‹ La cour de Rome et l'empereur Maximilien;Chapitre 3 sur 3 · RÉCEPTION OFFICIELLE DU NONCE APOSTOUQDE LE 10 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION OFFICIELLE DU NONCE APOSTOUQDE LE 10 DÉCEMBRE

La réception officielle du nonce de Sa Sainteté Mgr Meglia a eu lieu le 10, à midi, conformément au cérémonial de la cour.

Trois voitures de la cour ont élé chercher Mgr Meglia chez lui, rue du Puente de San Francisco. Dans la voiture d'honneur attelée de six chevaux se trouvaient le chambellan de service et le secrétaire du grand maître des cérémonies.

Dans le second était un aide de camp de l'empereur.

LE PAN ET L'EMPEREUR MAXimUEN. 75

Monseigneur monta dans la toiture d'honneur, en compagnie du chambellan de service et du secrétaire du grand maître des cérémonies.

Une troisième voiture était réservée à Tauditeur et au secrétaire de la nonciature, qui y prit place.

Un bataillon de zouaves formait la haie devant la porte principale du palais, par laquelle est entré le cortège quelques minutes après midi. Aux étages supérieurs du palais, la garde palatine formait la haie sous les ordres du comte de Bombelles.

Le grand maréchal a reçu le nonce et l'a conduit dans la salle d'audiences, ou se trouvait Sa Majesté l'empereur, entouré de ses ministres, des coftseillers d'État et de tous les hauts fonctionnaires de la cour et de TÉtat. Le nonce a remis ses lettres de créance à Tempereur, qui les a remises au ministre des affaires étrangères. Mgr Meglia a lu en français le discours suivant :

a Sire,

« En remettant à Votre Majesté impériale le bref par « lequel notre saint-père a daigné m'accréditer auprès « de votre auguste personne, je suis heureux, Sire, ^e a vous exprimer les sentiments de tendre affection dont

« le cœur paternel de Sa Sainteté est animé envers Votre

« Majesté.

a Le souverain pontife, qui connaît déjà votre dé« a vouement à TÉglise, et vos bienveillantes intentions, « met trop de confiance en vous, pour douter que <i notre sainte religion, qui est la source la plus féconde « de la prospérité des nations, comme Pappui le plus « solide des gouvernements et des trônes, ne soit Tobjet « constant de la protection de Votre Majesté impériale.

a En mon particulier. Sire, je ne cesserai d'employer a tout mon zèle et vouer tous mes soins au maintien des (c relations amicales, ainsi qu'à la conservation des liens « qui doivent unir à^jamais le saint-siége et Tempire « mexicain.

« Permettez-moi d'espérer. Sire, que je pourrai y parce venir s'il m'est donné de mq concilier la haute bience veillance de Votre Majesté impériale. »

L'Empereur a répondu en espagnol :

et Monseigneur, ce C'est pour nous une véritable consolation que de « voir finalement réalisée, par l'envoi d'une personne ce si distinguée el si éclairée, la promesse qui nous avait

« été faîte à Rome, réalisation que notre gouvernement ce aussi bien que la nation attendait avec anxiété.

« Le saint-père, avec sa bonté proverbiale et inalté- « rable, nous donne en cela une preuve évidente, ac- (X ceptée par nous avec reconnaissance, que la sainte a Église veut le règlement définitif et si nécessaire des a difficiles affaires pendantes entre notre gouvernement « et le saint-siége apostolique.

a Le gouvernement mexicain, catholique, loyal et a basé sur la vraie liberté, ne faiblira pas à ses devoirs; a avec ces sentiments, il reçoit le digne représentant du <x vicaire du Christ, dans la pleine confiance que sa venue c( est le premier pas vers un mutij^l et durable arrange- « ment que Dieu bénira. »

Après la lecture des discours, le nonce passa dans une salle voisine, où il fut présenté à l'impératrice. Il a été ensuite reconduit chez l«i avec le même cérémonial qui avait été observé pour le conduire au palais. La réception du nonce de Sa Sainteté a été solennelle et brillante.

78 LE PAPE ET L*EMP£R£UR MAXiMiUEN.

POINTS PROPOSÉS AU NONCE DE SA SAINTETÉ POUR LA SOLUTION DE LA QUESTION ECCLÉSIASTIQUE, LE S6 DÉCEMBRE 18M.

l"" Le gouvernement mexicain tolère tous les cultes qui étaient prohibés par les lois du pays, mai^ il ^Qcorde sa protection spéciale à la religion catholique, apostolique et romaine comme religion d'État.

3"" Le trésor public pourvoira aux frais du culte et payera ses ministres de la même manière, dans la même proportion et au même titre que les autres services civils de Itw.

S"" Les ministres du culte catholique administreront

les sacrement et exerceront leur ministère gratuitement sans qu'ils aient la fiiculté de rien recouvrer et sans que les fidèles soient dans TobligatioB de ptjar des gages, des émoluments ou quoi que ce soit à titre de droits de paroisse, dispenses, dîmes, primes ou autre chose.

4"" L'Église fait cession au gouvernement de tous ses revenus provenant des biens ecclésiastiques, lesquels ont été déclarés nationaux pendant la république.

5"" L'empereur Maximilien et ses successeurs sur le trône jouiront in perpetuum vis-à-vis de l'Église mexicaine des droits équivalents à ceux qui étaient concédés aux rois d'Espagne vis-à-vis des Églises d'Amérique.

6* Le saint-père, d'accord avec l'empereur, déterminera lesquels des ordres religieux éteints pendant la république doivent être rétablis , en spécifiant de quelle manière ils subsisteront et dans quelles conditions.

Les communautés de religieuses qui existent de fait aujourd'hui pourront continuer de subsister, mais avec défenses de recevoir des novices jusqu'à ce que le saintpère, d'accord avec l'empereur, ait spécifié leur mode et leurs conditions d'existence.

7® Juridiction du clergé?

S^ Dans les lieux où il le jugera convenable, l'empereur chargera du registre civil des naissances, mariages et

80 LE PAPE ET LEMPERECR NÂXIMILIEN.

décès des prêtres catholiques qui devront s'acquitter de cette mission comme fonctionnaires de l'ordre civil. 9* Cimetières?

Le sea'étaire de la justice,

Signé : Francisco de P. Tabera.

LE PÂP£ ET L^EUPfiREOR NAXIMILIE^. 81

NOTE DE H. ESCDDERO, MINISTRE DE LA JUSTICE, AU NONCE APOSTOUQUE DU PAPE A MEXICO, EN DATE DU 24 DÉCEMBRE 1864.

Monseigneur, Comme Votre Excellence m'a déclaré dans notre dernière conférence, ainsi qu'elle Ta répété, du reste aujourd'hui, dans son entrevue avec S. M. Timpératrice, que, foute d'instructions nécessaires pour traiter sur les neuf points proposés dans le but d'aplanir les diflicultés existant entre FÊlat et rÉglise mexicaine, elle devait en référer à la cour de Rome; S. M. l'empereur se trouve dans la pénible nécessité de dicter les mesures

que lui commandent ses devoirs et sa conscience, dans la situation actuelle.

f Mais comme le manque d'instructions de Votre Excellence doit être la cause de mesures ultérieures que prendra Sa Majesté, elle désire que ce fait soit constaté par écrit et, à cet effet, Yotre Excellence aura la bonté de m'écrire, en réponse à cette note, ce qu elle a bien voulu m'exprimer de vive voix.

Je profite de cette occasion pour réitérer à Votre Excellence l'assurance de ma considération distinguée.

Signé: Pedro ësgddero.

NOTE DU NONCE APOSTOLIQUE A MEXICO, A M. ESCU- DERO, EN RÉPONSE A SA NOTE DU 24 DÉCEMBRE, EN DATE DU 25 DÉCEMBRE 1864.

Excellence ,

Votre Excellence me prie par une note en date d'hier, 24 décembre, que je viens de recevoir ce matin, devons communiquer par écrit ce que j'ai eu l'honneur d'exposer à S. M. rimpératrice, hier, et à vous dans la conférence du 20 de ce mois, relativement à un projet du gouvememçnt impérial, contenant les bases générales

81 LE PAPE £T L^ËMPERiiiUU MAXIMILIËN.

d*un concordat, qui devrait être traité entre le saint-

siége et le gouvernement mexicain. Je m'empresse avec

plaisir de répondre aux désirs exprimés par Votre

Excellence.

En soumettant à S. M. l'empereur, dans l'audience privée qui me fut accordée le 17, une lettre confidentielle du saint-père, Sa Majesté daigna me donner connaissance du susdit projet et je répondis en toute franchise, que je n'étais muni ni des instructions, ni des pleins pleins pouvoirs nécessaires pour négocier un concordai, vu que mes instructions étaient en tout conformes à ce que Sa Sainteté exprimait dans sa lettre à l'empereur. J'ai répété et développé ceci à Votre Excellence et à S. M. l'impératrice, en ajoutant que ma mission avait pour but en premier lieu de voir révoquer et abolir en même temps que les lois dites de réforme, toutes celles contraires aux droits sacrés de l'Église, qui sont encore en vigueur ici, d'activer la publication d'autres lois tendant à réparer les torts qui lui ont été faits et à remettre de Tordre dans l'administration civile et ecclésiastique. J'ajoutai que mes instructions étaient de réclamer la liberté entière de l'Église et des évêques dans l'exercice de leurs droits et du saint ministère, le rétablissement des ordres religieux et leur

réforme, dont les bases leur furent communiquées par le saint -père, la restitution des églises et des couvents ainsi que de leurs biens , de demander enfin que Ton reconnût à l'Église, ainsi que par le passé, le droit d'acquérir, de posséder et d'administrer son patrimoine.

Effleurant ensuite quelques points de ce projet, j'ai désapprouvé le premier sur la tolérance des cultes, comme contraire à la doctrine de l'Église et aux sentiments de la nation mexicaine, toute catholique. Quant au second point, j'ai donné à réfléchir que tout l'épiscopat, le clergé et la partie la plus saine de la nation abhorraient l'idée d*une indemnisation qui leur serait payée par le trésor, qu'ils aimeraient mieux vivre de la charité des fidèles, et que finalement l'Église dépouillée déjà en partie ne pouvait pas céder volontairement les biens qui lui restaient et qui forment le patrimoine le plus légitime et le plus sacré, destiné au culte divin à la subsistance de ses ministres et des pauvres.

J'ai suggéré ensuite à Sa Majesté et à Votre Excellence que le saint-siége n'avait pu d'autant moins me donner des instructions sur les points susdits, qu'il ne pouvait pas supposer que le gouvernement impérial les proposerait et consommerait ainsi l'œuvre com-

8f> LB PâPE et L^EMPëREUR MâXIMILIEN.

mencée par Juarez. J'ai assuré à Sa Majesté et à Votre Excellence que je n'avais entendu parler à Rome d'un projet ainsi conçu, ni par Sa Sainteté, ni par son secrétaire d'État, ni par d'autres personnes attachées à la cour pontificale, et que j'étais persuadé que le ministre impérial, M. Aguilar, n'en avait jamais fait mention au saint-père, lequel certainement aurait écrit une lettre et donné d'autres instructions à son représentant. Je passe, monsieur le ministre , par-dessus beaucoup d'autres réflexions que je me suis permis de soumettre à la haute intelligence de S. M. l'impératrice avec une franchise tout épiscopale, et je me vois contraint de répéter à Votre Excellence que, ne pouvant traiter sur les bases du projet en discussion, je me limiterai à le transmettre par le premier courrier au gouvernement du saint-siége et que, pour le reste, je devrai m'en rapporter entièrement à la lettre déjà mentionnée du saint-père à l'empereur.

C'est par votre intervention que j'ose supplier Sa Majesté, tellement dévouée au saint-père, de ne vouloir prendre aucune résolution contraire à l'Eglise et à ses loiS; de ne pas augmenter l'affliction d'un pontife aussi bon, et déjà si rudement éprouvé, et d'attendre l'oracle de Sa Béatitude, qui ne peut être qu'à Tavantage de la

religion et pour le véritable bien de S. H. l'empereur et de son empire.

J'ai l'honneur de réitérer à Votre Excellence l'assurance de ma considération la plus distinguée,

Signé : Pierre François, archevêque de Damas.

LETTRE DE L'EMPEREUR HÀXIMILIEN A M. ESCUDERO, MINISTRE DE U JUSTICE, EN DATE DE MEXICO, LE 27 DÉCEMBRE 1864.

Mon cher ministre Escudero,

Afin d'aplanir les difficultés qui ont été soulevées au sujet des lois dites de réforme, nous nous sommes proposé d'adopter de préférence un moyen qui, tout en donnant satisfaction aux justes exigences du pays, devait avoir pour effet de rétablir, pour tous les habitants de Tempire, la tranquillité dans les esprits et le calme dans les consciences. Dans ce but, nous nous sommes

occupé, étant à Rome, d'ouvrir des négociations avec le saint-père, comme chef universel de l'Église catholique.

Le nonce apostolique est arrivé à Mexico ; mais, à notre très-grande surprise, il a déclaré qu'il manque d'instructions pour négocier et qu'il devra attendre ses instructions de Rome.

La situation difficile, qui se prolonge depuis plus de sept mois, et qui nous a coûté de si grands efforts, n'admet plus de retard. Cette situation exige un prompt dénoûment. En conséquence, nous vous chargeons de nous proposer immédiatement des mesures qui devront avoir pour effet :

Que la justice soit rendue sans égard à la qualité des personnes ;

Que les intérêts légitimes créés par lesdites lois de réforme soient garantis, sans préjudice des dispositions à prendre pour redresser les injustices et les excès auxquels ces lois ont donné lieu ;

Qu'il soit pourvu à l'entretien du culte et à la protection des intérêts sacrés placés sous la sauvegarde de la religion ;

Et enfin, que les sacrements s'administrent, et que les autres fonctions du ministère ecclésiastique s'exercent,

dans tout l'empire, gratuitement et sans charges pour

les populations.

A cet effet, vous nous proposerez tout d'abord un plan pour la révision des opérations de désamortisation des biens ecclésiastiques. Ce plan devra avoir pour base la ratification des opérations légitimes exécutées sans fraude et conformément aux lois qui oiit décrété Taboli- Uon de la mainmorte et fait passer ces biens dans le domaine de la nation.

Enfin, vous vous guiderez d'après les principes les plus larges et les plus libéraux de la tolérance religieuse, sans perdre de vue que la religion de l'État est la religion catholique, apostolique et romaine.

Signé : Maxholien.

Par l'empereur.

Le ministre d^État, Signé : Yelasquez de Leopï-

NOTE DU NONCE APOSTOUQUE A MEXICO, A M. RAHIREZ, EN DATE DU 29 DÉCEMRRE 1864.

Excellence,

La lettre de Sa Majesté l'empereur à M. le ministre de la justice, publiée dans le journal ofiBciel du 27, relative à la question pendante entre le saint-siégeet le gouvernement mexicain, que Sa Majesté se propose dérégler sans le concours de l'autorité de TÉglise, me met dans la triste nécessité d'adresser cette note à Votre Excellence pour protester contre les expressions injustes et injurieuses pour le souverain pontife et son gouvernement.

92 LE PAPE ET L^EMPEREUR MAMMiLIEN.

Avant de les sommettre à l'apprécilation loyale de Votre Excellence, je crois utile, pour plus de clarté, de vous exposer le véritable objet de ma mission.

Votre Excellence sait fort bien que j'ai fait connaître au gouvernement impérial de vive voix et par écrit, que mes instructions étaient en tout coniormes à la lettre du saint-pére à Tempereur, laquelle lettre est restée ignorée jusqu'aujourd'hui du public ; j'ai ajouté que la mission qui m'avait été confiée par Sa Sainteté était en premier lieu de voir révoquer et abolir, en même temps que l'inique loi de réforme, toutes les autres lois qui étaient encore en vigueur, contrairement aux droits sacrés de Téglise, de réparer les torts faits à celle-ci, de réclamer le rétablissement des ordres religieux, la restitution des églises et des couvents, ainsi que des biens ecclésiastiques enlevés ou existants, et finalement la liberté entière de l'Église dans l'exercice de ses droits et de son ministère sacré.

Le gouvernement impérial m'ayant présenté un projet en neuf articles, contraire à la doctrine, à la discipline actuellement en vigueur de FÉglise et aux lois canoniques sacrées, projet qui tend à dépouiller l'Église de tous ses biens, de sa juridiction, de ses immunités et à la rendre en tout dépendante et esclave du

pouvoir civil, toutes choses déjà condamnées par le pontife romain par deux allocutions consistoriales de 1856 et 1861, j'ai répondu franchement que je n'avais pas d'instructions pour traiter sur des bases aussi inadmissibles, et j'ai prouvé sans réplique, que le saintpère n'avait pas pu me donner des instructions làdessus :

1"" Parce que Ton ne pouvait jamais supposer qu'un pareil projet serait proposé par le gouvernement impérial;

2® Parce que celui-ci n'en avait jamais fait mention au saint-siége,niàrexcellentissime épiscopat mexicain, qui avait, bien au contraire, d'autres espérances et flatteuses promesses.

Si donc le gouvernement impérial a tenu secret jusqu'au dernier moment ce projet déplorable , comment peut-il être surpris que le nonce du saint-siége n'ait pas d'instructions à ce sujet? Et que Votre Excellence me permette de relever avec le respect qu'elles méritent, mais avec la franchise qui est de mon devoir, les expressions de la lettre impériale qui dit:

« A cette fin, nous avons fait des démarches lors de notre voyage à Rome pour ouvrir une négociation avec le saint-père. Aujourd'hui le nonce apostolique se trouve à

Mexico, et, à notre grande surprise, il nous a déclaré

qu'il manque d'instructions. »

Voilà ce que j'ai à dire : Si l'on veut faire croire au Mexique catholique que c'est sur le saint-père que doit retomber toute la responsabilité de la détermination in-' admissible, d'agir en matières ecclésiastiques aussi importantes sans le concours nécessaire de Tautorité spirituelle? Personne qui jouit d'un peu de bon sens ne pourra comprendre que le vénérable chef de l'Église, connaissant les idées et le projet du gouvernement mexicain, envoyât son nom pour les sanctionner, et tout en renvoyant ne lui donnât pas les instructions nécessaires.

Plus encore, il est incroyable que le saint-père, ayant écrit une lettre à l'empereur, dans laquelle il lui parle avec chaleur des maux encourus par l'Église mexicaine, lui indiquant les remèdes pour les guérir et les moyens pour la faire revenir à son antique splendeur, — ne dise pas une seule parole sur les graves affronts que le nouveau projet infligerait à ladite Église, déjà si vivement éprouvée.

Et à qui voudrait-on faire croire qu'un souverain envoyant son représentant à une cour y traiter des affaires de la plus haute importance, le laisse privé des in« structions les plus indispensables?

Je proteste donc contre toute manifestation ou insinuation tendant à faire retomber sur le suprême pontife la plus légère responsabilité de tout ce qui pourra se faire ici de contraire à r%lise et à ses droits : j'affirme que ni Sa Sainteté, ni son gouvernement, ni le nonce n'ont jamais eu connaissance des projets et résolutions qui, au lieu de calmer les consciences timorées et de rendre la paix aux esprits, n'ont fait que les jeter dans des perturbations et des angoisses plus grandes encore.

J'ai Fhonneur, en cette occasion, de renouveler à Votre Excellence l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Signé: Pierre François, Archevêque de Damas.

96 L£ PAPE ET L'EMPËRËUR NÂXIMIUEN.

NOTE DE M. RAMIREZ AU NONCE APOSTOLIQUE A MEXICO, EN RÉPONSE A SA NOTE DU 29 DÉCEMBRE 1864, EN DATE DU 10 JANVIER 1865.

Excellence,

J'ai reçu exactement la note de Votre Excellence datée du 29 décembre dernier, mais les occupations du moment ne m'ont pas permis d'envoyer une réponse immédiate.

D'un autre câlc,je ne voulais pas la faire sous Tinfluence produite par la pénible impression causée par une lecture rapide, et je me réservais de la rédiger avec le calme et la réflexion qu'exigent des alTaires d'une

LE PAPE ET L^ENPEREUR MAXINILIEN. 97

aussi grande importance et d*une portée aussi incalculable. Après m'étre bien pénétré de l'esprit qui l'avait dictée, j'ai pu reconnaître avec une peine non moins grande que les devoirs de la position que j'occupe, que le respect dû à l'autorité et à la dignité de l'empereur, voire même le moyen de conserver le bon accord, exigeaient que j'épargnasse à Sa Majesté la lecture d'un document qui, par la forme, devait rendre plus pénible le sentiment produit par la note que peu de jours auparavant Votre Excellence avait adressée au ministre de la justice.

Placé ainsi dans la dure alternative ou de renvoyer votre note ou de n'y pas répondre, voulant éviter ces deux partis extrêmes en raison de leurs conséquences inévitables; j'assume la responsabilité personnelle de donner à Votre Excellence non pas une réponse mais des explications nécessaires pour rectifier certaines idées erronées et repousser l'offense faite au gouvernement de Sa Majesté par des suppositions entièrement gratuites. Votre Excellence voit compromis l'honneur et la responsabilité du saint-père, elle juge sa haute dignilé outragée par certains passages insérés dans un paragraphe de la lettre que Sa Majesté a adressée à son ministre de la justice. Elle proteste en conséquence contre son contenu. Bien

98 LE PAPE ET L^EMPEREUR MÂXlMUiIEN.

juste et digne en même temps est le zèle que met Votre Excellence à défendre Thonneur de son souverain, et je ne ferais autre chose que de Ten féliciter si, dans sa défense, elle ne touchait à celui du mien. Mais il a été attaqué sans motifs parce que le paragraphe en question n'est que l'exposé de ce qui existe. De quoi y est-il question si ce n'est de faits incontestables et d'une vérité notoire?

Ce qui est certain, c'est que Sa Majesté a été à Rome dans le but d'y conclure un arrangement pour aplanir les difficultés qu'offrait le règlement des lois dites de réforme; qu'elle a proposé à cet effet l'envoi d'un nonce chargé d'instructions toutes spéciales et qu'après cela le nonce est arrivé déclarant n'avoir reçu aucune de ces instructions. Ces faits, je le répète, s'ils doivent être l'objet d'une récrimination, ne peuvent engager en rien ceux qui les constatent. En eflet, ils sont l'expression de la v&rité ; car il est véritablement désolant de voir Votre Excellence disant et répétant depuis son arrivée dans la capitale, et cela sous différentes formes qu'elle n'a pas d'instructions pour traiter.

A cette grave observation Votre Excellence donne une réponse qu'elle croit parfaitement suffisante. Elle dit qu'à Rome on n'avait aucune idée, aucune notion sur les

points proposés par Sa Majesté pour le règlement projeté, et que, par suite, elle n'a pu avoir d'instruction en conséquences.

Si tel était réellement le cas et que l'excuse fût exposée dans de pareils termes, on n y pourrait rien trouver à redire. Mais j'ai le regret d'affirmer qu'il n'y a pas d'exactitude dans l'objection précédente et je suis forcé d'ajouter que, même en admettant l'exactitude, l'objection a été faite dans des termes peu convenables et spécialement propres à compromettre toutes relations amicales et empêcher ainsi d'arriver au but indispensable de toute négociation. En effet, passant très-sommairement sur les points proposés, ou, comme elle affecte de le dire, sur ce c déplorable projet, » Votre Excellence se croit dispensée de ces régies et ne craint pas d'exercer la plus sévère censure.

Elle le déclare : opposé aux canons, à la doctrine et à la discipline de l'Église, elle l'accuse d'expolier ses biens, d'attenter à sa juridiction, à ses immunités, de la conduire à Tesdavage sous le pouvoir civil, de renouveler les affronts d'autrefois, d'augmenter, au lieu de les calmer, le trouble et l'angoisse des consciences timorées. Enfia, et pour rendre plus poignante la censure. Votre Excellence rappelle que toutes ces erreurs gratuitement

attribuées audit « projet » ont été condamnées par le siège apostolique, dans les allocutions consistoriales de 1856 et 1861, et elle achève en cherchant à propager, sans aucun fondement de fait ou de raison, une erreur hautement blessante pour le gouvernement de Sa Majesté et qui consiste à vouloir convaincre que le « dé- « plorable projet » a été caché avec le plus grand mystère jusqu'au dernier moment.

Déjà auparavant, en s'adressant au ministre de la justice, elle avait, de sa propre initiative, lancé une accusation du même genre en insinuant que les intentions du gouvernement impérial étaient de « consomc( mer » Fœuvre commencée par Juarez.

Si Voire Excellence a pu recouvrer le calme d'esprit nécessaire dans la discussion des affaires graves, elle comprendra que pareils procédés ne sont faits ni pour gagner la bienveillance ni pour convaincre et que leur forme était trop peu convenable pour qu'il en fût donné connaissance à l'empereur. Je leur fais grâce cependant et je veux bien leur prêter un instant mon attention, sans toutefois prétendre entrer dans la discussion, car Votre Excellence comprend bien que le ministre des affaires étrangères est le dernier qui puisse engager une polémique de ce genre sur un pareil terrain. Les

LE PAPE ET L^EMPEREUR MAXIMILIEN. loi

points en litige ont été discutés durant des siècles. Il n'y a plus rien à dire.

Chacun a son opinion bien arrêtée et a à sa disposition un immense arsenal dans lequel il peut puiser les armes qui lui sont nécessaires. En écrivant dans le feu de Texaltation, Votre Excellence n'a pas remarqué que ses idées étaient en désaccord avec ses paroles. Elle dit qu'à Rome on n'avait aucune idée, aucun soupçon sur les points proposés par l'empereur, et c'est sur cela qu elle s'appuie pour expliquer son manque d'instructions. Il est avéré qu'à Rome les lois de réforme étaient parfaitement connues, puisque Sa Sainteté les a condamnées dans deux allocutions consistoriales. On y savait également tous les intérêts divers qu'avaient créés, tous les obstacles qu avaient soulevés la désamortisation et la nationalisation des biens ecclésiastiques.

En cela il n'y avait, il ne pouvait y avoir aucun doute, pas plus que dans la pressante nécessité d'arriver à une solution.

Je me suis attaché spécialement à faire ressortir ce dernier point dans la lettre que j'ai adressée au ministre du Mexique à Rome, le 22 juillet dernier, en lui rappelant tous les préjudices et tous les dangers auquel exposait un retard autant pour l'Église que pour l'État.

Je terminais ma dépêche par ces paroles : « Sa Ma- (X jesté m'ordonne de dire à Votre Excellence qu'elle doit « employer toute la prudence, toute la modération et la <x courtoisie qui la caractérisent, pour faire connaître à « Son Éminence le cardinal secrétaire d'Ëtat que si le « nonce de Sa Sainteté ne se trouve pas ici en temps a opportun, l'empereur se verra forcé, à son grand c regret, de dicter les mesures que réclament la paix « et la ' tranquillité du pays, en tenant compte toutec fois des ménagements qu'exigent les intérêts de la rec( ligion et de l'Ëglise, lesquels lui sont également chers. « Que Votre Excellence fasse envisager à Sa Sainteté les <x périls de la situation dans laquelle est engagée Sa Mac( jesté ainsi que la force irrésistible qui l'oblige à les « prévenir, comme aussi le sentiment pénible qui afflige a son esprit. »

L'envoyé de Sa Majesté accusa réception par note datée du 10 septembre; il annonçait en même temps qu'il avait fait part de ses instructions au cardinal secrétaire d'Ëtat. Son Éminence, informée de Tétat des choses, l'avait officiellement autorisé à faire connaître par la voie officielle au gouvernement de Sa Majesté que Votre Excellence était désignée comme devant être l'envoyé apostolique avec le litre de nonce, qu'elle se mettrait en route

LE PAPE ET L^ENPEREDR MÂXIMIUEN. 105

sans retards et qu'elle ne prendrait que le temps justement indispensable pour recevoir ses instructions, sa consécration épiscopale, et pour être mise au courant des afiaires.

On savait donc à Rome, et avec une entière certitude, quelles étaient les difficultés qui embarrassaient la marche de l'empire, et, au milieu d'elles, celles qui étaient les plus pressantes. On y savait que si, en temps opportun, la cour de Rome ne prêtait pas son concours pour les vaincre, l'empereur était décidé à passer outre et à agir comme il le pourrait et le jugerait le plus utile pour le bien de TÉglise et de l'État. Or, les points proposés par l'empereur ne sont que le résumé de ces difficultés si bien connues à Rome. Ils ne contiennent pas une seule idée en dehors.

Il n'est donc pas possible de voir sans une douloureuse surprise qu'après une attente de près de huit mois qui a fait perdre un temps précieux et aggravé le mal, l'envoyé de Sa Sainteté déclare formellement qu'il n*a ni rintention ni les moyens de porter remède au mal.

En songeant attentivement et sans passion à ce qui précède, il est facile de se convainvre que Votre Excellence n'était pas autorisée à adresser les deux reproches graves qu'elle a formulés de la manière suivante :

104 LE PAPE ET L^EMPEftEDR MÀXIMILIEN.

D*abord, que le gouvernement impérial avait tenu caché jusqu'au dernier moment le « déplorable projet. » Ensuite, que si le saint-père avait connu les propositions qui devaient lui être faites, il n'aurait pas envoyé son nonce, mais qu'il n'aurait jamais pu s'imaginer qu'on voulût l'associer à la consommation de l'œuvre commencée par Juarez.

En réponse à la première de ces accusations, j'ai déjà dit que le c< projet » était à la connaissance de tout le monde et particulièrement du saint-père.

Sa Sainteté l'avait déjà jugé et condamné, il ne pouvait l'appeler occulte. Je dois ajouter du reste que le gouvernement impérial n'avait aucun besoin de le cacher, parce que, après tout, il n'a à demander de permission à personne pour exercer ses prérogatives souveraines.

Votre Excellence s'est laissé emporter bien au delà de la réserve voulue, elle m'a donné ainsi l'occssion de me plaindre de son manque de justice et d'exactitude.

Juarez a dépouillé l'Eglise de tout ce qu'elle avait, il

l'avait réduite à la mendicité, il avait banni la religion

de l'État et il l'avait faite esclave au nom de la liberté.

L'empereur prend le chemin tout opposé et, agissant

comme il en a le droit et le pouvoir, il avise aux moyens

LE PàPE et L'EMPEREUR MÂXIMIL1EN. 105

d'indemniser l'Église de ses pertes, il restitue à ses membres les droits reconnus à tous les citoyens, il s'adresse au père commun des fidèles et lui demande son concours pour aplanir les difficultés et consolider les liens qui doivent unir l'État et l'Église.

Est-ce là par hasard consommer l'œuvre commencée par Juarez ? Hais si, comme le dit Votre Excellence à plusieurs reprises, le saint-père se fut gardé, en connaissance de cayse, d'envoyer un nonce pour régler les choses qu'on lui proposait, de la même manière, je suis autorisé à répondre que le gouvernement se serait gardé de demander le concours d'une personne qui affichât les prétentions que vous avez fait connaître, si toutefois on peut les supposer admissibles.

Ces prétentions de Votre Excellence sont :

l"" L'abolition des lois iniques de réforme et de toutes les autres lois en vigueur contraires aux canons de l'Église, et leur renouvellement ;

S"" La publication de celles qui doivent conduire à la réparalion des perles occasionnées à l'Église ;

3® La réorganisation de l'administration civile et religieuse ;

4'' La pleine liberté de l'Église et celle des évéques dans l'exercice de leurs droits et de leur ministère ;

5» La restitution des temples et des couvents ;

G"" Celle des biens ecclésiastiques existants ou détournés;

V Le rétablissement des ordres monastiques, avec Tobligation que la réforme soit faite conformément aux prescriptions indiquées par le souverain pontife ;

8"" La reconnaissance à l'Église, dans les mêmes con-« ditions qu'aux temps antérieurs, du droit d'acquérir, de posséder et d'administrer un patrimoine.

Tel est le résumé des prétentions contenues dans la note que j'ai sous les yeux et que vous avez adressée au ministre de la justice. Si elles devaient être comprises et mises en exécution dans leur sens propre et rationnel, il n'y aurait aucune objection à faire, car elles sont entièrement d'accord avec les idées et les sentiments de l'empereur. En effet, Sa Majesté désire réparer les iniquités et les abus commis à l'abri de ces lois, elle veut restaurer l'administration civile et religieuse sur d'autres bases, et maintenir la liberté absolue de l'Ëglise pour ce qui concerne le spirituel.

Mais comme les points dont il est question appartiennent au régime civil et que la part d'intervention que Sa Majesté accorde à l'Église pour leur réglementation ne provient uniquement que d'une concession spontanée

faite par elle, en cela, du reste, qu'elle puisse être profitable aux intérêts publics et au régime de la société suivant Dieu, il résulte qu'il reste à l'empereur un droit absolu et une liberté entière pour modifier «t reviser cette concession, suivant qu'il sera le plus convenable à ses fins et à ses profits.

Néanmoins, dans le but de conserver la bonne enlente et les relations amicales qui existent entre lui et le saint-siége, l'empereur, pour vaincre les difficultés de la situation , a réclamé le concours du saint-père, même pour ce qui regarde les matières qui sont de sa propre compétence et qui, comme celles qui nous occupent aujourd'hui, appartiennent exclusivement au régime civil et touchent à Tordre social.

Si cette marque d'amitié et de bon vouloir est méconnue, Sa Majesté ne sera pas responsable des conséquences, et les résistances et les obstacles qu'on lui oppose ne pourront plus paralyser son initiative au préjudice de la société.

Votre Excellence a jugé convenable de s'attacher à l'examen particulier de quelques points, mais seulement pour les condamner avec une amère censure.

Pour ce qui est de la tolérance des cultes, elle la qualifie de contraire à la doctrine de l'Église et au sentiment

de la nation. Sans entrer dans la discussion de ce point, résolu déjà par la pratique des nations et par Rome oUe-méme, je ferai remarquer à Votre Excellence, pour éviter toute équivoque, qu'il ne lui a pas été proposé comme une chose qui fût de sa compétence, et d'abord, parce qu'il pourrait en résulter un obstacle pour la négociation, ensuite, parce qu'il dépend exclusivement du pouvoir civil, qui est seul compétent pour la résoudre comme il est le plus convenable de le faire. Il n'a été parlé de la tolérance des cultes que comme d'un incident inséparable de la déclaration que faisait Sa Majesté : que la religion catholique apostolique et romaine était la religion de TÊtat. Votre Excellence, qui connaît si bien les tendances et l'esprit des sociétés modernes, appréciera dans toute sa valeur pareille déclaration.

Elle résout en même temps l'autre grave difficulté qui préoccupe Votre Éminence au point de lui faire méconnaître la sincérité des sentiments catholiques de Sa Majesté.

La déclaration d'une religion d'État avec l'obligation de pourvoir à Tenlrelien du culte et de ses ministres est une garantie de la réparation des dommages qu'a soufferts l'Église par la perte de ses biens, en même temps qu'elle détruit les motifs de discorde qui. retardent la

LE PâPE et TëMPEREUR MâXIMILIEN. 109

consolidation de l'ordre et de la paix , bienfaits qui n'ont jamais trouvé indifférentes ni TÉglise ni la religion. Votre Excellence condamne Tidée, et lui donnant une portée bien plus grande que celle qu'elle exprime ; elle la repousse avec indignation, préférant à la réparation et à une indemnité honorables le recours à la mendicité auprès des fidèles.

Elle voudrait que l'empereur fit un bouleversement général, qu'il se mit en guerre avec ses sujets, et cela non pas pour obtenir à l'Église ce qui lui est nécessaire, puisque Sa Majesté y pourvoit, mais pour que l'Ëglise puisse être propriétaire d'une manière certaine et bien déterminée ; non pas pour qu'on lui restitue des biens que le gouvernement conserve volontairement, mais pour qu'on en prive les possesseurs, quelles que soient d'ailleurs les conséquences qui pourraient en résulter pour l'intérêt public.

En cela Tempereur fera ce qui convient le plus au bien de l'État et de l'Église même, soit, comme il le désire, d'accord avec le saint-siége, s'il veut prêter son concours, soit par lui-même pour apporter remède à un mal social qui relève directement de ses prérogatives souveraines.

La ferme volonté d'agir de la sorte est la seule chose

110 LE pâpe et L^EMPEREUR mâximilien.

qu'ait déclarée Sa Majesté dans la lettre qu'elle a adressée èf son ministre de la justice, tout en laissant Toccàsion et la ressource d'un accord avec le saint*siége apostolique pour résoudre les difficultés et assurer la paix de l'empire, de laquelle dépend celle de l'Église.

Le prétendu manque d'instructions oe peut être une excuse, parce que si, d'après votre opinion, les prétentions du gouvernement sont exorbitante^ et même anticanoniques, elles peuvent avec le secours de l'Église s'arranger à notre contentement.

Jamais aucune négociation n'a été terminée à la première entrevue, et l'esprit de Votre Excellence sera aussi rassuré que l'est celui de l'empereur si elle considère que tous les points qui sont malheureusement aujourd'hui une pomme de discorde au Mexique, forment pour ainsi dire la constitution civile et religieuse d'une des nations les plus illustres du monde et chez laquelle le catholicisme brille de la plus éclatante splendeur. Loin d'y former un obstacle^ ils y sont un moyen pour que son clergé soit cité comme modèle à tous les peuples chrétiens*

Ainsi donc, ce qui en France est légitime et convenable pour l'État, ne peut-il être au Mexique que contraire à la doctrine et aux canons ? En pareille matière il ne peut y avoir deux mesures : la vérité est une partout.

Je ne veux pas terminer sans relever une grave erreur qui ne peut provenir que d'un certain délire que votre plume accuse parfois.

A la suite de tous les efforts que fait Votre Excellence pour prouver qu'à Rome on ne savait rien du sujet qui nous occupe, elle ajoute que Tépiscopat mexicain élait dans la même ignorance, et que de plus il avait reçu des promesses qui lui avaient fait concevoir des espérances très-flatteuses. Comme Son Excellence ne s'explique pas clairement et ne dit pas quelles personnes auraient pris pareils engagements, cette assertion pourrait laisser croire que Tempereur en aurait eu l'initiative.

Je dois m'inscrire en faux contre pareille affirmation et déclarer que tous les renseignements que Ton a pu vous donner en ce sens étaient complètement erronés.

Votre Excellence, si bien versée dans la pratique des affaires, sait que l'espérance n*est que l'illusion du désir et que ses limites ne dépassent pas l'imagination.

J*ai l'honneur de donner à Votre Excellence l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments disingués.

Signé : Raiore^.

112 LE Pape et L^EMPEREUR MAXIMILIEN.

DÉPÊCHE DE M. RAMIREZ A M. AGUILAR, MINISTRE DU MEXIQUE A ROME, EN DATE DE MEXICO LE 26 DÉ- CEMBRE 1864.

Excellence, Je vous envoie le mémorandum des préliminaires de la négociation entamée avec le nonce de Sa Sainteté et les pièces qui s'y rattachent. Le terrain sur lequel s'est engagée Son Excellence nous a placés dans une situation plus critique que celle dans laquelle nous nous maintenions, en nous faisant aussi regretter et le temps perdu et les démarches pénibles faites pour obtenir sa coopération.

LE PAPE ET L'EMPEREIK MÂXIMIUEN. 115

Sa Majesté a jugé nécessaire de réparer promptement les mauvais effets causés par ce retard, et elle a ordonné en conséquence la préparation des lois que réclame la situation. C'était Punique réponse qu'on pouvait faire à la note violente du nonce, car cette réponse directe eût nécessairement conduit à une rupture ouverte.

Son Excellence a dépassé toutes les limites.

Sa Majesté, se plaçant au-dessus d'un juste sentiment produit par l'offense, animée du reste d'une cordiale affection pour le saint-siége et pour le pontife illustre qui l'occupe, a désiré lui laisser encore tout le temps nécessaire pour coopérer à une œuvre qui intéresse si directement TÉglise et TÉtat.

Cela ne veut pas dire toutefois que tout restera en suspens, comme le prétendait le nonce, jusqu'à Tarrivée de nouvelles instructions.

L'expérience de ce qui est survenu donne peu de confiance en un envoi efficace et fait en temps opportun, car nous avons vu que le nonce, qui devait arriver avec des instructions précises pour résoudre des questions bien connues, s'est déclaré incompétent devant ces mêmes questions qu'il disait non prévues.

Bien que les lois dont il est question plus haut

doivent être promulguées avec le moins de retard possible, le saint-siége aura néanmoins tout le temps nécessaire pour nous prêter son concours désiré ; mais, je vous le répète, l'attente ne peut se prolonger, et la mise à exécution des lois ne peut pas ne pas suivre immédiatement leur publication.

Je vous donne ces explications, afin que vous compreniez bien que la résolution de Sa Majesté est irrévocable et que vous régliez en conséquence vos rapports avec le saint-siége.

Je laisse au talent et au tact de Votre Excellence le soin d'en ménager la durée, et je lui recommande d'apporter un soin spécial à ce que rien dans son langage ne ressemble à une menace. Au contraire, elle doit s'attacher à bien exprimer le regret qu'éprouvera Sa Majesté, si, poussée à la dernière extrémité, elle est obligée d'agir par elle-même.

Signé: Ramikez.

LE PâPE et L^EMPËRtiUR MÂXIMILIEN. Ii5

DÉPÊCHE DE H. RAHIREZ A H. AGUILAR, A ROME, EN DATE DE MEXICO, LE 26 DÉCEMBRE 1864.

Excellence,

Nous commençons à perdre les espérances que nous avions conçues d'aplanir, d'accord avec le nonce de Sa Sainteté, les difficultés qui ont prolongé le malaise général et paralysé l'organisation de l'empire.

S. M. l'empereur, considérant qu'il était nécessaire d'agir sans retard pour réparer le temps perdu, et que Tétât actuel des choses réclamait qu'on fit d'une seule fois un tableau résumant les exigences de la situa^^

110 LE PAPE LT L'EMl'EKEUK MÂXIMILIEN.

lion, rédigea neuf articles devant servir de base d'arrangement. (Voir la copie n° 4.)

Il en donna connaissance au nonce de Sa Sainteté dans une conférence privée, Tavertissanl qu'ils serviraient de base aux négociations que son ministre de la justice et des affaires ecclésiastiques était chargé d'entamer avec lui.

Le nonce déclara tout d'abord que plusieurs des points énoncés étaient faciles à arranger ; mais il combattit une partie d'entre eux, déclarant qu'ils étaient du ressort d'un concordat, et, comme tels, devaient être traités à Rome. C'est sous cette impression que Sa Majesté ordonna au ministre de la justice l'ouverture des conférences, ce qui fut fait le jour suivant.

Dans cette première entrevue, le nonce s'exprima comme il l'avait fait avec Tempereur.

Dans la suivante , changeant entièrement de langage, il déclara n'avoir aucune instruction et ferma ainsi la porte à toute négociation. Il était difficile de comprendre ce manque d'instructions pour traiter des affaires relatives aux biens ecclésiastiques, chose de la plus urgente nécessité, qui devait être l'objet principal de sa mission et qui ne peut plus admettre de retard. Le ministre insista donc pour passer outre; mais Son

LE PAPE ET I;KMI'EREUR MAMMILIEN. H7

Excellence s'y refusa, se retranchant derrière ses instructions.

Il prétendit qu'on dérogeât en principe à la loi de la matière, qu'on rendit à TÉglise les biens non vendus, qu'on revisât les ventes faites pour lui verser les fruits de la révision, enfin que l'État l'indemnisât de toutes ses pertes.

On conçoit bien que, pour faire pareilles choses, si toutefois elles étaient admissibles, l'empereur n'avait besoin du concours de personne. Il y a plus encore , l'épiscopat mexicain en avait commencé l'exécution sans en être chargé par l'Étal, bien que ce fût au détriment de la tranquillité publique, et qu'ainsi on laissât subsister toutes les causes de trouble et de discorde.

Ne pouvant nullement s'engager sur le terrain choisi par le nonce, le ministre de la justice se vit forcé d'exiger de Son Excellence une déclaration écrite, lui faisant connaître s'il avait des instructions suffisantes pour négocier sur les points en question ou s'il manquait de ces instructions.

A cet effet, il lui expédia la note (copie n** 5). Son Excellence lui adressa la réponse fatale contenue dans la copie n"" 6, et aux difficultés de la situation est venue

s'ajouter Taigreur qui ne pouvait laisser se produire un langage peu mesuré.

. Bien plus. Son Exoellence s'égara au point de démentir ce qu'elle avait déclaré à l'empereur et au ministre, de la justice et d'affirmer des choses dont il n'avait pas été question dans sa conférence avec l'empereur.

La malheureuse tournure que prenait cette affaire ne permettait déjà plus qu'on s'adressât au nonce, pas même pour lui accuser réception de sa note, car, en ce cas, il était indispensable de lui faire sentir toute l'amertume d'un sentiment naturel qu'il avait provoqué, et cela sans autre résultat que d'aggraver les difficultés.

Pour se garantir contre elles, l'empereur, se conformant aux exigences et agissant comme il avait annoncé au saint-siége qu'il agirait si ce dernier ne lui prétait son efficace concours, décida que le ministre de la justice lui proposerait les mesures les plus convenables dans le sens de la lettre (copie n** 7) que Sa Majesté lui adressa.

C'est à cette extrémité, qui répugnait à Sa Majesté et qu'elle a cherché à éviter pendant sept mois, que Ta conduite irrésistiblement l'isolement dans lequel on l'a laissée. Aussi déplore-t-elle le temps perdu et les dom-

mages irréparables qui en sont la conséquence et qui atteignent TÉglise, l'État et les particuliers.

Néanmoins, Sa Majesté atteste de la fermeté de ses sentiments de cordiale affection pour le saint-siége, et comme elle veut agir avec son concours pour aplanir les difficultés et conjurer les dangers qui menacent Tautel et le trône, elle fera marcher les affaires de façon qu'elle puisse avoir ce concours en temps opportun.

L'empereur a pensé que ses devoirs lui imposaient la stricte obligation de donner un commencement à l'œuvre en faisant connaître ses intentions sur un sujet duquel il a espéré si longtemps une solution.

Par la lettre au ministre de la justice, Sa Majesté a eu pour but de tranquilliser les esprits.

Mais comme des lois postérieures doivent rendre efficaces les promesses qu'elle renferme, le saint-siége aura ainsi roccasion de prêter le concours de sa bienfaisante influence pour la consommation d'une œuvre qui touche aux intérêts spirituels et temporels de huit millions de ses fils et de laquelle dépendent la paix des consciences, le rétablissement de la morale et de l'ordre public, ainsi que la consolidation d'un empire qui, faisant une exception toute particulière à l'époque où nous sommes, proclame à la face du monde que la religion

i-20 LE PAPE ET L'EMPEREUR MAXIMILIEN.

catholique, apostolique et romaine est la religion de rÉtat.

Je profite de cette occasion pour renouveler à Votre Excellence l'assurance de ma considération.

Signé : Ramirez.

DÉCRET DE L'EMPEREDR MAXIMILIEN POUR PROCLAMER LA MISE EN VIGDEDR DES LOIS RELATIVES A L'EN- TRÉE OU EXEQUATUR DES DULLES, RESCRITS, ETC., DU SOUVERAIN PONTIFE, EN DATE DE MEXICO, LE T JANVIER 1865.

MAXIMILIEN, empereur du Mexique :

Afin de fixer la forme en laquelle devra êlre délivré Texequatur des bulles, brefs, rescrits et dépêches de la cour de Rome, sous Tempire des institutions qui régissent actuellement le pays,

Avons décrété et décrétons :

Art. 1". Sont en vigueur dans Tempire les lois et

m LE PAPE ET L'EMPEREUR MAXTMÏLIEN

décrets promulgués avant et depuis l'indépendance, concernant Texequatur des bulles, brefs, rescrits et dépèches de la cour de Rome.

Art. 2. Les brefs, bulles, rescrits et dépèches nous seront présentés par notre ministre de la justice et des affaires ecclésiastiques, pour obtenir Texequatur respectif.

Le présent décret sera déposé dans les archives de l'empire et inséré au Journal officiel.

Fait au palais de Mexico, le 7 janvier 1865.

%n^;MAXIMILlEN.

Par l'empereur,

Le ministre de la justice,

Signé : Esgudero.

NOTE DU NONCE APOSTOLIQUE A MEXICO, A M. RAMIREZ AU SUJET DU DÉCRET IMPÉRIAL DU 7 JANVIER, EN DATE DU 19 JANVIER 1865.

Le Journal de rempire d*hier a public un décret de Sa Majesté, en date du 7 de ce mois, par lequel les lois et décrets promulgués avant et depuis Tlndépendance, concernant Texequatur des bulles, brefs, rescrils et dépêches de la cour de Rome, sont en vigueur.

Il est bien triste et douloureux pour mon cœur de ne pouvoir m'adresser à Votre Excellence qu'en protestant; mais la conscience, le devoir et le caractère dont je suis revêtu, m'obligent à mettre de côté tout égard humain

et à parler nettement, quelle que puisse être l'impression produite par mes paroles, qui, de toute façon, ne tendent qu'au vrai bien de l'Église et de TÉtat.

Votre Excellence sait trop bien que les bulles, les brefs, les rescrits pontificaux sont des actes de la juridiction du suprême pontife, qu'il doit exercer dans toute rÉglise. Ce droit du saint-père est reconnu par tous, de même que TÉglise, dont il est le chef, est reconnue comme société parfaite, indépendante et souveraine. Tous les fidèles donc qui la composent sont sujets en conscience à ses décisions, soit qu'elles regardent le dogme, soit qu'elles aient pour objet la morale et la discipline. Or, comment pourrait-on admettre ce droit du pontife, comment reconnaître la souveraineté et Tindépendance de l'Église, s'il suffisait d'un acte d'un de ses sujets, fût-il empereur ou roi, pour empêcher la promulgation de ses décrets et pour en arrêter les effets? Que dirait un souverain, comme le fait si bien remarquer un célèbre auteur, si le pontife et le pasteur établis par Dieu pour gouverner son Église prétendaient donner leur consentement aux décrets politiques qui bien souvent sont contraires et préjudiciables à TÉtat et a la liberté ecclésiastique, à la juridiction pontificale et épiscopale? Qu'en dirait un roi, un empereur? De la

même manière, le chef visible de TÉglise n'aurait pas le plein pouvoir en matière spirituelle, si ses actes dépendaient du bon plaisir des princes et pouvaient être empêchés par eux.

Le suprême pontife Pie VI, eu écrivant à Louis XVI, lui dit à ce propos : « Nous reconnaissons de bon cœur que les lois de Tadministralion publique qui appartiennent au pouvoir laïque sont entièrement indépendantes des lois de TÉglise, et par celte raison même, tout en affirmant que celles-là doivent être observées, nous ordonnons en même temps que celles qui émanent de notre autorité ne puissent pas être violées par le pouvoir laïque. »

Parlant à un ministre et à un gouvernement catholiques, je ne m'étendrai pas en beaucoup d'observations : j ajouterai seulement que personne ne saurait ignorer que Jésus-Christ, en fondant son Église, a conféré aux apôtres et à leurs successeurs une puissance sujette à nulle autre et qui ne peut appartenir en aucune manière au pouvoir civil, mais doit être libre toujours de toute

domination terrestre.

« Quel aveuglement, s'écrie Bossuel, quelle erreur que « des rois ont cru se rendre plus indépendants en se ren- « dant maîtres de la religion, au lieu que la religion, dont

c( l'autorité rend leur majesté inviolable, ne peut être, (c pour leur propre bien, trop indépendante, et que « la grandeur des rois est d'être si grande, qu'ils ne (X puissent non plus que Dieu, dont ils sont l'image, se « nuire à eux-mêmes, ni par conséquent à la religion, « qui est Tappui de leur trône. »

J'ai encore, avant de terminer, à bien faire connaître à Votre Excellence que le saint-siége a toujours protesté contre tous les gouvernements qui ont introduit en des temps fort tristes l'exequatur royal ; qu'il la qualifié comme tendant au schisme et contraire aux droits qui dérivent de la primauté de juridiction du pape sur toute l'Église. En conséquence, Sa Majesté impériale, royale et apostolique*, dans sa piété et sa droiture, évitant les traditions et erreurs défendues, a inscrit dans le concordat conclu avec le saint-siége en 1855 un article à ce sujet, formulé dans les termes suivants : « Cum Romanus Ponce tifex prima tum tam honoris quam jurisdictionis in « universam, qua late palem ecclesiam jure divino obti- « neat, episcoporum, cleri et populi mutua cum Saucta « Sede communicatio in rébus spiritualibus et negotiis (c ecclesiasticis nuUse placitum regium obtinendi neces- « sitate jubent sed prorsus libéra erit. » Que Dieu veuille

* L'empereur d'Autriche*

LE PAPE ET L EMPEREUR MÂXlMlUEiN. 127

que l'exemple du pieux monarque soil imité par les gouvernements qui ont l'avantage de professer la religion catholique, apostolique et romaine.

J'ai l'honneur, en celle occasion, de réitérer à Votre Excellence les assurances de mon estime la plus distinguée et de ma haute considération.

Signé: Pierre-François, archevêque de Damas.

128 LE PAPE ET L^EMPËRËUR MAXIMILIEIN.

NOTE DE M. RAMIREZ AU NONCE APOSTOLIQUE A MEXICO, EN RÉPONSE A SA NOTE DU 19 JANVIER, EN DATE DU 29 JANVIER 1865.

Excellence,

J'ai reçu la note de Votre Excellence datée du 19 courant, et rédigée dans le but de protester contre le décret promulgué par Sa Majesté le 7, et déclarant en vigueur les lois qui établissent Texequalur royal pour l'observance des bulles et rescrits pontificaux.

11 n'y avait en cela rien d'étrange pour qui eût réfléchi que les actes de ce genre sont des formalités imposées aux personnes qui se trouvent placées dans les

LE PAPE ET L^ËMPEREUR NÂXIMILIEN. 129

conditions et dans la position de Votre Excellence. — Je vois au contraire avec surprise et chagrin qu'elle leur ^ donne une importance inattendue, et que sous leur couvert, se glissent des prétentions d'une portée démesurée. Force me sera donc de m'en occuper, de peur que mon silence ne passe pour un assentiment, et d'autant mieux, qu'en cette circonstance, de même que dans quelques autres, on a oublié certains précédents que Ton ne doit pas perdre de vue, quand on veut arriver à une appréciation juste et saine des faits.

Pour commencer par eux, je rappellerai à Votre Excellence que, d'après la législation en vigueur au moment où Sa Majesté fit la déclaration solennelle contenue dans la lettre qu'elle adressa, le 27 décembre dernier^ à son ministre de la justice, et que vous avez mal appréciée pour l'avoir mal comprise, l'Église catholique avait perdu toutes les garanties et tous les droits dont elle jouissait, et le culte catholique, considéré comme une secte, demeurait soumis à la plus insupportable servitude, bien qu'on l'eût déclaré libre.

Cette liberté consistait simplement dans l'abandon fait par le gouvernement des droits royaux établis dans les lois, concordats et coutumes, autrement dit, dans le renoncement à ses prérogatives honorifiques, à la partici-

iSO LE PAPE ET LEMPEREUR MÂXINIUEN.

pation aux bénéfices et à toute rintervenlion légale qu'il exerçait auparavant dans les matières ecclésiastiques. Le clergé, ne s'occupant plus d'objets étrangers à TÊglise, put s'entendre avec Rome à son gré et à sa convenance.

Il y avait là les apparences d'une large et entière liberté, et en la possédant, l'Église pouvait se consoler de la perte qu'elle avait subie des biens temporels ; mais tout cela n'était qu'une illusion, parce que les ministres, du culte vexés et humiliés dans leur personne, ne furent pas même libres dans l'exercice de leurs fonctions purement spirituelles. Le gouvernement les persécutait à l'autel, dans la chaire ol dans le confessionnal, sous prétexte de régulariser l'exercice de leur ministère.

S'il se montrait en tous points indifférent à l'introduction des bulles et rescrits pontificaux, c'est que, ne leur reconnaissant aucune valeur, ni aucune force, il pourrait les annuler à son gré, aussi bien en matière spirituelle qu'en matière de discipline.

Le catholicisme fut traité comme une secte et une secte persécutée.

Un tel état de choses, et par suite la législation dont il était la conséquence, changèrent radicalement le 27

L£ PâP£ et L'EMPEREUR MAXIMIUEN. 131

décembre, lorsque Pempereur déclara la religion catfao* lique religion d'Étal.

Si Pon n'a pas su ou voulu apprécier justement importance de eette dédaration, ce n'est pas le souverain qu'il faut en accuser, mais bien les passions qui , en subjuguant l'intelligence, ne permettent pas de distinguer les vrais intérêts de la religion, et compromettent peut-être le sort du catholicisme tout entier, à l'une de ses époques les plus critiques. JHe perdez pas de vue que la scène qui se prépare ici, si petite qu'elle paraisse, foit partie du grand drame qui se dénoue depuis quelque temps dans toutes les parties du monde catholique, et que nous avons notre part d'influence^ dans le dénoûment.

La déclaration qui établit la religion catholique religion d'État, entraine nécessairement l'adoption des lois ecclésiastiques, avec contrainte civile. Cette adoption ne peut en conséquence être absolue ou illimitée, car la nature' même des choses et Texpérience de plusieurs siècles nous ont démontré qu'on a introduit dans ces lois, à plusieurs reprises, des dispositions qui, en tout ou en partie , appartiennent à l'ordre politique et civil,^ et qu*aueun gouvernement ne pouvait les laisser passer sans examen , à moins de se résigner à renoncer dès

lors à la souveraineté, et à se transformer en simple

instrument d'un pouvoir étranger .

Le domaine de la papauté et celui de l'empire sont bien connus et faciles h limiter. L'uq est purement spirituel et s*exerce sur les àme$, l'autre est temporel et s*exerce sur les corps; Les deux dénominations sont souveraines et sacrées, parce qu'elles dérivent de Dieu 9 et qu'aucune d'elles ne reconnaît en degà de ses limites la sujétion de Tautre. Pour arriver à cette égalité, et pour maiptenir leur accord mutuel et la paix des peuples, disait le cardinal Pierre Damien, « il faut que les « deux pouvoirs soient unis entre eux par les liens étroits « de la charité, que l'enipereur se retrouve dans la per- « sonne du pontife romain, et le pontife romain dans la « personne de l'empereur, que le pape réprime lesdâin- « qUants au nojn des lois du prince, eique le prince dé- « cide avec les évéques, de par l'autorité des saints ca- « nous, cd qui convient au salut des âmes. »

En miatiére de dogme, rien ne s'oppose à cette harmonie désirable et toujours <]^irée, bien qu'elle ne soit pas obtenue, puisqu'on pareille matière tout chrétien doit se soumettre aveuglément.

U en est de même dans les matières spirituelles, comme dans celles qui sont proprés ti spéciales au sa-

cerdoce ; mais il n'en est pas de mèipe dans les matières mixtes et dans celles de discipline, lesquelles peuvent intéresser Tordre civil. — En effet, il s'y trouve des points qui sont du domaine de l'un et l'autre pouvoir et qui exigent, soit leur accord pour passer du projet à l'acte, soit leur concoure, chacun agissant dans sa sphère pour la condmte des intérêts qui lui sont con* fiés, et de telle sorte, suivant qu'il a été dit plus haut, qu'aucun d'eux ne subisse dans la sphère de son action propre la sujétion de l'autre.

De semblables prémisses, que nul ne prat contester sans mettre en question l'ordre social et ébranler le diristianisme lui-môme, se déduit nécessairement le droit et, pour mieux dire, l'obligation imposée k tout gonveniément, monarchie ou république, d'examiner les bulles et rescrits pontificaux, non pas comme S6m«> ble l'entendre Votre Excellence pour décider de l'orthodoxie de tel ou tel point du dogme ou de discipline, pas plus que de l'opportunité de tels préceptes purement ecclésiastiques, ni même, dans le cas où ils sont irréprochables et où l'on n'a pas dépassé les limites de la puissance pontificale, pour leur donner la sanction du souverain temporel qui les rende obligatoires; — ce n'est pas là ce que demande le souverain, ce n'est

pas l*objet de lexequatur royal , •*- le but du décret est de veiller à ce que le rescrit {>ontifical ne contienue rien qui alfecte l'ordre public, les intérêts matériels étrangers au culte, ainsi que . Ia3 intérêts civils dçs citoyens.

Il s'agit alors de la simple identification d'un fait, et^ de cette pratique absolument nécessaire pour la sauve* garde de son droit, le gouvernement est l'unique et souverain appréciateur, comme défenseur nalurel.de ses prérogatives et des intérêts civils de ses ^ujets.TotreExcellence, si versée dans les sciences ecclésiastiques remarquera que, sur ce point, Tempereur neiige riea qui ne lui appartienne, et qu'il peut, en toute sécutité de conscience , répéter ces paroles, que prononça Constantin à Tédificalion et aux applaudissements des Pères du grand concile de Nice,: <^ Vos quidem in his quae in- « tra Ecclesiaitisunt, episcopi estis, ego vero in his quœ a extra geruntur, episcopus a Deo sum constitutus. d

Le grand Bossuet ne pensait pas autrement, lui dont Votre Excellence invoque l'autorité pour me faire sentir la nécessité de maintenir l'indépendance delà religion comme un des plus solides appuis du trône et de l'auto^ rite des gouvernements.

Entièrement d'accord avec lui pour la doctrine, c'est

votre inteirjprétation seule que je repousse» car Tempepereur n'a pas voulu et ne veut pas asservir la religion, bien qu'il veuille et doive vouloir conserver intactes les prérogatives souveraines, et éviter qu'aucune main y porte atteinte sous le manteau de la religion. —Que Tindépendance et le salut de la religion ne peuvent en rien souffrir de l'exercice de Te^equatur royal, c'est un fait que démontrent les monuments de l'époque la plus heureuse de rÉglise et que confirme la doctrine de ses défenseurs.

Comme ce n'est pas le moment de discuter, et qu'il n'en est nul besoin, sur une question surabondamment débattue, je me contenterai de deux réminiscences empruntées à l'autorité même que l'on m'oppose, celle du grand Bossuet.

Votre Excellence se souvient que ce célèbre docteur de l'Église gallicane établit en termes précis que les décisions des canons des conciles généraux 111 et IV de Latran, résolvant des questions temporelles, n'auront force de loi qu'autant qu'elles seront approuvées et confirmées par les rois, et que le consentement des souverains est nécessaire pour la publication de ces décrets, attendu que les peines qu'elles établissent sont de celles que l'Église ne peut infliger de sa propre autorité et pour lesquelles

elle doit faire appel laax lois des princes qui tes proté^ gént. —Il n'interprète pas autrement les déerets de discipline émanés du concile de Trente, que plusieurs pays n'ont pas encore admis sans que la religion s'en soit trouvée offensée, et cette considération lui dictait les remarquables pensées qui suivent :

a Ainsi donc, les décirets mêmes des conciles œcumé- « niques sur les affaires temporelles, bien loin de pouce voir être dictés par l'Église avec une autorité souve- <A raine sous le prétexte qu'ils dépendent de sa juridic- <c tion, et qu'ils sont une condition absolue de la foi, « peuvent être oUi ou hon ratifiés, suivant que les rois « les confirmetit du les rejettent. »

Je trouve ici la sanction formelle et explicite -de Texequatur royal appliqué aux actes les plus solennels de la législation ecclésiastique.

Nous avons de nombreux témoignages de cette pratique dans tous les pays chrétiens ; et la doctrine dé Bossuet, profondément incrustée dims les lois et les écrits de la nation espagnole, que le saint-siége a décorée du titre distingué de catholique ; les souverains l'ont appliquée dans toutes les circonstances et depuis les temps les plus reculés, avecFappùi et le vote des prélats qui siégeaient dans les conciles. U

LE PAPE ET L^EHPEREUR MAXINILIEN. 137

y a eu même des prélats d'une veartu irréprodiable et d'une vaste science qui se sont distingués dans la défense de ces prérogatives royales.

Séparé de son ancienne métropole, le Mexique exerça cette prérogative qui faisait partie des articles fondamentaux de sa première loi constitutionnelle, la transportant d'une constitution à l'autre jusqu'à la dernière dans laquelle elle fut omise, non pas qu'on y eût renoncé, mais parce que cette omission était la conséquence du fatal principe qui servit de base à cette plus fatale constitution.

Elle avait rompu le lien qui unissait la religion à FÉtat; ainsi donc, ne connaissant aucune législation en aucune autorité ecclésiastique, elle ne pouvait faire mention de l'exequatur.

Son système est tout entier dans rarticle qui donnait au congrès la faculté de faire des lois en matière de culte et de discipline»

La mission coniiée à Votre Ëxcdlence a des précédents qu'il serait convenable de rappeler.

Quand M. Clémenti vint dans cette capitale comme déjégué du saint-père, j'étais également ministre des affaires étrangères, et je fus la première personne à qui il s'adressa pour exposer sa mission.

i58 LE PÂPË ET L EMPEREUR MAXIMILIEN.

Il mit dès lors en avant la question de forme pour s^affranchir de soumettre sa bulle à Texequatur, mais il ne put éviter cette formalité, et il n'augmenta pas peu les obstacles en suscitant des questions malheureuses»

La question la plus sérieuse vint du côté où on l'attendait le moins. Elle vint du vénérable, du savant et vertueux archevêque qui gouvernait alors rÊglise mexicaine, et qui connaissant tous ses devoirs et voulant s'en acquitter, exigea pour reconnaître le délégué qu'il soumit sa bulle à l'exequatur. Le principe et le droit furent^ également reconnus par tout Tépiscopat et le clergé mexicains dans les suppliques respectueuses qu'ils adressèrent au corps législatif pour obtenir raçceptation des bulles de Mgr Clémenti.

Ce fut accordé, mais non d'une manière absolue ; on réserva six chapitres.

Tous ces documents existent imprimés, Votre Excellence peut vérifier l'exactitude de mon récit.

En vérité, il est douloureux et à jamais déplorable, qu'à cette heure, dans une époque comme la nôtre, de telles controverses puissent surgir, qu elles surgissent dans les formes les plus antipathiques a la concorde et à l'entente, et qu'elles puissent encore agiter les peuples,

en menaçant l'indépendance et la souveraineté des nations.

Je regrette infiniment de me voir forcé de dire que tous ces défauts se trouvent réunis dans le ton et dans les pœsées de la note qui m'occupe, car toutes les préten* tiens qu'elle contient tendent à la domination tempo* relie sous un étendard qui la repousse.

Haximilien, citoyen et membre de l%communion chrétienne, s'incline avec respect et sommission devant l'autorité spirituelle du père commun des fidèles; mais Maximilien, empereur et représentant de la souveraineté mexicaine, ne reconnaît pas sur la terre de pouvoir supérieur au sien.

En conséquence, je n'accepte pas cette pensée échap* pée peut-être à Votre Excellence exaltant la souveraineté et l'indépendance du pontife romaip, que l'empereur doit lui obéir comme son sujet.

Qu'elle me permette de lui faire observer respectueusement que cette parole est des plus impropres.

L'empereur et le pape ont reçu directement de Dieu leur puissance pleine et absolue, chacun dans leurs limites respectives. Entre égaux il ne peut y avoir de sujétion. C'est aussi ce que dit Bossuet, et c'est un précepte qu'enseigne une autre autorité supé-

rieure à la sienne : celle du divin code du christianisme.

Comme l'empereur du Mexique n'a pas à contrôler la conduite des autres souverains et que leur manière d'agir ne peut rengager en aucune façon, je m'abstiens d'eiaminer l'exemple que me propose Votre Excellence de l'empereur d'Autriche renonçant à ses prérogatives dans leplacet royal du concordat de 4855.

Il en a plu aiqsi à Sa Majesté impériale et royale, mais je suis autorisé à observer qu'un tel fait est une reconnaissance implicite du droit dont on lui denmndait Tàbandon, et il est à désirer qu'on ne voie pas se réaliser les craintes et les prophéties que j'entendais exprimer en 1856 dans Rome même au sujet de cet acte, qui, à ce qu'il parait, exalte et rehausse tant la dignité et l'autorité du pontife romain.

En effet, ceux qui, se laissant emporter par un 2èle démesuré, poussent la papauté hors de ses limites et la dépouillent de ison caractère, oublient les sévères leçons de l'histoire, perdent les bénéfices d'une prudence plus puissante que toute présomption imaginable, agrandissent en apparence, mais affaiblissent en réalité la suprématie du saint-siège, et loin de faire respecter sa véritable autorité, la rendent odieuse.

Je répète encore l'opinion deBossuet. Quelque pénible

que soit pour moi la tournure qu'a prise noire correspondance, contre mes espérances et mes désirs, mes regrets n'ont diminué en rien ies sentiments d'estime dont j'ai l'honneur d'envoyer l'assurance à Votre Excellence avec mes salutations les plus distinguées.

Signé : Bamibez.

itt UtFAW g ymMUIin MàlMiUES

ANNEXE W \b.

bÈHcm DE H. RÂHIREZ A M. AGUILÀR A ROME, EN DATE DE MEXICO, LE 29 JANVIER 1865.

Excellence,

Le nonce de Sa Saintelé ayant déclaré ofTiciellemenl qu*il n'avait pas d'instructions pour entamer des négociations sur les points que le ministre de justice a soumis à son appréciation ou, ce qui est la même chose, pour prêter son concours dans Tarrangement des difficultés qui ont paralysé la marche du gouvernement et prolongé le malaise public, non-seulement sa mission a éié complètement sans résultats, mais encore, en raison

des sentiment qu'elle affiche, Son Excellence ne peut être considérée que comme un obstacle déplus au mifieil de tous ceux qui entravent la marche de l'administration.

Ainsi donc, Sa Majesté, convaincue d'un côté qu'il ny a plus rien à faire avec le nonce, et de l'autre qu'il est nécessaire d'agir avec célérité, voulant du reste donner a Sa Sainteté une marque éclatante de son estime, de son affection et du vif désir qui Tanime de conserver avec le saint-siége ses rapports de bonne entente et de résoudre avec lui les terribles difficultés qui l'entourent, Sa Majesté, dis-je, s'est décidée à envoyer son ministre d'État, accompagné de deux conseillers, dans le but d'instruire Sa Sainteté de l'état dans lequel se trouve le pays afin que, connaissant les choses, elle avise aux moyens de vaincre les obstacles et de conjurer les périls qui menacent simultanément l'autel et le trône.

Le saint-père ne pourra laisser de voir dans cette résolution une preuve évidente de la cordiale affection et du bon vouloir sincère de Sa Majesté, de même qu'elle jugera de l'imminence du péril.

La crise terrible qui a traversé le pays et les horribles germes de démoralisation et de désordre qui y ont été semés pendant cette déplorable époque sont encore

144 LE PAPE ET L^ËMPEREUR MÂXIMILIEN.

autant d*éléments de discorde qui demandent une grande prudence et des concessions suffisamment libérales pour les contenir; car la seule puissance de l'activité, si longtemps méconnue et sans prestige, ne ferait autre chose que de leur donner plus de force.

L'envoi d'un ministre et de conseillers n'altère et ne change en rien la position ofScielle qui vous a été faite auprès de la cour dé* Rome. Leur mission a pour objet non pas de limiter vos pouvoirs, mais de vous venir en aide et de donner à Votre Excdlence plus de force dans les négociations qui doivent être entamées pour arriver au but que Sa Majesté désire ardemment.

Vous vous aiderez donc mutuellement dans cette tâche délicate qui intéresse si directement la paix et la consolidation de Tempire.

Signé : Ramirez.

La mission, envoyée par Tempereur Maximilien , comme rindique M. Ramirez dans sa lettre à M. Âguilar, partit effectivement de Mexico.

Elle arriva à Rome en mai 1865.

A-t-elle pu obtenir quelques concessions?

A4-elle été plus heureuse auprès du Saint-Père que l'empereur Maximilien auprès du nonce ?

Nous ouvrons le Diario oficial de Mexico, du 31 mars 1866, et nous lisons les lignes suivantes dans un article intitulé :

« Nos relations avec le Saint-Siège.

« Nous avons déclaré à nos lecteurs que la mission

« extraordinaire de Sa Majesté à Rome a été aussi bien a reçue que les autres missions qui sont accréditées auprès « du Saint-Siège , et qu'à l'occasion du nouvel an elle a « présenté, au nom de l'Empire Mexicain, ses félicita- « tions à Sa Sainteté. »

Pie IX a répondu qu'il adressait au Ciel ses prières les plus ferventes piJur notre empereur et pour le bonheur de la nation mexicaine, annonçant qu'en^n la négodation avec les ambassadeurs de Sa Majesté aurait prochainement une heureuse issue.

Nous jugeons opportun de donner à nos lecteurs ces bonnes nouvelles qui sont un sûr garant de Tentante cordiale qui règne entre les cours de Mexico et de Rome.

Cela ne peut leur être indifférent dans les circonstances actuelles , car nous Tavons dit :

«( La solution des grandes quesHorià qui découlent des lois de réforme^ par un concordat, aura une influence décisive pour consolider la paix, tranquilliser les canstiMteSf et sanctionner les transactions faites à V égard des propriétés nationales, au profit des possesseurs de cesdites pro'priétés. »

GQNaUSH)N. 147

Après avoir dit à nos lecteurs que le majordome du Saint-Père a remis pour LL. MM. l'Empereur et Tlmpératrice, les cierges que la cour de Rome a Thabitude d envoyer aux souverains avec lesquels elle est en bons termes, nous publions la réponse de son Éminence le cardinal Antonelli, secrétaire d'État à S. Exe. M. Aguilar, notre ministre plénipotentiaire à Madrid, qui, lui aussi, a adressé à Sa Sainteté, à l'occasion du nouvel an, des félicitations au nom de TEmpereur.

« ExCELLETfOE ,

Rien ne pouvait m'ètre plus agréable que la mission que vous m'avez confiée, par votre lettre du 1" du courant, d'offrir au Saint-P^e, au nom de FEmpereur et de la nation mexicaine, les vœux les plus fervents qu'à l'occasion du nouvel an, vous faites pour son bonheur.

« Sa Sainteté saisit ave<& joie cette occasion de remercier Sa Majesté de cette marque religieuse de sympathies, et elle prie le ciel de répandre jses célestes dons sur le mon^ue du Mexique et sur son ; peuple.

a J'ai, enjmême temps, offert k Sa Sainteté l'expression de vos propres sentiments et elle vous envoie sa béné-

diction en retour de votre respectueuse démarche. «Receyez Tassurance de ma considération distinguée, « De Votre Excellence,

« Signé : Antonelli. »

Rome, 3 février 1866.

Telle était la situation trois ans après le voyage à Rome de Tempereur Maximilien et de Timpératrice, après les promesses que leur avait faites Pie IX « d'aplanir les difficultés que la question religieuse créait au Mexique. »

Déjà deux années s'étaient écoulées depuis que le Nonce avait demandé ses passe-ports et avait quitté Mexico, au risque de provoquer les plus grands malheurs.

Depuis deux ans déjà la mission mexicaine, présidée par S. Exe. M. Velasquez de Léon, était à Rome, et le « Moniteur mexicain » regardait comme un triomphe que : « cette mission ait été aussi bien reçue que les autres missions. v>

Le Pape daignait laisser entrevoir Tespoir que les questions qui divisaient la cour de Rome et celle du Mexique touchaient à une heureuse solution.

Espoir menteur I

œNCLUSION. 149

Par Tarticle du Diario ofidal^ on le voit, les prélentions de TEmpereur étaient les mêmes qu*en décembre 1864, au moment où le Nonce apostolique arrivait à Mexico, traitant de « déplorable projet » celui que lui exposait TEmpereur a d'arriver à une entente avec le Saint-Siège, au sujet des lois de réforme. »

Malgré ces doucereuses paroles. Pie IX n'était pas plus disposé en 1866 qu'en 1864 d'accorder à l'empereur Maximilien le « Concordat », réclamé par celui-ci avec instance.

Nous savons de la bouche même de personnes auxquelles Pie IX le disait à cette dernière époque, qu'il considérait Tempire mexicain comme une chose qui ne pouvait avoir de durée.

c( Maximilien, disait-il, commet bien des fautes au « Mexique. Il ne pourra s'y maintenir. Il devrait s'ap- « puyer seulement sur le clergé, gouverner par lui seul. c< Il demande, au contraire, des choses qu'on ne peut lui « accorder, parce qu'elles sont contraires à ses intérêts « propres. »

Ils ne comprenaient donc pas, lui et son entourage, que la chute de Maximilien était la ruine du clergé au Mexique, sa perte à tout jamais peut-être ?

i50 cœfCLDSION.

Et pour ne pas donner à Maximilien foible ce qu'il avait été obligé d'accorder è Napoléon P' puissant, il compromettait par un entêtement incompréhensible tout l'avenir de l'Église cattiolique au Mexique !

Vraiment le bon sens se refuse à croire pareilles choses.

Le Pape promettait, en janvier 4 866, à la mission mexicaine, une prompte et heureuse solution de là question religieuse.

Cet espoir qu'il donnait à M. Velasquez de Léon, pour qu'il le transmit à l'empereur Maximilien, nous l'avons appelé menteur. Avons-nous eu tort?

Lorsque Timpératrice Charlotte empêchait Maximilien d'abdiquer, le 7 juillet 1866, comme la chose a été parfaitement arrêtée dans son esprit pendant les premiers jours de ce moisy en lui proposant d'aller elle-même en Europe obtenir des concessions qui étaient absolument indispensables à Tempereur pour qu'il pût continuer à gouverner, elle avait deux buts :

Résoudre auprès du gouvernement français les questions financières et militaires, résoudre auprès du Saint- Père la question religieuse, question capitale, sans laquelle les premières, à notre avis, ne pouvaient être qu'une pure fiction.

CONCLUSION. i5f

Nous savons que^ pour des motifs dont nous ne voulons nous occuper en ce moment, les questions financières et militaires ne purent Être résolues à Paris selon les espérances de Timpératrice Charlotte.

Nous parlerons seulement de la question religieuse.

Avant d'aller plus loin, nous demandons la permission à nos lecteurs de leur dire un seul mot relativement à la maladie de cette intéressante souveraine.

On sait qu'elle est poursuivie sans cesse par l'idée fixe qu'elle a été empoisonnée.

Empoisonnée, où? Au Mexique sans doute. C'est évidemment la seule réponse à faire à notre question.

Mais pourquoi les Mexicains, n'auraient-ils pas plutôt empoisonné l'empereur?

Nous n'irons pas plus loin. L'accusation qu'on pourrait faire à ce sujet tombe d'elle-même.

Des médecins expérimentés nous ont assuré que rien, dans la monomanie de l'impératrice Charlotte, ne pouvait servir de preuve pour accréditer l'accusation d'un empoisonnement.

Nous la repoussons donc tout d'abord, comme chose invraisemblable.

Des journaux ont prétendu que pendant les premiers

jours delà traversée de Vera-Cruz en France, elle cédait

à des besoins de sommeil invincibles.

Nous nous sommes informé scrupuleusement à ce sujet auprès des personnes qui ont fait le voyage avec elle. EUes nous ont toutes affirmé que jamais elles n'avaient remarqué pareille chose. Toutes les fois que l'impératrice restait couchée, c'est parce que la mer était mauvaise et qu'elle souffrait du « mal de mer. »

Parfois, il est vrai, elle était anxieuse, irritée peutêtre. Cependant on peut dire qu'elle manifestait au moins un grand' espoir dans la réussite de sa mission.

Aussi rinsuccës qu'elle eut à subir à Paris lui occasionna-t-il un profond chagrin, et des indiscrétions nous ont Ihit savoir que pendant les dernières nuits qu'elle demeura au Grand-Hôtel^ elle en passa une ou deux éveillée, se promenant avec une sorte de fièvre qui était la preuve d'une agitation extrême.

Doit-on voir là déjà le germe de la maladie qui met aujourd'hui ses jours en danger?

Peut-être.

C'est en pareilles dispositions qu'elle arriva à Rome!

Femme énergique et ambitieuse, elle n'était pas d'un tempérament qu'on pût contenter par une simple pro-

œNaUSlON. 153

messe comme le Pape avait l'habitude d'en faire à Maximilien depuis trois ans.

Elle ne put néanmoins obtenir autre chose.

Le désespoir s'empara alors de son cœur! La folie fut la conséquence de ce désespoir! Et dans le palais même du Saint-Pére, elle a donné de douloureux signes de sa cruelle maladie.

La mission de l'impératrice à Rome a été sans succès.

L'empereur Maximilien est mort fusillé.

L'impératrice Charlotte est folle.

On fusille les prêtres à Mexico.

On chasse les nonnes des couvents.

Le culte esta peu près détruit.

Les lois de réforme sont plus que jamais en vigueur.

Le Pape espère-t-il qu'aujourd'hui Juarez lui proposera un concordat sur les bases que lui offrait l'empereur Maximilien?

En ce cas que ferait -il?

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