Gherrier. ibid. p
res du saint-siège, les partis y avaient conservé leurs noms avec leurs violences, mettant aux prises non seulement les villes entre elles, mais, dans les villes, les citoyens. Dans ces luttes intestines, les communes italiennes aclievaient de perdre ce qui restait de leurs anciennes libertés, et, sur les ruines de leur indépendance, commençaient à s'élever de nouveaux maîtres ou, pour mieux dire, des tyrans, qui se maintenaient par les armes et quelquefois par le crime. L'un d'eux, le farouche Eccelin de Romano, après avoir été le plus ferme appui de la cause impériale en Lombardie, s'y était alors constitué une sorte de souveraineté et faisait peser sur tout le pays compris entre les Alpes, le Pô, l'Adda et l'Adriatique, un régime de terreur. Innocent IV, dans les derniers mois de son pontificat, l'avait excommunié autant pour ses crimes que pour son alliance avec la maison de Souabo ^ Cette sentence n'avait eu d'autre effet que de le pousser à de nouveaux excès, et il commit des actes si odieux, qu'Alexandre fit une première fois en 12oG, puis en 12o8, prêcher la croisade contre « cet homme de sang », qui périt enfin, victime de son ambition, dans une tentative infructueuse sur Milan ^-.
Ces rivalités qui déchiraient la Haute Italie, et dont la politique du saint-siège avait été en partie la cause, avaient pénétré jusque dans Rome, et, par un juste retour, le chef de l'Eglise s'y vit le jouet des factions. Lorsqu'il était entré dans la capitale de la catholicité, le sénateur Brancaleone, le même qui, sous Innocent IV, gouvernait Rome en maître et qui, appartenant au parti gibelin, était appuyé par le peuple, venait d'être renversé du pouvoir ^ Les nobles, qui appartenaient à la faction guelfe, s'étant ligués avec le clergé, s'étaient emparés du Capitole, et ils eussent mis à mort Brancaleone, tombé entre leurs mains, s'ils n'avaient craint le