‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 118 sur 416 · Diurnali di Matteo di Giovenazzo · texte numérisé non relu

Diurnali di Matteo di Giovenazzo

2. Cherrier, Hist. de la luile des papes et des empereurs, t. III, p. 76-80, et notes.

3. 10 avril 12;;9. Piavnald. eod. anno. n» 13. Cf. Cherrier, ibid. p. 83, note 3.

Marche d'Ancùne, du duché de Spolète et du Patrimoine de saint Pierre. Ainsi traversé dans son alliance avec les Guelfes, Manfrcd s'unit plus étroitement aux Gibelins et, prenant bientôt l'offensive, envoya des troupes attaquer les Florentins. Les communes gibelines de la Lombardie et de la Toscane secondèrent ces troupes d'une partie de leurs milices. Défaits par ces forces réunies, les Florentins se virent contraints de recevoir dans leurs murs un podestat gibelin, et, sur la fin de l'année suivante, Manfred, contre qui l'Angleterre n'avait fait encore aucune démonstration, non seulement continuait à régner sur le sud de l'Italie, mais il dominait la Toscane et menaçait les États mômes de l'Église *.

Alexandre venait alors de rentrer à Rome, où la mort récente de Brancaleone, en relevant le parti guelfe, avait faci lité son retour-. Avant de reprendre possession du palais de Latran, comme il se trouvait à Anagni, il fut témoin d'un événement qui eût dû le porter à des sentiments de conciliation, si la cour pontificale, moins attachée à ses desseins, eût considéré davantage l'intérêt des peuples. Ces guerres continuelles qui depuis tant d'années déchiraient la péninsule, et dans lesquelles, selon le mot d'un contemporain, le sang italien avait coulé « comme l'eau ^ », la fureur des factions tour à tour abattues ou triomphantes, les calamités de toute sorte qui en étaient la suite, avaient à la fin exalté les esprits. Beaucoup attribuaienl à la colère divine les maux dont ils supportaient le poids, et cette idée, s'ajoutant à l'opinion qui

1. Pour ces derniers événements, voir Claerrier, ibid. p. 100-H6. Cf. Polthsist, Reg. pontif. n°» 17879, 17946.

2. Gregorovius, Storia di Roma, t. V, p. 370-372. Brancaleone mourut à Rome dans les derniers mois de l'année 1258. Malgré la défense du pape, le peuple élut sénaleur un oncle de Brancaleone, qui ne put se soutenir et fut chassé du Gapitole vers le mois de mai 1259. Alexandre, qui, lors de la mort de Brancaleone, avait quitté Viterbe pour se rendre à Anagni, resta dans cette dernière ville jusqu'au commencement de novembre 1260, date à laquelle il revint à Rome.

3. « Vigintianni sunt vnl circa.quod, occasione sedis apostolicre ac imperialis, sanguis italicus edundilur velut aqua. >■> Monach. Patav. Chron. anno 1258.

s'était répandue qu'en 12G0 serait inauguré (d'Évangile éternel, » auiena lune des plus étranges manifestations auxquelles le monde eût encore assisté. Vers l'automne de cette année, on vit tout à coup des centaines, des milliers d'individus parcourir processionnellement le centre de l'Italie, nus jusqu'à la ceinture, tenant une croix d'une main, se meurtrissant de l'autre à coups de discipline et s'écriant d'une voix lamentable : « Paix! Paix I Seigneur, ayez pitié I ». La nuit, ils marchaient, munis de torches allumées et faisant également retentir l'air de leurs cris. De Pérouse,où ils s'étaient montrés d'abord, ces étranges pénitents se dirigèrent vers Rome, que leur présence remplit d'une pieuse terreur, puis ils gagnèrent le royaume de Sicile. Manfred leur ayant fermé l'entrée de ses Etats, ils remontèrent vers le nord de l'Italie. De là, par une sorte de contagion, d'autres pénitents imitant les premiers, ces processions s'étendirent en Allemagne, en Pologne, portant ainsi jusqu'aux extrémités do l'Europe les signes do l'inquiétude des esprits et du malheur des peuples K

Loin d'ùtri^ touché de ces manifestations, Alexandre, en ce même moment, réitérait l'anathème contre Manfred et ses partisans, comprenant dans cette sentence les villes de Toscane et de Lombardie qui lui prêtaient secours ou obéissance -. Il ne put donner suite à ces rigueurs. Le 25 mai 12G1, il expirait à Viterbe. De nuuvolles luLles qui avaient éclaté à Rome pour l'élection du sénateur l'avaient contraint do quitter encore une fois la capitale do la catholicité. Par un de ces caprices qui montraient que l'esprit de liberté avait péri à Ronio comme il périssait dans les autres républiques italiennes, la faction guelfe avait nommé sénateur, non plus à temps, mais à vie, Richard, comte do C(M'nouailles, bien qu'il fût désigné à l'Empire, tandis (pu; le parti gibe-

1. Pour tout ce qui concerne ce singulier événement, voii- notamment Sa- Innbeue, Monaeh. P.itav., Galvan. Flamma; cf. PiaynalJ. anno 1260, n"' 6- 1 1 ; Gregorovius, Storia cli Roma, t. V, p. 37.")'378.

i. 18 novembre 1260. Potthast, Reg. Ponlif. n" 17969.

lin avait, dans les mêmes conditions, porté son choix sur Manfrcd K Déjà l'on avait vu Brancaleone, citoyen de Bologne, puis Emmanuel de Madio, originaire comme lui de la Haute Italie, élus à la dignité sénatoriale. C'était la troisième fois que les Romains de l'une ou de l'autre faction, trahissant leur impuissance à se gouverner eux-mêmes, appelaient un étranger à la tête de leur cité.

Les troubles causés par cette double élection se prolongèrent après la mort d'Alexandre. Les cardinaux, alors au nombre de huit, qui l'avaient accompagné à Viterbe, subissant à leur tour l'influence des partis, laissèrent s'écouler plusieurs mois sans lui donner de successeur. Ils se décidèrent enfin à prendre le futur pape hors du sacré collège et, le 29 août 1261, proclamèrent, sous le nom d'Urbain IV, un Français, Jacques Pantaléon, patriarclie titulaire de Jérusalem, que les intérêts de la Terre sainte avaient amené à Viterbe '. A une initiative et à une fermeté qui avaient manque à son prédécesseur ^ le nouveau pontife joignait une prudence dont, à peine nommé, il donna les preuves. Sentant le préjudice que portait aux droits temporels du saint-siège l'une ou l'autre des deux élections qui avaient eu lieu à Rome, il intervint entre les partis, sous apparence de les pacifier, et obtint qu'on désignât des « prud'hommes » chargés d'administrer provisoirement la cité et de préparer une élection délinitive^. C'était détourner, pour un temps, le péril qu'il redoutait. Son habileté n'alla pas toutefois jusqu'à lui ouvrir les portes de Rome, où, durant tout le cours de son pontificat, il ne devait jamais paraître ^

1. Vita melrica Urban. IV, Murât, rer. ilal. t. III, p. 408. Cf. Gregorovius, ]oc. cit. p. 390, 391.

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