CLÉMENT IV, GRÉGOIRE X
Urbain n'était pas destiné à voir la fin de ses entreprises contre Manfred. Il mourut le 2 octobre 1264 à Pérouse, où il s'était réfugié pour échapper aux poursuites du roi de Sicile. Comme à la mort d'Alexandre IV, plusieurs mois s'écoulèrent avant qu'on élût un autre pape. Les affaires de Sicile n'étaient pas étrangères aux dissentiments qui partageaient alors le sacré collège. Parmi les cardinaux, il en était qui demandaient qu'on se rapprochât de Manfred; les autres, en majorité, repoussaient tout accord avec ce prince et voulaient qu'on procédât sans retard à un arrangement définitif avec Charles d'Anjou. Ce dernier parti prévalut, et, le o février 1265, les suffrages se portèrent sur le cardinal Guy Le Gros, le même qui avait été envoyé en Angleterre pour y ramener la paix. Né en Provence, ayant été évêque do Nice, puis archevêque de Narbonne, il avait connu Charles d'Anjou et était du nombre des cardinaux qui lui étaient favorables *. On louait la sévérité de ses mœurs et son savoir. Tandis que plusieurs des papes qui l'avaient précédé avaient profité de leur situation pour accroître celle de leurs proches et les pourvoir de dignités, il s'abstint, durant son pontificat, de tout acte de
1. Ptol. Luc. Hist. ecdes. l. XXII, c. 29, 30. Cf. Potthast, Reg. pontif. (Notice préliminaire sur Clément IV.)
co genre *. Mais sa piété et ses lumières n'allèrent pas jusqu'à l'éloigner de la politique dangereuse qu'avaient suivie ses devanciers. Lorsqu'il apprit le choix dont il était l'objet, il revenait de son inutile mission en Angleterre et se trouvait déjà en Italie. Il se dirigea aussitôt vers Pérouse, où, dix-sept jours après son élection, il fut sacré sous le nom de Clément IV.
Le successeur d'Urbain ne devait pas tromper les vœux du parti qui l'avait élu. Dès le 26 février, alléguant qu'aucun dos engagements contractés par le roi d'Angleterre n'avait été exécuté, il révoquait de son autorité la concession faite à Edmond, son fils, du royaume de Sicile ^. Par des lettres du même jour, il ordonnait au cardinal de Sainte-Cécile, Simon, maintenu dans sa légation au delà des Alpes, de se rendre auprès de Charles d'Anjou et de s'entendre avec le frère de Louis IX « toutes affaires cessantes \ » Il lui ordonnait en outre de presser la levée des décimes accordées à ce prince par le saint-siège, menaçant de suspendre de leur office et, au besoin, de frapper d'excommunication les ecclésiastiques qui se refuseraient au paiement de la taxe ^. Il lui enjoignit également de faire prêcher de nouveau la croisade contre Manfred ^ et autorisation fut donnée de convertir les vœux pour la Terre sainte en un vœu pour la Sicile ^. Enfin, dans les derniers jours du mois de mars 1265, deux délégués du saint-siège partaient de Pérouse pour porter au frère du roi de France le texte du traité définitivement arrêté par la cour apostolique. En ce qui regardait la dignité sénatoriale, il était dit que, si le comte d'Anjou réussissait à s'emparer
1. Voy. une lettre de ce pape à son neveu Pierre le Gros, du 7 mars 1265, dans Martene, Thés, anecd. t. II, p. 110.
2. D'Achery, SpicUeg. t. III, p. 648-630. Le 26 juin suivant, Henri III, se conformant aux exigences du saint- siège, délivra un acte régulier de renonciation à la couronne de Sicile.