‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 117 sur 416 · Salimbene Chron. p · texte numérisé non relu

Salimbene Chron. p

3. Cette circulaire est du 23 avril 1257. S. Bonavent. Oper. t. VII, p. 432, Rom:e, 1 588-1590. Voy. l'analyse de cette circulaire dans Hisf. lifter, t. XIX, p. 289, 290. Cf. Fleury, Hist. ecclés. t. XVII, p. 595. 596. Jean de Parme avait résigné le géuéralat en février 1257.

C'était ainsi que la papauté, plus occupée de ses vues politiques que Je sa mission spirituelle, laissait le désordre s'accroître dans l'Eglise. Comme si les destinées du saintsiège eussent été attachées à la ruine de la maison de Souabe, toute la sollicitude d'Alexandre se portait alors sur les affaires de Sicile. Les dissentiments entre le roi d'Angleterre et ses barons s'étaint aggravés, ce prince avait sollicité du pape un nouveau délai pour l'envoi d'une armée au delà des Alpes, et Alexandre lui avait adressé maître Arlotto, notaire apostolique, chargé tout à la fois de le relever des peines qu'il avait encourues pour avoir manqué à ses promesses et do lui assigner comme dernier terme le 1^' juin 1258 K Mais ce terme arriva, sans que Henri III fût davantage en état d'exécuter ses engagements. Loin de lui prêter leur concours pour l'expédition d'Italie, les barons se liguèrent contre le monarque, et, dans une assemblée à Oxford, le forcèrent de jurer des statuts par lesquels étaient imposées de nouvelles bornes à son pouvoir qu'avait déjà limité la Grande Charte '. Pendant que ces troubles agitaient l'Angleterre, Manfred, poursuivant ses progrès, avait débarqué dans l'île de Sicile et était entré à Palcrme. Ebloui par ses succès, il désira pour lui-même la couronne qu'il avait d'abord revendiquée pour Conradin. Le bruit s'étant répandu que celui-ci était mort en Allemagne, bruit inexact et que, peut-être avec intention, il laissa s'accréditer, Manfred parut céder aux vœux des populations qu'il avait conquises par sa douceur autant que par ses armes; et, au mois d'août 1258, en présence des barons du royaume, des députés des villes et d'un certain nombre de prélats, il se faisait couronner solennellement dans l'éghse cathédrale de Palerme ^

Des envoyés du duc de Bavière, qui vinrent auprès de Manfred démentir le bruit de la mort du jeune prince, pro-

1. Rymer, Fœdera, t. I, pars ii, p. 28, 29; 34, 3o (12 décembre 1257).

2. Rymer. ibicL p. 39, 40. Cette assemblée eut lieu le 11 juin 1258.

3. Sabas Malaspina, 1. I, c. j. Cf. Nie. de .lamsilla, anno 1238. — Chron. de reb. in liai, gestif.

testèrent inutilement contre celte usurpation de ses droits héréditaires. Le nouveau roi se contenta de répondre qu'il ne méconnaissait pas ces droits; mais que, la main d'un enfant étant impuissante, dans les conjonctures présentes, à protéger le royaume, il entendait, sa vie durant, conserver une couronne dont, après lui, Conradin pourrait prendre possession '. L'on pouvait s'attendre du moins que l'avénement de Manfred au trône de Sicile iiiiprimorait aux afifaires de la péninsule une face nouvelle. Ce prince, né en Italie, élevé dans les mœurs du pays, était sans lien essentiel avec l'Allemagne, et son avènement servait à certains égards la politique pontificale dont le but constant avait été de séparer l'Empire du royaume de Sicile. Il avait lui-môme un intérêt visible à empêcher que le chef de l'Empire ne prît pied au sud des Alpes. Après s'être appuyé sur les Gibelins comme régent du royaume, il avait cherché, aussitôt son élévation au trône, à se rapprocher des Guelfes. Venise, Gênes, les villes guelfes de Lombardie, comprenant qu'il était devenu l'ennemi naturel de l'Empire, le reconnurent pour roi et conclurent alliance avec lui ^ Mais la cour de Rome rompit des mesures qui eussent peut-être rendu la paix à l'Italie. Soit qu'il partageât la déiiance de ses prédécesseurs pour la famille de Frédéric, soit qu'il jugeât qu'il était de l'honneur du saint-siège de poursuivre jusqu'à la fin une race condamnée par l'Eglise, Alexandre, par une sentence du mois d'avril 1259, déclara Manfred déchu do ses possessions et dignités, ordonna de cesser les saints offices partout où il séjournerait, et cita à comparaître ou frappa d'anathème les prélats qui avaient participé à son sacre ^ Seuls les Florentins et, avec eux, quelques villes guelfes de la Toscane avaient refusé de reconnaître le nouveau roi. Le pontife les encouragea à la résistance et appela aux armes les peuples de la

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