‹ La cour de Rome et l'empereur Maximilien;Chapitre 1 sur 3 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

En présence de la discussion qui s'est élevée il y a quelques jours entre le Journal des Débats du 10 juillet et r Univers du 25 juillet, après la lecture de l'article des Débats, signé John Lemoinne, et celle de la réponse de M. Veuillot, nous n'hésitons pas à mettre sous les yeux du public des documents diplomatiques qui Féclaireront et lui indiqueront de quel côté est le bon droit.

Nous souhaitons de grand cœur que le jour le plus complet se fasse enfin sur cette grave question mexicaine^ dont le terrible dénoûment a si vivement impressionné tous les honnêtes gens, à quelque parti qu'ils appartiennent.

Si nous produisons ce qui a pu parvenir jusque dans nos mains pour la partie que nous appellerons religieuse, puisqu'elle a trait aux rapports de la cour de Rome avec le gouvernement mexicain, puisqu'elle indique la part de responsabilité, nous osons le dire à M. Yeuillot, que le saint-père a assumée dans cette triste catastrophe ; si, disons-nous, nous produisons les documents que nous en avons en notre pouvoir , c*est que nous espérons que notre exemple sera suivi par tous les gens qui, comme nous, ont pu $*en procurer.

Question politique, question financière, question militaire, question religieuse, tout doit être vidé dans l'intérêt de tous ceux qui en ont tenu les fils ; et, que le gouvernement français le croie bien, dans son intérêt propre.

Des calomnies circulent, il faut les éloufTer ; l'opinion publique est émue, il faut la calmer.

Sans donner raison à M. Lemoinne, sans donner tort à M. Veuillot, nous produisons des choses authentiques ; le public les lira et saura les apprécier.

Nous n'avons pas la prétention de refaire Thistorique des institutions religieuses du Mexique, du clergé de cet infortuné pays, de ses mœurs. Avant nous, en 1863,

M. Michel Chevalier, dans son ouvrage le Mexique ancien et moderne j a traité celte page de l'histoire du Mexique, avec une vérité, une élévation d'esprit, un sentiment de justice qui rendraient bien pâle toute tentative du même genre que nous oserions entreprendre.

Toutefois, nous croyons devoir à nos lecteurs quelques détails, quelques renseignements sur la situation du clergé mexicain, depuis 1856, époque de la présidence^ de Comonfort, et sur les lois de désamortisation et de nationalisation des biens du clergé. Le clergé du Mexique était fort riche. 11 possédait :

l*" Des capitaux placés à intérêts ;

2** Des propriétés foncières dites {fincas rusticas) ;

3° Des propriétés foncières diles (fincas urbanas).

L'évaluation exacte de ses richesses était fort diMcile à faire.

Pour arriver à estimer la valeur seulement des propriétés foncières, on a été obligé de la calculer en raison des contributions auxquelles elles étaient soumises ; c'est ainsi que M. Miguel Lerdo de Tejada, frère du ministre actuel de Juarez, et lui-même ministre de Comonfort, a pu les estimer au chiffre de 100,000,000 de piastres, soit 500,000,000 de fr.

De pareilles richesses étaient bien faites pour tenter

6 lE PAPE ET L^EMPEREUR NÂXIMILIEN.

un gouvernement aussi pauvre que l'était celui de Co-

monfort.

Zuloaga, le lieutenant et l 'ami de Comonfor t , venait de faire la campagne de Puebla. Les troupes n'étaient pas payées, les caisses du trésor public étaient vides. Il fallait cependant pourvoir à des nécessités urgentes.

Zuloaga songea à nationaliser les biens du clergé, et il en parla à Comonfort.

Ce dernier, homme essentiellement juste et bon, caressait la douce illusion d'arriver à la paix générale du Mexique par une fusion des partis qui fomentaient la révolution et ruinaient le pays. Le projet de Zuloaga le trouva froid, timide. Il consulta son ministre Miguel Lerdo de Tejada.

Celui-ci ne crut pas le pays assez préparé à une révolution aussi considérable que celle qu'engendrerait nécessairement la nationalisation immédiate des biens du clergé.

Ce dernier, qui eut vent du projet, se démena à force, et, au confessionnal, dans les familles, partout, il tâcha de s'allier les femmes qui, au Mexique, bien supérieures aux hommes, exercent sur eux une énorme influence. Il réussit.

Le gouvernement recula donc devant une aussi grande

LE PAPE ET LiaiPEREUR UÂXlMILIfiN. 7

entreprise que celle qu'avait rêvée Zuloaga ; mais le besoin d'argent lui inspira une transaction préparatoire pour arriver plus tard aux lois de nationalisation comprises dans les lois dites de réforme, et il conçut les lois qu'on a désignées sous le nom de lois de dësamortisation.

Avant de promulguer ces lois, Comonfort fit tous les efforts possibles pour arriver à des transactions raisonnables avec le clergé. M. Payno, ministre des finances de Comonfort, essaya vainement de vaincre les résistances de Mgr de la Garza, archevêque de Mexico. Toutefois, bien des membres du clergé n'étaient pas éloignés de transiger, et parmi eux les évéques du Jalisco et du Tamaulipas. Mgr de la Garza demeura inflexible.

Le 26 juin 1856, les lois de désamortisation furent promulguées.

Quel était leur but? quels étaient les avantages qu'elles donnaient au gouvernement? C'est ce que nous allons tâcher d'expliquer le plus clairement possible.

Le gouvernement voulait détruire les propriétés de mainmorte, mais il voulait laisser en même temps les capitaux au clergé, et la raison do cela était fort rationnelle.

Le seul commerce réel d'exportation que fasse leMexi-

s LE PAPE ET L'EMPEREUR MAXIMILIEN.

que est le commerce des métaux. De là une difficulté extrême, sinon l'impossibilité d^emprunter de l'argent aux négociants et aux banquiers, même sur hypothèques.

Le clergé, qui avait intérêt à garder son argent dans le pays, prêtait très-volontiers à 6 pour 100, taux trèsmodéré et rendait ainsi de grands services.

Comonfort le comprenait fort bien, et par les lois de désamortisation, son but était de laisser le clergé eapitalistey mais non propriétaire.

Aussi, déclara-t-il que les propriétés du clergé étaient a mises en vente. »

On adopta pour prix des ventes les chiffres d'estimation donnés par le clergé, lesquels chiffres servaient à fixer les contributions que celui-ci versait à TÉtat. Il est entendu que le produit des ventes devait être intégralement restitué au clergé.

Toutefois, pour lui donner les moyens de tirer le plus de bénéfices possible, on lui accorda les mois de juillet et d'août pour vendre tout ce qui lui conviendrait, comme bon lui semblerait I

Le gouveitiement devait intervenir directement en septembre et s'occuper alors de faire vendre tout ce qui n'aurait pas été vendu pendant les deux mois précédents,

et de plus ce qui lui serait justement déclaré n avoir été que l'objet d'une vente simulée.

Dès lors, le gouvernement créait un impôt spécial de 6 pour 100 affecté à ces sortes de vente. Cet impôt était versé par l'acheteur dans les caisses de l'État.

Comme le clergé avait donné à ses propriétés une valeur d'estimation infiniment moindre que la valeur vraie, et cela pour diminuer le chiffre de ses contributions, ces sortes d'acquisitions étaient fort avantageuses, et il ne fallait pas moins que cet espoir de gain pour décider les acquéreurs à se présenter malgré les menaces de Mgr de la Garza.

L'impôt de 6 pour 100 dont nous venons de parler, s'appelait <x alcabala de transladon de dominio » (impôt de mutation). Il donna à Mexico seulement, au gouvernement de Comonfort, 4 à 5 millions de piastres (20 à 25 millions de francs).

On voit donc comment on eût pu trouver dans cette combinaison des ressources fort importantes pour le pays.

Mais il fallut lutter contre le clergé.

Zuloaga lui-même, qui avait eu la première idée de ces lois, fut vaincu. Bien des gens pourront être étonnés de nous voir désigner Zuloaga comme promoteur de ces

iO LE PAPE ET L'EMPEREUR MÂXDIILIEN.

lois qu'il abolissait en 1858, lorsqu'il arrivait à la prési* dence. Mais on a eu malheureusement au Mexique de ces fréquents exemples d'évolutions soudaines.

Du reste, Zuloaga, qui avait aidé Comonfort à s'asseoir sur le fauteuil présidentiel, Zuloaga le lieutenant, Tami de Comonfort, ne fut-il pas le premier à le renverser à son bénéfice en 1858 !

En désignant Zuloaga comme ayant inspiré ces lois à Comonfort, nous déclarons en avoir reçu la confidence d'un témoin dont le caractère ne peut nous être suspect.

Du reste, nous connaissons de même des amis de Mgr de la Garza, qui nous ont déclaré qu'en 1860 et 1861, pendant que monseigneur lançait publiquement l'excommunication contre les adjudicataires, il les engageait verbalement à se faire acquéreurs 1

En tous cas, les padres Pinson et Lerdo de Tejada, ce dernier frère des deux ministres, absolvaient les cou-

En janvier 1858, avons-nous dit, Zuloaga remplaçait Comonfort: il était remplacé lui-même, en 1859, par Miramon, qui se déclarait président de la république à Mexico, pendant que Juarez, renfermé à Yera-Cruz revendiquait le même titre de président.

LE PAPE ET L'EMPEREUR MAXIMILIEN. il

Le 24 décembre 1860, Miramon était battu à Calculalpam, et Juarez faisait son entrée triomphale à Mexico le 1*' janvier 1861.

Pendant que Juarez, renfermé dans Yera-Gruz, luttait contre Miramon, il pensa que les mesures adoptées par Comonfort relativement aux biens du clergé n'avaient pas été assez énergiques, et il décréta, les 12 et 13 juillet 1859, a les lois de réforme. » Il comprit parmi ces dernières les lois de nationalisation.

L'honneur d'avoir inspiré les lois de réforme revient, on peut le dire, à M. Lerdo de Tejada, ministre actuel de Juarez et à son frère Miguel Lerdo de Tejada, que nous avons déjà vu préparant avec Comonfort les lois de désamortisation.

En vertu de ces lois :

L'État s'emparait, sans réserve, de toutes les propriétés du clergé, sauf la valeur des églises ;

Il les mettait en vente, et le produit de ces ventes était versé dans les caisses du Trésor public ;

Les payements se faisaient de la manière suivante :

2/5 en pagarès^ payables en 60 mois.

3/5 en papier du trésor, autrement dit en bons de la dette intérieure.

Ces sortes de payements eussent été fort avantageux

pour rÉtat et pour Tacheteur, si Ton avait apporté dans les transactions Tesprit de justice et d'honnêteté qui aurait dû justifier tout d'abord les mesures violentes adoptées par le gouvernement libéral de Juarez.

Mais on se livra à des abus et à des transactions honteuses. Nous avons parlé d'avantages pour l'État en même temps que pour l'acheteur, dans ces modes de payement. En effet , l'Étal n*avait jamais payé la rente de 6 pour 1 00 affectée aux bons de la dette intérieure. Ces bons se donnaient donc à vil prix : à 9 ou 10 pour 100 de leur valeur réelle. L'acquéreur de biens du clergé qui était possesseur de bons, gagnait donc environ 90 pour 100 sur les 3/5 du prix de l'achat, et de son côté le gouvernement éteignait sa dette intérieure.

Par les pagarès il se procurait des sommes importantes. Il serait trop long, et il nous répugne, de raconter les abominables fraudes qui se sont commises à l'abri de ces lois. Juarez était impuissant pour les empêcher, et il ne put ainsi obtenir des résultats qu'il aurait certainement obtenus avec des agents probes.

Il est facile de prévoir que le clergé ne s'accommoda pas de cette façon de décréter que s'arrogeait le gouvernement.

Il agit sur les juges, sur les consciences de tous. —

Il refusait la sépulture aux adjudicataires et à ceux qui possédaient des pagarès.

Il menaçait de l'enfer les moribonds qui ne rendaient pas gorge.

Tous les moyens lui paraissaient bons, et il ne reçulait devant aucun ! !

Nous devons signaler que les dots des nonnes furent respectées avec le plus grand soin par le gouvernement libéral. Voici ce qu'étaient ces dots :

Lorsqu'une femme ou une jeune fille voulait entrer au couvent, elle était obligée d'avoir une dot de 4 ,000 piastres, soit 20,000 francs.

Ces dots étaient dépensées par la communauté. Juarez, en nationalisant les biens du clergé, décréta qu'elles seraient respectées.

Il créa un bureau spécial, sous les ordres de M. Jaureguy, pour que le payement en fût régulièrement fait aux intéressées.

On ne les payait pas en espèces, mais en titres hypo* thécaires, et l'on nous a affirmé que tous les payements se sont faits avec une justice et une honnêteté qui font honneur à M. Jaureguy.

Telle était la situation du clergé vis-à-vis du gouvernement lorsque Juarez, fuyant nos soldats, quittait

U LE PAPE ET L*EIIPEREUR MAIDOUEN.

Mexico, en juin 1863, et laissait à la r^[eDce la direction des affaires de la portion du pays que les troupes occupaient.

Bien que M. Lerdo de Tejada ait calculé que le chiffre des propriétés foncières du cler^ mexicain dût être de 100,000,000 piastres pour tout le Mexique, nous donnerons à nos lecteurs un exposé de ce qu'elles étaient dans une seule ville, Guadalajara, par exemple.

On pourra ainsi présumer que les chiffres donnés par M. Lerdo de Tejada sont au-dessous de la vérité.

Nous avons dit que le clergé possédait, avant 1856 :

1" Des capitaux placés à intérêts ;

2° Des propriétés foncières dites fincas rusticas;

3* Des propriétés foncières ailes fincas urbanas.

Nous ne pouvons donner le chiflre exact des capitaux placés à intérêts. Nous savons et nous pouvons affirmer qu'il était Considérable.

Ainsi la congrégation de Santa Maria de Gracia, qui était loin d'être la plus riche des congrégations de Guadalajara, n'avait pas, à elle. seule, moins de 1,000,000 piastres (5,000,000 francs) placés et lui rapportant un intérêt d'au moins 6 pour 100.

Nous ne pouvons pas préciser exactement le chifiEre des pit^riétés rusticas.

Mais nous savons que dans le département de Jalisco, près de Teocaltiche, le clergé de Guadalajara avait des propriétés considérables ; qu'une seule hacienda de la congrégation du Carmen avait acheteurs au prix de 100,000 piastres (500,000 francs); que Thacienda de Miraflores, appartenant à la même congrégation, a été vendue à un certain M. Tapia, de Guadalajara, pour la somme de 95,000 piastres (475,000 francs) ; que Thacienda de San Andrès, appartenant au couvent de San Âgustin, valait davantage.

Quant aux propriétés urbanas^ nous parlons seulement de celles qui étaient situées à Guadalajara; nous avons fait, les documents en main, le relevé de leur valeur approximative, à la suite d'une estimation faite presque un quart au-dessous de la valeur réelle. Ce relevé, dont nous ne donnons pas les longs et ennuyeux détails à nos lecteurs, bien que nous les possédions, s'élève au chiffre de 5,000,000 piastres, c'est-à-dire 15,000,000 francs.

Or, dans cette énumération n'est pas comprise la valeur énorme de chacun des couvents occupés par les quinze grandes congrégations propriétaires à Guada^ lajarall

Dans un ouvrage publié par un ex^onseiller d'État de

l'empereur Maximilien, M. Ortigoza, lequel fut, en 1863, sous Tadministration du gouverneur Ogazon, et durant l'espace de quatre mois, directeur des rentes de TËtat de Jalisco, à Guadalajara, on trouve la preuve de la fraude et du pillage inouïs auxquels donnèrent lieu les ventes mal faites autorisées par les lois de Comonfort, d'abord, et plus tard de Juarez. Cet honorable et habile administrateur, chargé de reviser les titres de vente, a déclaré nuls, pendant les quatre mois de sa direction, <x après avoir seulement entamé la question, » comme il le dit lui-même, une quantité de titres représentant la somme de 600,000 piastres (3,000,000 francs).

Il est facile de comprendre, par ces chiffres, quelles immenses ressources aurait pu trouver au Mexique un gouvernement honnête et libéral que la cour de Rome eût prudemment et sagement appuyé par de sages concessions qui auraient tranquillisé les consciences, fait taire les scrupules.

Mais une fatalité persistante semble sans cesse pousser la cour de Rome à faire Topposé de ce que commandent la sagesse et le bon sens.

Nous avons vu plus haut dans quelle situation Juarez avait laissé les affaires à la régence. Examinons la conduite qu'ont observée le clergé mexicain et la cour de

LE PÂP£ ET L'EMPEREUR MAXIMIUEN. 17

Rome. Il nous est facile de prouver combien elle a été coupable.

La proclamation, en date du 10 juin 1863, que le général Forey publiait à Mexico après son entrée triomphale dans cette ville, ne pouvait laisser aucun doute pas plus à Rome qu'à Mexico sur le but précis de notre expédition, sur l'esprit qui devait présider à rétablissement du gouvernement que nous allions installer.

Elle impliquait tout d'abord Tobligation de la reconnaissance absolue des lois de réforme promulguées sous le gouvernement de Juarez. Elle faisait la promesse solennelle que les ventes régulières des biens du clergé, faites sous le gouvernement précédent, seraient confirmées et que les transactions frauduleuses seules seraient sujettes à unejuste et impartiale révision. Si le moindre doute pouvait subsister après un acte de pareille importance dans l'esprit de quelqu'un, il dut être bien vite dissipé.

En effet, le général Bazaine, successeur du maréchal, prit un soin extrême à confirmer ce qu'avait dit le 12 juin son prédécesseur.

Le 12 octobre 1863, en annonçant aux Mexicains la prise de possession du commandement en chef des troupes franco-mexicaines, il leur dit : ce Ma mission est

18 LE PAPE ET L^EMPëREOR MAXIMlUiiN.

de veiller à la stricte application du manifeste en date

du 12 juin . »

Pouvait-il en être autrement? Est-il admissible que nous ayons pu aller défendre au Mexique des institutions absolument contraires à celles que nous pratiquons en France depuis Tan VIII ?

N'est-il pas évident que le programme de la politique que nous apportions au Mexique devait être un programme libéral?

Mais il faudrait bien peu connaître le clergé mexicain et la cour de Rome pour ne pas s'attendre à des résistances de toutes sortes de leur part contre la tentative que nous allions faire.

C'est pourquoi nous pensons qu'il eût été peut-être prudent de la part du gouvernement français de tomber d accord d'une façon fort explicite avec la cour de Rome, sur la question religieuse au Mexique, avant d'y aller établir un gouvernement quelconque? Mais nous n'insisterons pas sur ce sujet. Le terrain nous parait trop glissant.

Nous examinerons seulement la conduite du clergé mexicain, celle des hommes dits conservateurs qui avaient appelé de fous leurs vœux une intervention

LE PâP£ ËT L ËMPëBËUR MAXIMILIËN. 19

étrangère qu'ils voyaient enfin triomphante dans les murs mêmes de Mexico !

Nous interrogerons ensuite la cour de Rome et nous lui demanderons, si, en présence de cette conduite qu'elle connaissait, elle croit avoir fait ce qui était juste, raisonnable, politique et pour le Mexique et pour l'Église elle-même?

Nous le répétons, les proclamations des généraux Forey et Bazaine ne pouvaient laisser de doutes dans l'esprit de personne.

Que devaient faire ceux qui nous avaient appelés ? Ils avaient deux partis à prendre :

Ou accepter sans restriction le manifeste, ce qui équivalait à un engagement d'honneur d'en respecter les clauses ;

Ou le repousser ouvertement comme faisaient les libéraux, et dans ce dernier cas, s'abstenir au moins de toutes fonctions publiques.

Qu'a fait le clergé mexicain? qu'a fait la cour de Rome? Ont'-ils protesté ouvertement contre la reconnais^ sance formelle des lois de réforme, sauf restrictions justes et légales, que pr^clam^it la France comme base des institutions gouvernementales que nous allions protéger par nos armes? Us s'en sont bien gardés, mais leur

conduite semblerait faire croire qu'en Tacceptant ils

faisaient des restrictions mentales.

Ils espéraient peut-être profiter un jour, sans scrupule, des efforts accomplis, en éloignant ce qui ne leur convenait pas, afin de ne garder que ce qui leur était favorable pour la grandeur et la gloire de TÉglise et pour leurs intérêts propres.

Nous le demandons tout d'abord à Mgr Labastida, archevêque de Mexico.

Comment a-t-il pu accepter une place dans un conseil de régence qui se formait à Tabri du drapeau libéral, qui portait dans ses plis la reconnaissance des lois de réforme? Ne savait-il pas qu'il serait fatalement conduit à signer un jour, comme membre de la régence, des actes en faveur de ces lois, ou à se retirer en faisant un scandale fâcheux, lequel pouvait compromettre des intérêts de la dernière gravité ?

Nous adressons la même question aux juges de la cour suprême, que la régence a été obligée de dissoudre par décret du 2 janvier 1863, « parce qu'ils se refusaient à observer ce que l'acceptation de leur mandat leur imposait comme un devoir sacré. »

Les régents Almonte, Salas, purent bientôt s'apercevoir que des résistances sourdes se formaient autour d'eux

contre Tobservance des lois de réforme. Les calomnies n étaient pas épargnées, calomnies qui les atteignaient eux-mêmes. Aussi ne durent-ils pas hésiter à prendre toutes les mesures nécessaires pour les étouffer.

Le 9 novembre 1863, le sous-secrélaire d'État des cultes, M. Raigosa, publiait la circulaire suivante et renvoyait à tous les préfets.

a La régence de Tempire ayant été informée que, « malgré les communiqués publiés dans le n"" 41 de la a Gazette officielle^ dont un exemplaire est joint à la a présente , plusieurs juges s'abstiennent de connaître « des affaires concernant les pagarès et les locations de c< propriétés ayant appartenu au clergé, me charge de a faire savoir à V. S. que, conformément aux susdits a communiqués, les juges et tribunaux ont été et sont « dans Tobligation de connaître de toutes les affaires « dont il est question. »

Veut-on connaître les communiqués dont il est question dans la présente circulaire? Les voici textuellement :

9â LE PAPE ET L'ËMPEREDR MAXIMIUEN.

a Le gouvernement est informé que les détenteurs de « pagarès éprouvent des difficultés à en obtenir le paye- « ment aux échéances. Les débiteurs se fondent, dit-on, « pour ajourner leur libération, sur des ordres donnés a par V autorité supérieure h la justice du pays de ne pas « connaître des causes de V espèce qui seraient portées dea vont les tribunaux. De pareils bruits ne peuvent être a répandus que par les ennemis du gouvernement, et a leur but est évidemment de produire le désordre et la a désaffection en paralysant les affaires, en prêtant à la (( régence des intentions qui préjugeraient une question <( importante

« Le gouvernement proteste tout d'abord contre ces « calomnies répandues dans le public par des gens hos- « tiles à r ordre de choses établi, et il fait savoir qu'il en « poursuivra les auteurs et propagateurs par toutes les « voies du droit.

« Mexico, 25 octobre 1863. »

« Le gouvernement est informé que les locataires des « biens nationalisés refusent le payement de leurs loyers, a en se fondant sur ce que la régence aurait interdit aux c( tribunaux de connaître de Tespèce qui leur en serait a déférée. Il est également venu à la connaissance du goua vernement que, suivant les bruits répandus, il aurait a fait défense de continuer les constructions sur les a mêmes biens.

<i Le gouvernement proteste contre ces calomnies qui (X n ont d'autre but, comme il l'a déjà dit, à propos des a pagarèSj que de semer la discorde en dénaturant ses a intentions.

(( Le manifeste du général en chef doit être et sera la a règle du gouvernement de la nation^ qui doit trop à la « magnanimité de l'empereurNapoIéon III pour s'écarter <x de ses intentions. Or, ce manifeste dit que : les ventes a régulières seront contirmées et que les transactions c( frauduleuses seules seront sujettes à la révision.

34 LK PAPE ET L^EMPEREOR MUmiLIElf.

« Quoi qu'il arrive, les intérêts engagés peuvent se ras-

« surer. »

i Mexko, 24 octobre 1865. •

11 n'est pas possible d'être plus clair que ne Tétaient les régents Almonte et Salas! !... Cependant les magistrats de la cour suprême se taisent, Mgr Labastida reste à son poste I !...

Que se passe-t-il donc du 9 novembre 1863 au Si décembre 1863?

La cour suprême avait accepté à la première date les décisions du gouvernement, et après avoir continué les luttes sourdes jusqu'au 31 décembre, elle protestait à cette date contre ces décisions prises.

Avait-elle compris qu'elles étaient irrévocables, et ses membres espéraient-ils être plus heureux en transportant la lutte sur un terrain moins dangereux que celui où les plaçait leur mandat officiel ? Nos lecteurs apprécieront.

Le Globe de Londres, dans un article qu'il publiait en 1864, s'étonnait de cette mesure. Il semblait voir dans cette dissolution du premier corps de la magistrature la preuve que l'afTaire des pagarès n'était ni simple ni po-

LE PAPE ET L^ËMPEREUR MAX1MILIEN. 25

pulaire. Nous ne pensons pas que ces magistrats aient cédé à une pression populaire en acceptant tout d'abord leur mandat, en le conservant ensuite le 9 novembre.

Personne, nous en sommes sûrs, n'accusera MM. Almonte et Salas d'être des impies, des révolutionnaires.

Comment infligent-ils un blâme sévère à ces magistrats infidèles?

n nous suffira de publier, du décret du 2 janvier 1863, qui dissout le tribunal suprême, le considérant qui suit :

« Considérant que le tribunal suprême, par la repréc( sentation adressée à la régence de l'empire le 51 déa cembre dernier, s'est mis en état de rébellion contre le (( gouvernement légitime, en déclarant que jamais il ne a s'associerait par ses actes ou ses décisions à l'exécution a des circulaires et communiqués officiels publics ou qui « se publieraient par ordre de la régence touchant les « biens dits du clergé, à moitis que ces dispositions ne conc( sacrent formellement le frind'pe de leur restitution au a clergé )y

Dans la proclamation qu'ils adressent à leurs conci-

toyeii8 le 2 janvier 1864, comment MM. Salas et Almonte

expliquent-ils cette grave mesure ?

a La cour suprême qui devait être le guide naturel des a juridictions inférieures, n'a rien oublié, mais n a rien a appris.

« Les magistrats du passé qui ont été investis de notre « confiance ont apporté dans le sanctuaire de leurs déli- « bérations l'esprit de parti qui exclut la justice, favorise « les mauvaises passions et entretient la haine et la dis- « corde.

a Après avoir épuisé tous les moyens de persuasion à a regard de ces magistrats d'une époque dont le retour « est impossible ;

K Persuadés que le salut du pays est dans Tadoption c< des mesures libérales qui nous sont indiquées par la c( nation généreuse qui nous prodigue son sang et son or ;

« Nous avons dû nous résigner au pénible devoir d'c- « carter des fonctions publiques les magistrats de la cour a suprême qui nous ont refusé leur concours. >>

L'archevêque ne voulut pas signer ce décret. Les régents Almonte et Salas passèrent outre, et à partir de ce

LE PAP£ ET L'EMPEREUR MAXIMILIEiy. 37

moment, la régence ne fut plus composée que de deux membres. Mgr Labastida protesta, fit du scandale!... Mais tout était loin d'être terminé. Pour donner une idée des actes insensés que le clergé et ses amis avaient l'audace de commettre à Mexico même, nous allons publier quelques fragments d'une lettre que le général haréa Neigre, gouverneur de Mexico, fut obligé d'écrire, le 16 janvier 1864, à Mgr Labastida.

c( Monseigneur,

€ Un fait d'une extrême gravité vient d'être porté à ma c( connaissance. Des écrits incendiaires qui m'ont été re* <i mis sont glissés sous les portes de certaines maisons « et répandus clandestinement dans le public. Les au- « teurs de ce manifeste coupable exaltent de vils intérêts a matériels que répudie notre sainte religion et font a appel aux plus détestables passions contre l'armée de « S. M. l'Empereur qui vient arracher le Mexique au dés- (( ordre, rendre la protection aux pasteurs des âmes et « la plus grande liberté à leur saint ministère. . . .

c( Un infâme parti s'agite pour troubler le repos de la

28 LE PAPE ET L'EMPEREUR MAXÏMrLlEN.

c( nation. Dites à ce parti, monseigneur, que ....

nous saurions cependant, si les circon-

c( stances nous en faisaient un pénible devoir, faire ren- (X trer dans l'ombre d'où ils osent lancer leurs diatribes, « ces véritables ennemis du Mexique. »

On devait s'attendre, après une pareille signification, à ce que Mgr Labastida publiât une lettre pastorale appelant les fidèles à la concorde. Il n'en fut rien, et les luttes continuèrent, plus sourdement peut-être, mais avec la môme persévérance et la même perfidie.

Quant aux rapports que Tarmée française avait avec le clergé, nous avons pu en juger par une lettre d'un officier général ayant un commandement au Mexique. Elle dit que « ses rapports avec les autorités religieuses sont « courtois mais froids et réservés. Aucune visite n'a été « faite de part et d'autre. Il y a eu échange de cartes.

a Pour ce qui est de Tapplication des lois, dites de ré- « forme, il y a dénégation presque totale de justice malce gré les dispositions du gouvernement. Les juges décc clarent qu'ils ne veulent pas exercer leurs mandats « parce que l* empereur Maximilienj d^ accord avec lepape^ c( mettra fin aux questions litigieuses du clergé^ et ils sont

<x décidés à faire abandon de leur emploi pliUôt que c( d^obéir. »

Le pape ignorail-ii cette situation grave ? Il la comprenait, il la savait, nous n'hésitons pas à le dire.

Pourquoi n'a-t-il pas signé un concordat qui eût été la preuve d'un accord entre l'empereur Maximilien et lui? U eût assuré ainsi au moins à celui-là le concours sincère d'un parti qui, sans lui être ouvertement hostile, lui a créé des difficultés plus grandes que celles qui pouvaient être vaincues par les armes sur les champs de bataille.

Un concordat était une chose si indispensable pour la réussite de l'entreprise que la France tentait en Amérique, que Ton « pouvait affirmer d'avance que, sans le concordai^ f entreprise devait infailliblement avorter. » Nous le demandons encore : pourquoi le pape ne Ta-t-il pas signé?

C'est pendant que ces événements graves se passaient à Mexico, pendant qu'on attendait cet accord si désiré entre le pape et Tempereur Maximilien, que celui-ci se rendait à Rome pour obtenir les concessions indispensables pour Tordre et la tranquillité dans son empire.

Que fit le pape !

Nous nous abstenons de l'examiner. Nous laissons à

nos lecteurs le soin de lire plus loin toute cette correspondance si étrange échangée entre le nonce du pape à Mexico et le ministre des affaires étrangères M.Ramirez, que nous nous sommes parfois demandé si ces dépèches n'étaient pas apocryphes. Malheureusement nous sommes trop sûrs de leur authenticité.

On se croirait vraiment, en les lisant, au onzième siècle. On dirait le langage de Grégoire YII!... Nous avons laissé cette correspondance telle qu'elle a été envoyée aux mmistres plénipotentiaires du Mexique en Europe, en faisant observer que les textes ont été écrits en espagnol et en italien.

Us ont, par conséquent, été traduits, et comme tous les traducteurs ne connaissaient pas parfaitement la langue française, il& ont commis des incorrections de langage auxquelles nous avons cru ne pas devoir toucher.

On verra, par la lecture de ces documents avec quelles difficultés se trouvèrent tout d'abord aux prises le jeune souverain et la pieuse souveraine qui avaient osé entreprendre l'œuvre de régénération du Mexique»

Leurs illusions étaient bien faibles ; le fragment de la lettre suivante écrite par Timpératrice Charlotte, dans les derniers jours de janvier 1865, fera voir comment elle envisageait les dangers de l'avenir, en se rendant exao-

LE PAPE ET L*£1II%REI]R MAXDnUEN. 31

temenl compte de ceux qui les assiégeaient en ce moment, elle et son infortuné mari.

LlilTTRE DE LUHPÉRATfilGE CHARLOTTE

e Janvier 1865.

a Votre bonne lettre m'a fait, je le répète, doublement <x plaisir, car c'est en même temps une preuve de votre a souvenir et de Tamitié qui ne cesse de nous unir. Nous V en avons un peu besoin en ce moment, à parler franchea ment, car la situation est loin d'être éclaircie. Je ne a sais si vous êtes au fait que le saint-père, qui a le ca-^ a ractère enjoué, dit souvent de lui-même qu'il estjetta- € tore. Eh bien, c'est positif que depuis que son envoyé « a mis le pied sur notre sol , nous n'avons eu que des « déboires et nous en attendons un nombre qui ne sera et pas moindre dans un avenir prochain. L'énei^ie et la

« persévérance ne nous manquent, je crois, pas, mais je a me demande si, les difficultés de toute espèce continuant a de la sorte, il y aura possibilité d'en sortir. En effet, voici « Tétat de choses actuel. Le clergé, blessé à mort par la d lettre du 27 décembre S n'est pas facile à dompter ; tous « les vieux abus se coalisent pour éluder les dispositions (( de l'empereur vis-à-vis de lui. Il y a là-dedans , non « peut-être du fanatisme, mais une telle ténacité sourde « et manœuvrière, que je crois impossible que les mema bres qui composent aujourd'hui le clergé puissent ja- « mais en former un nouveau. Ce qu'oti fera d'eux, voilà « la question. Lorsque Napoléon V' obtint du pape la défit mission des évêques émigrés, ils vivaient à l'étranger « et, comme c'étaient de saints personnages, ils se rési- « gnèrent. Ceux-ci, nous les avons ici, ils quitteraient voce lontiers leurs sièges, mais pas leurs revenus. Un traitece ment de l'État ne leur rapporterait jamais autant, et « leur idéal est de vivre en Europe avec cet argent, pence dant que nous bataillons ici pour fixer la position de c( l'Église.

* Voir plus loin annexe n* 7, page 88.

<c Les biens vendus vont être revisés, seconde pomme tt (le discorde; car, par la reconnaissance des lois de ré- (( forme, nous nous sommes mis les conservateurs sur les bras. Aujourd'hui nous allons avoir à dos les libéraux « et les adjudicataires. Comme il ne saurail y avoir qu'un « poids et une mesure pour tous, ceux qui se sont livrés « à des opérations illicites vont devoir restituer leurs « gains, et je crains que cette œuvre de réparation et de c( justice n'excite autant de passions que la perte des biens « pour le clergé.

a Au milieu de tout cela, Oajaca n'est pas encore pris,

« cela inquiète les esprits. Si le malheur voulait que la

:< moindre chose allât de travers là-bas, la bombe éclate-

(i rait en divers endroits. Nous passons depuis un mois

«une fortecrise.Si elle est victorieusement supportée,

«l'avenir de l'empire mexicain s'annonce bien, sinon,

«je ne sais ce qu'il faut en augurer. Pendant lespre-

« miers six mois, tout le monde trouve le gouvernement

« parfait ; touchez à quelque chose, metlez la main à

« l'œuvre, on vous maudit. C'est le néant qui ne veut pas

« être détrôné. Vous croiriez peut-être avec moi que le

34 LE PAPE ET L EMPEREUR MAXlMlLIEiN.

« néant est une substance maniable, puisse ce n'est rien; « au contraire, on s'y heurte à chaque pas dans ce pays- <c ci et c'est du granit plus puissant presque que toutes <x les forces de l'esprit humain Les pyramides d'Egypte « ont été moins difficiles à élever que le néant ttiexicain a ne serait à vaincre.

« Encore, tout ici n'aurait-il qu'une gravité secondaire a sans le fait capital que l'armée diminue et avec elle la «force matérielle du gouvernement. Je crains toujours, « qu'on ne lâche la proie pour l'ombre. Certes le corps « législatif parlera en France, mais il ne s'agit que de c( discours plus ou moins sonores. Tandis qu'ici ce sont « des faits qui peuvent compromettre le succès d'une « œuvre que la France a fondée et qui est destinée à por- (( ter le nom de Napoléon III aux générations futures. •« Il est fort beau de dire, comme dans le parlement ance glais : Le Mexique est si bien organisé, qu'il n'a besoin « du secours de personne. Mais pour ma part je préfère a m'en tenir aux réalités. Pour civiliser ce pays-ci, il faut c< en être complètement maître, et, afin d'avoir ses coudées « franches, il faut pouvoir tous les jours réaliser sa force

a en gros bataillons; c'est un argument qui ne se discute (( pas. Toute la force que l'on n'est pas à même de réalic< ser, telle que le prestige, Thabileté, la popularité, Ten- « tbousiasme, n'a qu'un prix conventionnel, ce sont les a fonds qui montent et qui baissent... il faut des troupes. a Les Autrichiens et les Belges sont très-bons en temps a de calme, mais vienne la tempête, il n*y a que les panta- « Ions rouges. S'il m'est permis de vous dire toute ma « pensée, je crois qu'il nous sera très-difficile de traver- « ser toutes les premières crises vitales, si le pays n'est a pas plus occupé qu'il ne l'est. Tout est fort disséminé, « et il me semble qu'au lieu de rien rappeler, il aurait « peut-être fallu augmenter. Je crains fort que le maré- « chai ne se repente de n'avoir pas écrit au mois d'octo- « bre ce que nous lui avions demandé. Il a craint du mé- <x contentement en France et a, je crois, échangé un petit a désagrément contre un plus grand.

« Ceci n'est pas mon opinion toute seule que je n'ose- « rais avancer avec autant d'assurance, c'est celle de... a c'est aussi celle de... tous deux juges compétents. Ils « disent qu'ils ne sont pas rassurés, non point tant à cause

36 Lt: PÂPË ET LE^l'EKËLR HÂXUilLIEN.

a de nous, qu à cause de larmée; car noos pouvons sup- (c porter un accroc, personne ne s'en étonnerait, mais « pas les armes françaises. Nous pouvons au besoin nous a retirer, comme Juarez, dansune province éloignée, nous a pouvons retourner d'où nous sommes venus; mais la « France ne peut pas ne pas triompher, parce qu'elle est a la France d'abord, et parce que son honneur est en- « gagé. »

La leltrc a" 15 (voir les documents ci-après) termina loulc correspondance entre le gouvernement mexicain et le nonce. Il demanda ses passe-ports et quitta Mexico avec tout le personnel de la nonciature à la fin d'avril 1865, l'Empereur le fit accompagner jusqu'à Vera Cruz avec les plus grands égards; il s'embarqua pour aller dans le Guatemala sur le paquebot anglais, qui quilla Vera Cruz le 2 juin 1865.

Ce dépari jeta la consternation dans tous les esprits qui avaient conservé encore quelque espoir d'arrangement.

Bien que nous nous soyons imposé le devoir de laisser absolument de cô!é la question militaire, nous

LE pap:-: et l'e^iperkur maximilikn. 37

croyons cependant devoir publier une lettre trouvée dans les archives de l'empereur Maximilien, qui dépeint la situation militaire du pays, telle qu'ail la voyait^ du moins^ en juin 1865, au moment du départ du nonce. On verra combien ce départ dut exercer une influence désastreuse sur les événements, qu'il provoqua en grande partie.

EXPOSÉ FAIT PAR L'EMPEREDR MAXIMILIEN DE LA SI- TUATION MILITAIRE DE L'EMPIRE MEXICAIN EN 1865.

« Ghapultepec, 29 juin 1865.

« Aussi dignes de foi, je reçois des nouvelles fort alar« a mantes d'un autre côté.

« 11 faudra pourvoir à la sûreté de cette place impor- « tante (Guanajuato).

a Si le moindre scandale arrive, j'en rends respon- « sable le maréchal.

« n faut le dire ouvertement, notre situation militaire « est des plus mauvaises.

a Guanajuato et Guadalajara sont menacées.

« La ville de Morelia est entourée d'ennemis. Acapulco 4c est perdue et donne, par son excellente position, un c chemin toujours ouvert pour alimenter la guerre et « pour fournir l'ennemi d'hommes et d'armes.

c( Oajaca est presque dégarnie.

« San Luis Potosi est en danger.

<c Du nord ne viennent pas de nouvelles, de manière « que la position militaire est, je le répète, bien mau- « vaise, plus mauvaise que l'automne passé.

« On a perdu un temps précieux, on a ruiné le trésor «t public, on a ébranlé la confiance, et tout cela parce « qu'on a fait croire à Paris que la guerre est glorieu- « sèment finie, que d'immenses territoires plus vastes a que la France étaient redevenus caknes et paisibles.

c( Donnant suite à ces rapports complètement faux, « on a rappelé une grande quantité de troupes, voulant « ainsi gagner l'opposition ; on a laissé un nombre insuf- « fisant de soldats.

<c D'un autre cOté, on nous a fait dépenser des sommes « énormes pour les mauvaises troupes auxiliaires, et de <i cette manière le pauvre pays doit payer des troupes a françaises. . . des hordes d'indigènes qui ne lui font que c< du mal, et en récompense de ces immenses sacrifices K pécuniaires, nous voyons les principales villes du pays, c( les centres de la richesse, menacés par des troupes c( audacieuses qu'on se plait à appeler « ladronesy » mais K qui montrent un talent militaire très-remarquable, <c profitant immédiatement des grandes faiblesses de « notre position.

« Dans tous ces points, il y a deux questions sérieuses «t à régler : Tinsuffisance des troupes et les sommes « inouïes que cette lente et malheureuse guerre en- 4c gloutit.

« Le point le plus brûlant pour le moment est d'as- « surer les grandes villes.

« La perte de Guanajuato serait un malheur irrépac( rable ; la prise de Morelia, un scandale sans nom.

« A propos de Morelia, je me rappelle très-bien les « promesses qu'on m'avait faites Tannée dernière,

« On parlait comme à présent du temps des pluies. On « disait qu'en hiver tout serait fait.

<c On faisait mille promesses aux malheureuses popua lations, et il se passe une année et nous voilà dans la c( position la plus déplorable.

« Signé : Maximiuem. »

(Par celle lettre, on peut juger des réserves qu'a faites Tempereur pour expliquer les fautes commises au Mexique.)

Nous avons la confiance d'avoir exposé les faits dans toute leur vérité.

D'autres, plus autorisés, nous éclaireront bientôt davantage sur la part réelle de responsabilité que le clergé mexicain et la cour de Rome doivent prendre à leur compte dans le triste dénoûment de la question mexicaine.

On pleure à Rome. On y prie pour Tempereur Maximilien.

Mieux eût valu, à notre sens, y faire en temps opportun des concessions raisonnables commandées par la

LE PAPK ET L'EMPEREUR MAXIMIUEN. 41

force des événements. On se fût ainsi épargné des larmes, et Ton ne prierait pas aujourd'hui pour le repos de Tâme de Maximilien, qui peut-être serait encore sur le trône du Mexique.

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