‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 129 sur 416 · août 1263, Raynald. eod. anno. n · texte numérisé non relu

août 1263, Raynald. eod. anno. n

3. Mansi, Conc. t. XXIII, p. 1112. Cf. Iléfélé, C'onc. t. VIII, p. 500.

4. « Novit Jhesus si bene fuit factiim ; et licet iste cardinalis essot nationc Ralliciis et fuissot cancellarius régis Franciœ.., bene didicerat morem Ro-

Ces résistances, ces murmures témoignaient que la cour de Rome perdait de son action sur le clergé. Elle en perdait aussi et de plus en plus sur la société laïque. Les trop fréquentes excommunications que fulminait le saint-siège commençaient à ne plus troubler les princes. C'était même là un des griefs d'Urbain contre Manfred. « Cet iiomme pervers qui déchire le patrimoine de l'Église, écrivait-il, ne se contente pas de contester l'autorité que nous tenons du bienheureux Pierre; il ose braver les censures ecclésiastiques, et, en voyant son audace impunie, ceux qui tremblaient devant l'excommunication apprennent à la mépriser K » Ce mépris que montraient les princes pour les censures émanées du saint-siège, les autres séculiers le montraient pour les censures émanées des évoques. Il y eut même à ce sujet, à Paris, lors de l'assemblée du clergé du mois do novembre 1263, une démarche collective faite auprès de Louis IX par les évoques do France. « Sire, lui dit l'évêquo d'Auxerre, les prélats qui se trouvent ici réunis m'ont chargé de vous faire savoir que la religion se perd entre vos mains et qu'elle se perdra encore plus, si vous n'y avisez; » et, comme le roi étonné demandait des explications : « C'est, ajouta l'évêquo, que nul ne craint aujourd'hui une excommunication. Xous vous requérons donc de commander à vos baillis et à vos sergents que tous ceux qui resteront excommuniés un an et un jour soient contraints, par la saisie de leurs biens, à faire satisfaction à l'Église. » Le roi répondit qu'il accéderait volontiers à la requête des évêques, pourvu qu'on lui donnât connaissance des motifs do la sentence, afin qu'il put savoir si elle était juste ou non ; et sur ce que les prélats, se retranchant derrière leurs privilèges, déclaraient ne pas vouloir l'instruire do ce qui appartenait au for ecclésiastique, le roi re-

manoruin ad bursarum corrosionem. Exactiones, emunctiones, compulsiones, quse facte fuerunt pro ista décima.., exprimere non novi. » Chron. Lemovic. D. Bouquet, Rec. t. XXI, p. 770. 1. Cherrier, ouvr. cité, t. III, p. 153, d'après les registres du Vatican.

prit qu'il ne transineltrait aucun ordre à ses sergents; « car, si je le faisais, disait-il, j'agirais contre Dieu et contre le droit K » Par cette réponse, qui reproduisait en termes plus nets celle que, dans une circonstance particulière, il avait faite jadis à l'archevêque de Reims ^ Louis n'insinuait pas seulement qu'on pouvait avoir des doutes sur l'équité des jugements prononcés par l'Eglise; il semblait dire que, dans l'intérêt même de la religion et du droit, ces jugements devaient être ratifiés par les pouvoirs séculiers.

On eut une autre preuve, non moins significative, de cet amoindrissement de l'Église dans ses rapports avec la société laïque. En obtenant d'Urbain d'être relevé des serments prêtés par lui au parlement d'Oxford, le roi d'Angleterre avait excité chez ses barons un mécontentement qui s'était enfin traduit par une révolte ouverte, suivie bientôt de la guerre civile. Le pape, qui pressait alors Henri III de renoncer au trône de Sicile, se crut obligé d'intervenir en sa faveur, et un légat, le cardinal Guy Le Gros, du titre de Sainte-Sabine, fut envoyé en Angleterre pour rétablir la paix. Des bulles dont il était muni lui donnaient pouvoir d'excommunier les rebelles et, au besoin, de faire prêcher la croisade contre ceux qui ne se soumettraient pas au roi et à l'Église ^; car, par une témérité plus dangereuse encore pour elle que pour ses adversaires, la cour de Rome était maintenant portée à user de ce moyen extrême dans toutes les occasions où on lui résistait. Loin de céder aux menaces du pontife, les barons fermèrent au légat l'entrée du royaume. Ils ne refusèrent pas toutefois de traiter avec le roi, qui, de son côté, se montra disposé à quelque accommodement. Mais, au lieu d'accepter l'intervention d'Urbain, ils firent ce que Frédéric II avait voulu faire au cours de sa lutte avec le saint-siège; ils s'adressèrent à Louis IX, et, lui demandant de s'interposer comme ar-

1. Joinville, Hist. de S. Louis, édit. N. de Wailly, c. cxxxv, p. 431, 452.

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