ingratitude en se créant, en outre, des amitiés et des dévoûments, saturés de l'air même qu'il respirait.

— Je les oublierai, dit-il un jour à l'un de ses intimes en parlant de ses parents, dans l'affection des autres.

C'est ainsi, et sous ces auspices un peu moroses, que fut formée la cour du second Empire — cette cour qui ne devait non seulement en rien se ressentir de la maussaderie qui avait inspiré son recrute

-ment, mais qui était destinée k laisser après elle, dans le monde, un renom, difficile à contester, de frivolité et de folie.

A vrai dire, dès les premières années du mariage de l'Empereur avec W^^ de Montijo, cette apparence légère de la cour n'eut que peu l'occasion de s'affirmer et d'être remarquée.

La guerre de Crimée, la naissance du Prince Impérial, la campagne d'Italie ne permirent à la société des Tuileries que de rares envolées vers les plaisirs bruyants et ne donnèrent au public nul loisir de critique.

On était alors tout aux exubérances patriotiques, -tout aux enchantements d'un règne qui rappelait, par ses victoires, l'épopée du siècle à son début, et un nom et un homme. Napoléon, synthétisaient l'Empire,

Ce fut après la guerre d'Italie que la cour, livrée davantage à la cohue cosmopolite et à l'influence de W^^ de Metternich, ambassadrice d'Autriche, commença à éveiller l'attention de l'opinion, à se mettre plus directement en rapport avec elle.

La guerre du Mexique même, loin d'arrêter son élan vers le plaisir, fut, pour l'entourage de l'Impératrice, comme un prétexte nouveau de divertissements.

Le monde des réunions habituelles des Tuileries

était, il faut l'avouer, fort disparate, ne présentait aucun caractère d'homogénéité, et chacun , au palais, marchait dans un égoïsme absolu, dans une lutte sans merci contre son voisin de table ou de salon.

Ce monde, recruté un peu dans tous les rangs de la société élégante, dans l'ancienne aristocratie ruinée, dans la bourgeoisie, dans la haute banque, dans le clan des exotiques, était un assemblage étrange et malsain de personnalités à l'affût d'une faveur, d'une affaire, d'une fonction ou d'une intrigue.

Grâce à la toute-puissance de M. de Morny, des industriels, brasseurs de milUons, plus ou moins honnêtement amassés, passèrent le seuil du château ; grâce à la malignité de M™*" de Metternich, des étrangers parlèrent haut devant l'Impératrice ; grâce à la complaisance de certains officiers de la maison, plus besogneux que scrupuleux, des financiers établirent, dans la demeure impériale, comme une sorte de bourse où se débattirent des intérêts clandestins; grâce aux cocodettes et à leurs favoris, l'argot traîna dans les conversations; grâce, enfin, à l'inconséquence de l'Impératrice, l'intimité même du ménage impérial devint un sujet ordinaire et amusant de causerie, de moquerie

Dans son aspect général, ce mélange d'individualités et de sentiments, de passions et de scepticisme,

62 LA COUR DE NAPOLÉON Ht.

n'offrait rien d'équivoque, cependant. Les écarts de langage ou de geste, les oublis de l'étiquette, les mauvaises pensées, les scandales même qui survenaient à la suite de quelque discussion d'affaires, de quelque scène de jeu ou d'amour, étaient étouffés sous la rumeur plus violente de jeunesse et de plaisirs qui emplissait le palais, et comme l'Empereur, le plus souvent, dans sa bonté extrême, dans son indulgence aveugle, dans sa tristesse intime peut-être, payait, de son autorité et de sa cassette, le déficit matériel ou moral qui se produisait, on ne songeait guère à récriminer et l'on repartait, avec plus d'entrain, vers d'autres joies, vers d'autres griseries.

L'aventure du comte d'Andlau, trichant au jeu, est connue.

Celle de M. M..., jeune officier de la Garde, ne l'est pas.

M. M... ne tricha pas, mais ayant perdu vingt mille francs sans avoir le premier sou pour les solder, s'en fut bravement trouver Napoléon 111 et lui exposa sa situation, déclarant qu'il se tuerait plutôt que d'être déshonoré.

L'Empereur l'écouta, sans un mot, puis se leva, prit dans un portefeuille vingt billets de mille francs et les lui donna.

Et alors seulement, avec un sourire, il lui dit :

— La vie d'un de mes soldats vaut plus que la

somme dont vous avez besoin. Mais je ne suis pas riche et ne pourrais peut-être pas toujours la racheter à ce prix. Allez et ne péchez plus.

De tels faits n'étaient point pour accroître le respect dû à l'autorité du souverain. Mais que pouvait Napoléon III contre leur quotidienne manifestation? Je l'ai dit, il était ennemi de tout scandale, et il faisait, courageusement, la part du diable dans les obstacles qu'on lui suscitait.

Une anecdote témoignera du désarroi, du manque d'équilibre qui existaient à la cour et qui enlevaient au monde spécial des Tuileries tout souci de sa propre moralité, créant, en outre, des inconséquences qui allaient jusqu'à mettre en péril les destinées mêmes du pays.

C'était après la déclaration de guerre, en 1870. La veille du départ de l'Empereur pour la frontière, on apprit que l'une des familières du château, parente de Napoléon III, la comtesse S... T... était en correspondance régulière avec les princes de la famille royale de Prusse, ainsi qu'avec plusieurs chefs de corps de l'armée allemande.

Cette découverte produisit sur le souverain l'effet d'un coup de foudre. Il fit saisir les papiers de la comtesse, et ayant acquis la certitude que l'accusation était réelle, il chargea M. Gally, alors régisseur des Tuileries, de mettre, sur l'heure, à la porte du châ-

teau, non seulement l'auteur de la correspondance incriminée, mais encore tous ceux qui lui tenaient par des liens de famille — et ils étaient nombreux. Ou commenta beaucoup, à cette époque, cet incident pénible, et il fut de ces présages qui assombrirent Napoléon III, au moment où il s'engageait dans une aventure dont il semblait prévoir l'issue fatale.

Quelques années avant cette date lugubre, l'une des dames de l'Impératrice, M^'" de R..., avait, également, été surprise en flagrant délit d'espionnage politique; mais, dans son cas, pour le compte des adversaires de l'Empire — au profit des princes d'Orléans.

M""" de R..., en effet, d'accord avec son frère qui était ambassadeur, faisait régulièrement parvenir à M. le comte de Damas, au salon Galliera, et aux princes, les renseignements mondains ou politiques qu'il lui était facile d'avoir aux Tuileries.

Lorsque sa conduite fut connue, l'Empereur refusa de sévir. Il se croyait, h cette époque, assez fort pour braver quelques indiscrétions.

Deux autres cas de trahison, sous le Second Empire, eurent du retentissement, également, sinon dans le public — en ce temps les choses concernant la sûreté de l'Etat n'étaient guère mises à la portée delà foule — mais dans l'entourage gouvernemental de l'Empereur.

A la veille de la guerre d'Italie, en mars 1859, le bruit courut soudain, chez Napoléon III, que des correspondances secrètes entre l'un des principaux fonctionnaires du ministère des affaires étrangères et le cabinet anglais s'étaient établies et que ces correspondances relataient, jusque dans leurs moindres détails, l'attitude et les résolutions que le gouvernement français comptait prendre dans la campagne qui se préparait.

Le nom du traître était sur toutes les bouches des initiés et l'on engageait fort Napoléon III à le punir. Mais c'eût été un scandale et l'Empereur avait l'horreur de la publicité ; mais c'eût été, à la veille d'une guerre, jeter de l'émoi dans le pays, en lui révélant une trahison, et le souverain jugea prudent de faire le silence autour de cette affaire qui provoqua, de sa part, la très belle lettre suivante à l'adresse du ministre — seul 'document vraiment curieux qui se rattache à ce complot :

Paris, 9 mars 1859.

J'ai été très content de notre conversation d'aujourd'hui. Quand on fait appel à mou cœur et à ma confiance, on remue la corde sensible, surtout quand cela vient d'un homme comme vous qui m'a déjà rendu de grands services et pour lequel j'ai de véritables sentiments d'estime et d'amitié.

Mais pour que notre entente cordiale soit durable, il faut que tout soit bien consenti entre nous et que tout ce qui sort du ministère des Affaires étrangères ait bien mon cachet.

Je lis ce soir encore une correspondance de V Indépendance belge que je trouve déplorable et qu'heureusement la Patrie réfute avec beaucoup de sens. J'espère que des correspondances dans un semblable esprit ne sortent pas des Affaires étrangères.

Vraiment, j'ai bien besoin de trouver quelque part quelqu'un qui me comprenne et qui, en jetant sur mes soucis le baume d'une amitié intelligente, adoucisse l'irritation naturelle que me causent tous les obstacles qu'on jette sous mes pas ; car, je le sens, mon calme finirait par s'évanouir et, fort de mon amour pour tout ce qui est grand et noble, je foulerais aux pieds la raison même si la raison prenait le manteau de la pusillanimité. . Quoique je dise le contraire, j'ai profondément gravés dans le cœur les tortures de Sainte-Hélène et les désastres de Waterloo ; voilà trente ans que ces souvenirs me rongent le cœur; ils m'ont fait affronter sans regret la mort et la captivité, ils me feraient affronter ce qui est plus encore, l'avenir de mon pays. Quoique ce soit déjà beaucoup que de demander à un homme qui a le pouvoir en mains de modérer pendant des années une grande et noble passion, elle peut encore se contenir si on ne blesse pas sans cesse tout ce que j'ai de plus sacré, la gloire et la grandeur de la France.

Car pour un caractère comme le mien, les obstacles ne font qu'augmenter mon ardeur.

Napoléon.

Cette lettre n'est-elle pas surprenante à plus d'un titre ?

Elle causera, j'en suis sur, un singulier étonnement en Angleterre, oi^i les sentiments intimes de

Napoléon III étaient et sont encore jugés tout autres que ceux qu'il exprime avec violence, ici, à la suite d'un simple incident d'espionnage auquel se mêlait le nom anglais. Elle ne laissera pas que d'étonner, également, les politiciens d'hier et ceux d'aujourd'hui qui s'accordent assez légèrement pour prêter à Napoléon III un caractère passif et mou qu'il n'avait point, en vérité.

Je n'eusse pas rappelé le semblant de trahison avortée cité plus haut, si la lettre de l'Empereur ne lui avait donné une importance toute particulière. Cette lettre est l'une des plus belles, je le répète, l'une des plus intéressantes qu'ait écrites Napoléon III. Elle est un document merveilleux aussi, qui le peint mieux que bien des récits ou des faits.

Une affaire d'espionnage plus grave — ou du moins qui eut des conséquences plus dramatiques — fut l'aventure du lieutenant d'artillerie X... qui, à la veille, aussi, de la guerre d'Italie, vola des papiers relatifs à l'armement de la Francej dans l'intention de les livrer à l'Autriche.

On sait qu'à cette époque, sous la direction de Napoléon III, qui s'ocupait beaucoup de balistique, une réforme eut lieu dans l'artillerie française, que pour la première fois les canons rayés firent leur apparition sur les champs de bataille et que c'est même à cette réorganisation de notre armement que nous dûmes de vaincre, dit-on. ,

Or, parmi les jeunes officiers d'artillerie d'alors, le lieutenant X... s'était fait remarquer par une aptitude spéciale et par une science peu ordinaire. Dans un mémoire qu'il avait adressé à l'Empereur, en dehors de ses chefs, il avait exposé certaines idées qui lui avaient attiré l'attention du souverain et qui lui avaient valu d'être appelé auprès de lui.

L'avenir s'annonçait brillant pour le jeune homme lorsque soudain — à la suite de quelle fohe, de quelle déception, peut-être, de quelle intrigue plus certainement dans laquelle une femme exotique et célèbre fut nommée tout bas ? — il fut acCTisé et convaincu de trahison.

On le savait protégé par l'Empereur et avant que d'instruire son procès on mit le souverain au courant des faits qui le concernaient.

Napoléon III écouta avec calme le rapport qui lui était adressé, s'étira les moustaches, comme il avait habitude alors qu'il était préoccupé, ne répondit rien et donna simplement l'ordre que le lendemain le lieutenant X... lui fût amené.

Le futur général Lepic, alors chef de bataillon, et un officier du palais assistèrent à cette entrevue.

Lorsqu'il se trouva en présence de l'Empereur, le lieutenant, pâle, décomposé, fut pris d'une sorte de tremblement nerveux qui le rendit incapable de prononcer une parole.

Napoléon III, debout, le regarda et lui dit simplement :

— C'est donc vrai? vous êtes un traître?

Et comme le jeune homme éclatait en sanglots :

— Ne pleurez pas, monsieur, reprit l'Empereur, et écoutez-moi. Pour Thonneur de l'armée et puisque le crime que vous alliez commettre n'a pas eu d'exécution, fort heureusement, je vous pardonne. Vous ayant aimé, j'ai ce triste devoir. Et aussi, je ne veux pas qu'on puisse dire qu'un officier français est traître à son pays. Il n'y aura donc pas de scandale ; il n'y aura donc pas, pour vous, de peine. Mais, à partir de cette heure, vous n'êtes plus soldat. Veuillez me remettre, immédiatement, votre démission. Je la ferai parvenir au ministre.

Le lieutenant X... écrivit sa démission et Napoléon III, calme toujours, lui tournant le dos, alla s'asseoir devant sa table de travail.

Comme le jeune homme sortait du cabinet de l'Empereur, le commandant Lepic qui l'accompagnait, lui dit :

— Eh bien! monsieur, l'Empereur a été clément et vous ne serez ni dégradé, ni fusillé. Vous êtes satisfait.

Et comme le lieutenantgardait le silence, il ajouta :

— Mais [avez-vous bien compris, monsieur, ce que [doit signifier pour vous le pardon de l'Empereur?

Cette fois, l'officier recouvra la parole et regardant bien en face son chef, il répondit : — Oui, mon commandant.

Et le soir même il se brûlait la cervelle.

Un espionnage plus fréquent et moins grave que celui qui a trait aux choses de la patrie est l'espionnage politique au profit d'un gouvernement quel qu'il soit, dirigé contre les hommes qui le combattent.

Dans les dernières années de l'Empire cet espionnage était très en faveur dans les sphères officielles, et, fait extraordinaire, on se préoccupait beaucoup plus, dans les conseils de l'empereur Napoléon III, des menées un peu vagues et platoniques, attribue'es au parti royaliste, que de celles plus réelles et pratiques, dont l'initiative revenait aux républicains.

J'ai eu sous les yeux, à ce sujet, un rapport bien amusant adressé à l'Empereur, à la suite d'une conversation qui eut lieu chez la duchesse de Galliera.

On remarquera que le personnage interrogé et qui, me semble-t-il, parlait assez aisément et sans trop se faire prier, était l'un des chefs du parti royaliste, à cette époque — un ami de M. Thiers.

Voici ce rapport écrit sur papier à tranches dorées :

La conversation tombe sur M. Duchâtel et sur son état de santé.

RÉPONSE. — Il va très mal, le cervelet est pris, etc., etc.

Moi. — J'en suis bien fâché ; c'est un aimable homme et un bon esprit.

R. — Un grand bon sens surtout. On avait voulu en faire un chef de parti, mais pas si bête; il accumule des millions, il boit son vin de Lagrange et ilse moque du reste,

M. — On m'a dit qu'il était devenu légitimiste.

R. — Il n'est rien du tout. 11 reçoit tout le monde dans son salon, mais il se gare des faiseurs et il a bien raison; ils s'agitent dans le vide : beaucoup d'embarras et peu de besogne. Quant à moi, je les envoie promener toutes les fois que j'en trouve l'occasion. Comme je vous l'ai dit vingt fois : après le régime actuel, l'anarchie, et si une chance s'offrait pour les d'Orléans, ce ne serait qu'en ralliant au moment de la crise tous ceux qui auraient peur de l'échafaud. — Parmi tous ces faiseurs il n'y a pas un homme d'action ; il y a des bavards, des écrivassiers, et voilà tout — si la police parle de conspiration orléaniste, c'est pour se faire valoir. — Il n'y a pas dix hommes qui s'entendent ensemble. Je parle des sommités : vous savez ce dont Bocher est capable ! D'Haussonville est un rêveur boursouflé. Le petit Albert de Broglie, un doctrinaire ambitieux ; Duvergier de Hauranne, le plus actif de tous, réunit, l'été, à la campagne, son gendre Target, Changarnier qui est une momie et deux ou trois acolytes. On parle, on critique le gouvernement, mais on aurait diablement peur s'il était renversé. — Quant à Thiers, je n'ai pas besoin de vous dire quel conspirateur cela fait! Ajoutez que son entrée à la Chambre n'a pas plu. — D'Hàubersaert et Vitet suivent l'exemple de Duchâtel et ne s'occupent pas plus de politique que lui. — Guizot, Baze, Cuvillier-Fleury, Prévost-Paradol, voilà le parti en entier. — Encore tout ce monde-là n'est pas d'accord; plusieurs d'entre ceux que je viens de nommer ne se voient presque

jamais. — Tenez : à la Chambre, il y a des légitimistes, des républicains, des rouges, et en fait d'orléanistes? Qui? — 11 y a Thiers!

Tout cela n'empêche pas, je le répète, que si la débâcle arrivait, vous verriez — je crois — un parti orléaniste surgir pour se défendre contre les rouges; mais personne ne songe à provoquer la crise et aucun d'eux ne l'oserait.

M. — On répand pourtant que l'armée est travaillée et qu'en Angleterre les Princes s'agitent, qu'ils ont de nombreux correspondants et que, dans ce moment surtout, ils sont pleins d'espérance.

R. — Les émigrés s'agitent toujours quand ils croient que le gouvernement dont la chute pourrait les faire rentrer, commet des fautes, et on le leur dit sur tous lestons. Il n'est pas étonnant, d'ailleurs, qu'ils le désirent, car ils n'ont pas les mêmes raisons que nous, qui sommes ici, de craindre le grabuge. Quant à des correspondances, après Bocher, avec lequel ils ont des rapports d'affaires, je suis — je pense — leur principal correspondant et cela ne va pas loin, je vous assure. Je pourrais vous montrer les lettres. Quant à un travail dans l'armée, je n'en crois pas le premier mot. En tous cas, s'il y a quelque chose, cela ne peut être que dans les régions très inférieures.

En un mot, conspiration de paroles? Oui : on ne se fait pas faute de tenir des propos; on en tient plus que jamais. Mais des conspirations devant aboutir à des actes, je souhaite pour notre salut à tous qu'il ne s'en trame pas de plus sérieuses parmi les républicains et dans les sociétés secrètes.

La conversation tombe sur la réorganisation de l'armée.

R. — Les deux seuls raisonnables, c'est Thiers et moi;

les autres sont absurdes. Ils criaient comme des sourds après Sadowa et maintenant ils ne voudraient rien faire !

— Décidément, ce pays-ci est amolli par le luxe et les jouissances matérielles, et je commence à croire qu'il serait incapable de faire le moindre effort, lors même qu'il s'agirait de défendre son indépendance. Le gouvernement a bien sa part de responsabilité dans cet état de choses.

— Enfin, quoi qu'il en soit, ce n'en est pas moins très alarmant pour ceux qui, comme moi, ne désirent revoir dans les rues de Paris ni barricades, ni Prussiens.

La Cour des Tuileries était — si l'on veut bien me permettre cette image qu'un poète appliqua naguère à Paris, la grand'ville — comme une cuve sans cesse en ébuUition, chauffée à outrance par un feu jamais éteint, laissant échapper des vapeurs grisantes au travers desquelles passaient comme de paradisiaques visions.

L'une de mes tantes, la comtesse D..., m'écrivait, sur cette cour, une lettre amusante qui en donne assez exactement et succinctement la physionomie générale. A titre de curiosité, sinon de document, je prends la liberté d'en citer quelques extraits.

« L'Impératrice, me disait la comtesse D... qui est pourtant une indulgente, n'a jamais été sympathique. Quant à l'Empereur, il était adoré. Reconnaissant, ami sincère, il avait des attentions délicates pour les anciens serviteurs de son oncle et pour ceux qui l'approchaient. On le plaindra pour ses malheurs,

et rhistoire ne sera pas cruelle pour cet homme si bon, que la maladie, les tracas de la politique, les chagrins intimes surtout, minèrent et conduisirent à l'écroulement. L'Empereur était mal conseillé, mal entouré, comme bien des souverains d'ailleurs, et les courtisans formaient autour de lui un mur impénétrable, Tempêchant de voir les choses comme elles étaient.

(( L'impératrice Eugénie était, malgré sa ferveur religieuse, une fausse dévote imprégnée d'un fanatisme sans convictions profondes, sans base, sans étude. Elle fut le tyran des Tuileries comme, plus tard, elle fut celui de son fils mort de sa maladroite autorité.

(( Elle était d'une avarice extrême et un détail, entre autres, donnera l'idée de cette avarice : elle faisait raccommoder du linge et il y avait au château seize ouvrières à l'année, payées à raison de cinquante francs par mois, sans être nourries ni logées, pour l'entretien de ces ravaudages.

« Quant à l'Empereur, il ne savait rien refuser et il resta plus d'une fois sans argent personnel à la suite de trop grandes générosités. Il ne réfléchissait jamais alors qu'une misère lui était signalée.

« J'ai peu aimé les gens de la cour. Malakoff, par exemple, que j'ai beaucoup connu, était un soudard et un homme mal élevé. On se répétait, aux Tuileries, son aventure au sortir de sa messe de mariage. Lais-

sant, soudain, le bras de sa jeune femme, il se mit à courir sous le porche du temple en faisant le geste des hommes pressés par un besoin intime et en disant : — « Où p....-t-on, où p...-t-on? » — Son officier d'ordonnance le conduisit dans un coin retiré et il en revint, inconscient de son inconvenance. La mariée qui avait attendu et compris, honteuse, pleurait. Il battit et trompa sa femme, d'ailleurs, qui était bonne et douce. Il avait une maîtresse qui habitait rue de Ponthieu et il se rendait, chaque jour, chez elle, fringant, en pantalon collant gris perle, comme un jeunet.

(( Parmi les femmes de la cour, j'eus peu d'amies vraies. Leur ton et leurs gestes ne me convenaient pas. L'une d'elles, surtout, m'agaçait: M'^'^de Metternich, cette rousse aux allures de fille, courant le soir les cabarets, en curieuse simplement, dit-on. Mais cette curiosité-là était déplacée. Lorsque la guerre éclata, elle devait soixante-quinze mille francs à W..., le couturier.

« L'Empereur ne voulait, d'abord, dans M^^^ de Montijo, qu'une Pompadour. Mais un soir, à Gompiègne, devenu très entreprenant, dans un tête-àtête, devant le pied charmant et la jambe enchanteresse qu'on lui montrait, il perdit l'esprit et promit tout ce qu'on voulait.

« L'Empereur s'enflammait volontiers, d'ailleurs.

a En voyage, la première chose qu'il demandait

était une femme — F... et B... étant ses pourvoyeurs habituels — et il eût été à. souhaiter que sa passion pour M^^" de Montijo n'eût eu que la durée de toutes celles que lui inspirèrent tant d'autres belles.

« Sa galanterie lui valut, un jour, une aventure fort comique. Traversant un salon obscur, une après-midi. Napoléon III, en passant près d'un divan, sentit tout à coup, le long de sa jambe, comme le frôlement d'une jupe.

« Il se baissa, et comme de la robe s'élevait un vague parfum d'iris, il devint audacieux et se permit quelques privautés, pinçant le mollet qui s'avançait vers lui. Mais, soudain, il poussa un cri. La personne qu'il invitait ainsi à des jeux d'amour et de hasard n'était autre que l'évêque de Nancy qui, auxTuileries ce jour-là, se reposait et somnolaitsur une ottomane, dansuncoin. L'évêquerit beaucoup de cette méprise. Mais l'Empereur ne fut pas, cette fois, le plus fier. »

• Pourtant, en dépit de la continuelle frénésie qui emportait les familiers du château, la vie ordinaire des Tuileries n'était point sans maussaderie pour les habitués et pour les souverains eux-mêmes.

Le matin, les dames du palais, désignées pour le service de semaine, venaient se mettre aux ordres de l'Impératrice et celle-ci recevait les personnes qui avaient sollicité d'elle une audience, tandis que l'Empereur en faisait autant de son côté ou travail-

lait avec ses secrétaires, quand il n'était pas avec les ministres.

Il arrivait, aussi, que l'Impératrice sortait et profitait de la liberté relative que lui laissait la matinée pour faire, au travers de Paris, une promenade, accompagnée, le plus souvent, par l'une de ses dames, quelques visites dans les magasins de la rue de la Paix, ou dans quelque intérieur pauvre qu'elle allait ainsi secourir. Car, il faut le dire à sa louange, en dépit de son improdigalité, l'Impératrice fit la charité et la fît avec l'ardeur qu'elle apportait en toutes choses.

Elle aimait, ainsi, à se sentir délivrée de la lourde atmosphère des Tuileries et elle rentrait, plus légère, plus gaie.

Ces promenades, cependant, eurent pour elle, un jour, un résultat fâcheux et, dès lors, elle ne s'y abandonna qu'avec une extrême réserve.

Comme elle revenait, un matin, de son hôtel de l'avenue Gabriel, qui était alors en construction, dans la seule compagnie d'une dame du palais, elle fut accostée aux Champs-Elysées par un homme dont l'aspect révélait un parfait gentleman, mais dont la conduite, en cette circonstance, fut odieuse.

Cet homme, qui l'avait reconnue sous son voile épais, s'approcha d'elle et, feignant d'ignorer à qui il s'adressait, se mit à lui débiter mille galanteries et gauloiseries peu rassurantes. Il ne la quitta que

devant le guichet des Tuileries où, dans un sourire satisfait, il s'arrêta, en s'inclinant profondément, pour bien marquer qu'il ne s'était pas mépris une minute sur la qualité de celle qu'il venait d'outrager. L'Empereur ne sut que plus tard cette aventure et il donna des ordres formels pour que l'Impératrice, dans ses inconséquences, fût sans cesse sous l'œil protecteur de la police.

Tout ce qui était relatif à la vie matérielle et intérieure des Tuileries était sous la direction de M. le général Rollin, qui avait le titre d'adjudant général des palais et qui se trouvait ainsi chargé des services militaires et civils.

On a souvent confondu les attributions du général Rollin avec celles du général Lepic, qui était aide de camp de l'Empereur et maréchal des logis, surintendant général des palais.

La charge et le caractère de ces deux hommes étaient fort distincts.

Autant le général Lepic fut aimé deses subordonnés et de toute la cour, autant le général Rollin fut détesté par les uns et par les autres. Il avait une qualité, pourtant : il était dévoué aveuglément à l'Empereur; mais ce dévoûment s'exerçait d'une façon si maladroite, si vexatoire pour l'entourage du souverain, qu'il devenait une préoccupation pour Napoléon III même. En outre, le général Rollin était haï

de l'Impératrice, qu'il n'aimait point d'ailleurs, et dont il combattait sans cesse la volonté ou la fantaisie.

Le général Rollin, d'une avarice excessive pour tout ce qui touchait aux dépenses de la maison impériale, voyait, chaque jour, une coalition se former contre lui. Les officiers eux-mêmes n'en parlaient qu'avec moquerie, et lorsqu'il s'avisa, sous prétexte d'économie, de faire supprimer le carafon de cognac qu'on mettait à leur disposition, dans le salon qui leur était réservé, il y eut un véritable soulèvement contre lui et l'Empereur dut rétablir l'ordre en tançant vertement son trop zélé serviteur.

Le général Rollin était, également — le mot, quoique vulgaire, est ici à sa place — la bête noire du Prince Impérial. Il ne cessait de poursuivre l'enfant de son autorité maussade, encombrante, et un jour que le Prince jouait, avec ses chiens, dans le jardin réservé à l'Empereur, le général survint et, brutalement, lui intima l'ordre de se retirer.

Le pauvre petit s'en fut, tout en larmes, trouver l'Impératrice, et comme celle-ci, malgré son aversion pour l'adjudant du palais, donna tort à son fils, ce dernier, furieux, s'écria :

— Tu n'es pas gentille, maman, d'approuver cette vieille bête !

L'Impératrice gronda fort l'enfant et le condamna, pour cetemportement, à ne point venir le soir, après

le dîner, chercher son dessert comme il en avait l'habitude.

Mais, contrairement à cet ordre, le soir, le Prince, accompagné de miss Choit, sa femme de chambre, se présenta et demanda pardon à sa mère de son mouvement d'humeur.

Celle-ci lui répondit qu'elle n'oublierait sa colère qu'à la condition qu'il irait prier, aussi, le général Rollin, qui se trouvait à table, de lui accorder son pardon.

Alors, l'enfant se dirigea résolument vers le général.

— Mon général, lui dit-il, je vous demande pardon. L'adjudant du palais parut surpris.

— Pardon? Et pourquoi, monseigneur? interrogea-t-il.

— Parce que, conclut le Prince, j'ai dit à maman que vous m'aviez chassé du jardin et que vous étiez une vieille bête !

Puisque je parle, ici, du Prince Impérial, je demande la permission de rappeler une anecdote encore qui le concerne.

On sait que le Prince était le filleul du Pape Pie IX. Or, d'autre part, le peu de sympathie qu'avait le Souverain Pontife pour la famille impériale n'est point davantage ignorée.

Cette inimitié, en dépit de l'aide que lui prêtait Napoléon III, avait pris dans le cœur du Saint-Père

un degré d'acuité profonde vers la fin de l'Empire et il ne cessait de la manifester chaque fois qu'il en trouvait l'occasion, l'étendant même jusqu'à son filleul.

C'est dans cet esprit qu'il oublia, un jour qu'il avait reçu en audience une personne très influente de la cour des Tuileries, de s'informer des nouvelles du Prince Impérial.

Cette personne, étonnée, se plaignit au cardinal Antonelli de l'indifférence presque ofî'ensante de Pie IX et, devant l'embarras du prélat, n'hésita point à faire part à l'Empereur de cet incident.

Quoiqu'il ait toujours conservé devant le Pape une grande déférence, Napoléon III se fâcha et une remontrance fut adressée au Vatican.

Cette remontrance eut son effet et lorsque la personne à laquelle je fais allusion, se présenta de nouveau, pour prendre congé de Pie IX, celui-ci parut se souvenir de son parrainage.

La façon dont la mémoire lui revint ne manqua point, d'ailleurs, d'esprit — et d'esprit assez méchant.

— Vous direz à notre filleul, le Prince Impérial, fit-il, que nous pensons à lui... — ici, une légère pause — dans nos prières.

L'Empereur lui-même était victime de l'entêtement du général Rollin et souffrait de la routine qu'il apportait dans ses fonctions.

— Vous faites très bien votre service, général, lui dit-il une fois, oui, très bien. Mais pourquoi le bouillon que vous nous faites n'a-t-il point d'yeux? Je voudrais bien du bouillon avec des yeux, général, comme celui des paysans et des bourgeois. Et votre pain — votre pain est exécrable aussi. Ne pourraisje donc manger du pain comme tout le monde, du bon pain de ménage? Là, voyons, général, est-ce si difficile à se procurer tout cela ?

Le général Rollin eut un éblouissement : réformer son bouillon et son painl... L'Empereur ne parlait pas sérieusement sans doute... Et il continua de servir à Napoléon III du pain exécrable et du bouillon sans yeux.

Je ne prétends pas que ces anecdotes soient indispensables à l'bistoire du Second Empire. Elles sont du domaine de la chronique, sans doute; mais elles me paraissent, pittoresquement, se prêter à la reconstitution de la vie des Tuileries.

Dans cet esprit, je mentionnerai encore un incident que provoqua à la cour, en 1867, le général Rollin et qui menaça de prendre les proportions d'un acte grave et politique.

C'était à l'époque où le roi de Prusse, Guillaume, se trouvait en France pour les fêtes de l'Exposition. Une après-midi, étant sorti, il avait eu pour chef d'escorte le lieutenant Tesson, des cent-gardes, et, en revenant de la promenade, comme il descendait de

voiture, il avait remis gracieusement à l'officier une croix de l'un de ses ordres.

Le soir, il y avait bal aux Tuileries et le lieutenant Tessou, désigné pour commander la haie sur le passage du cortège impérial et royal, crut agir courtoisement en accrochant, sur sa poitrine, la décoration que lui avait offerte, quelques heures avant, le roi Guillaume.

Mais il comptait sans son hôte, c'est-à-dire sans le général Rollin.

Lorsque l'adjudant du palais, qui faisait partie du cortège, arriva devant M. Tessou, il s'arrêta, le regarda d'un air courroucé et l'apostropha :

— Lieutenant, lui dit-il, quelle est cette croix, et qui vous a permis de la porter chez l'Empereur?

Le jeune homme, sans quitter sa position d'armes, répliqua :

— Mon général, cette croix m'a été remise, aujourd'hui, par Sa Majesté le roi de Prusse, et je la porte parce que j'ai le droit de la porter.

— Vous n'avez pas ce droit, monsieur, reprit le général Rollin, et je vous ordonne de cesser de vous parer de cet insigne avant d'avoir obtenu une autorisation régulière.

Le lieutenant, très pâle, demeura muet.

— M'entendez-vous, monsieur? continua le général.

Et comme M. Tessou gardait le même silence, la

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même immobilité, l'adjudant du palais s'avança vers lui, étendit la main et tenta, violemment, d'arracher la malencontreuse croix.

Alors le lieutenant n'eut qu'un geste, mais ce geste fut décisif et terrible. Il abaissa son sabre sur le bras du général, en retourna la pointe, droite, vers la poitrine de son supérieur, et dit :

— Mon général, si vous touchez à ma croix, je vous jure sur l'honneur que je vous passe mon arme au travers du corps.

Le général RoUin comprit la fâcheuse situation dans laquelle il venait de se placer, ainsi que la résolution farouche de Tofficier. 11 recula et reprit sa marche et son rang dans le cortège.

Mais cette discussion n'avait pu s'établir sans être remarquée. L'Empereur, l'Impératrice, le roi de Prusse lui-même en avaient eu comme l'écho. Napoléon III exigea des explications et il prit prétexte de cet incident pour mettre un arrêt aux « lubies » du général Rollin, qui, décidément, devenaient dangereuses.

L'une des principales occupations de l'Impératrice, surtout à la veille des déplacements, était d'opérer elle-même, avec l'aide de ses dames du palais, le déménagement de ses appartements. Ce déménagement consistait à serrer avec soin tous les objets de prix qu'elle possédait, tableaux, figurines, bronzes,

dessins, et ce travail ne laissait pas que d'être très fatigant. L'Impératrice, très forte, supportait aisément, et en riant, la lassitude; mais il n'en était pas toujours ainsi de ses compagnes qui, plus d'une fois, demandèrent grâce et abandonnèrent la besogne.

Un jour, comme la souveraine était en « déménagement, » le Prince Impérial, Loulou, se présenta dans la chambre où elle se trouvait, et ayant avisé un tableau — une marine de Ziegler achetée depuis peu, à laquelle on venait de faire quelques réparations et près de laquelle se voyaient encore une palette et des pinceaux — il se mit en tête de vouloir peindre.

On lui donna, à cet effet, la palette, les pinceaux et du papier. Mais le Prince ne parut pas satisfait. Il bouda et déclara qu'il voulait peindre sur le tableau, comme l'avait fait le restaurateur. On refusa net de le contenter et, alors, il se prit à pleurer, à hurler et à gémir. Or, en ce moment, parut l'Empereur. Mis au courant des causes qui provoquaient le chagrin de l'enfant, il sourit, s'empara du pinceau et, le plaçant dans la main de son fils, le guida dans un barbouillage épouvantable. En peu de temps, la marine de Ziegler ne fut plus qu'une horreur. Heureusement qu'elle reprit sa forme première après un lavage à l'essence; mais cette scène fit naître une querelle entre l'Impératrice et son mari, et il faut avouer que ce fut l'Impératrice qui, ce jour-là, eut raison.

Puisqu'il est, ici, question de choses d'art, qu'on me permette de revenir sur un fait dont j'ai parlé déjà^ et qui concerne le talent que l'Impératrice tentait de développer en peinture ou dans le dessin.

J'ai raconté comment elle prit part au concours d'architecture lorsqu'il s'agit de construire un nouvel Ope'ra et comment elle envoya un croquis, qui fut assez remarqué.

Voici l'histoire exacte de ce croquis.

Lorsque l'Impératrice eut l'idée de concourir pour un projet du nouvel Opéra, la date extrême fixée pour l'admission des envois était proche et il fallut se hâter. Le croquis qu'elle éhaucha ressemblait^ en tous points, à la façade de Thôtel de ville de Brescia et il était nécessaire de le modifier sous peine d'être accusé de plagiat. Selon les indications de la souveraine, l'un des officiers du palais, habile dessinateur, corrigea la maquette et la remit à M. Chabrol, fils de l'architecte du Palais-Royal, pour la dernière main.

Mais le travail de M. Chabrol ne plut pas à l'Impératrice et ce fut M. Garnier — celui-là même qui devait vaincre en ce tourncfi — qui fut chargé d'arranger les choses. M. Garnier indiqua, pour cette besogne, son ami et collaborateur, M. Louvet, et celui-ci ne tarda pas à être installé aux Tuileries

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