Chron. de reh. in Ital. gest. p
2. Voir plus loin le mémoire adressé à Grégoire X par Humbert de Romans
3. Cette prétendue Pragmatique, qui par son style ne saurait appartenir au temps de S. Louis, n'est pas citée avant le quinzième siècle, et il n'en existe aucun manuscrit antérieur à cette époque. Voir, dans la Biblioth. de l'Éc. des Gh., année 1870, un article déjà mentionné de M. Viollet.
contre lui, mais <lu traité conclu entre le roi de Sicile et Baudouin, le monarque grec voulut reprendre ces négociations pondant la vacance du saint-siège, et, au lieu de s'adresser aux cardinaux, il s'adressa à Louis IX; il le pria de régler, comme arbitre, les conditions de cette union, en l'assurant d'avance de son entière adhésion à celles qu'il lui conviendrait de fixer. Louis désirait assurément la conversion des Grecs; mais, avec ses scrupules habituels, il cru! qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur une question d'ordre spirituel, et il déclina la mission qui lui était ofTerte. Il promit néanmoins à Michel Paléologue d'aider de tous ses efforts à une union si désirable et envoya aux cardinaux deux frères mineurs pour les instruire de la demande de l'empereur et de sa propre réponse \ Cette démarche faite auprès de Louis IX ne montrait pas seulement en quelle estime on tenait le caractère du roi de France; elle prouvait que, môme dans les choses de la foi, son jugement inspirait plus de conhance que celui des princes de l'Eglise, et, en honorant le monarque, elle accusait la cour de Rome.
Ce fut quelques mois après cet incident que Louis se rendit à Aigues-Mortes, d'où il s'embarqua, le l^"" juillet 1270, pour aller mourir sous les murs de Tunis. Sa mort fut admirable, comme sa vie avait été exemplaire. L'Église devait bientôt le canoniser, et il était digne enetiet du nom de saint, si ce nom pouvait convenir à un homme qui a porté l'épôe. Il n'avait pas seulement été un grand roi, maintenant avec fermeté, dans ses relations avec les souverains étrangers, l'honneur et l'indépendance de sa couronne; dans le gouvernement des peuples que le ciel lui avait confiés, il n'avait jamais considéré que leur intérêt. Par sa piété éclairée, par sa modestie, sa droiture, par son amour pour les pauvres et les faibles, il s'était élevé au-dessus des hommes de son temps, et, vivant dans le siècle, il avait mérité d'être un modèle à l'Eglise
1. Raynald. anno 1270, n" 1-5. Cf. Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis, t. V, p. 139-145.
La. Cour de Rome. — T. IL 13
même^ Tandis quo les papes dont il avait été le contemporain, délaissant la religion pour la politique, avaient subordonné la justice à l'accomplissement de leurs desseins, Louis, haussant la royauté jusqu'à en faire un sacerdoce, avait subordonné, dans tous ses actes, la politique à la justice. Il avait porté le scrupule au point de céder à l'Angleterre des provinces de son royaume, en compensation de celles que son aïeul Philippe xVuguste avait enlevées au roi Jean 2. Tel était le renom de son intégrité, que Frédéric II l'avait demandé pour juge dans sa querelle avec le saint-siège, et que plus tard le roi et les barons d'Angleterre, divisés entre eux, l'avaient également choisi comme arbitre. En des occasions moins éclatantes, il avait, au môme titre, réussi plus d'une fois à empêcher des conflits entre des princes et des seigneurs étrangers^; et, dans l'année de sa mort, comme pour clore cette suite d'hommages rendus à son caractère, c'était à lui que s'adressaient les Grecs pour les réconcilier avec Rome. Il devait ainsi à ses vertus de remplir une mission qui avait été jadis celle de la papauté. Fait remarquable, et qui montrait combien cette papauté avait dégénéré ! A une époque éloignée de près de deux siècles, oii l'ÉgHse et le monde étaient profondément troublés, c'était à un pontife, à Gré- Sfoire VII, que la direction morale de la société avait appartenu ; à l'âge suivant, cette direction avait été exercée, non plus par un pontife, mais par un abbé, par saint Bernard; et aujourd'hui celui aux mains de qui elle se trouvait remise n'était ni un pontife, ni un abbé, mais un roi.
La mort de Louis IX mit fin à une croisade que sa seule piété lui avait fait entreprendre. Après avoir conclu une trêve de dix ans avec les Infidèles, son fils aîné, Philippe III le Hardi, ramenant une armée décimée parles maladies, reprit le chemin de l'Europe. Il était accompagné de Charles d'An-
1. Voir, à ce sujet, les excellents chapitres de Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis, t. V, p. 320 et ss.