Sabas Malasp. 1. IV, c
2. Lettre de Clément au roi de Castille, 18 mai 1268. Raynald, eod. anno, no 42. Le nouveau terme assigné aux deux prétendants était le 1" juin 1269.
3. Voir une lettre de Clément au roi de Bohême, 1 novembre 1268. Raynald. ibid. n" 43-46.
d'une vacance du saint-siège dont la durée, dépassant ce (ju'on avait vu jusqu'ici, ne devait guère être moindre de trois années. Ce scandale indigna à ce point les contemporains que l'un d'eux, le moine Salimbene, n'hésitait pas à le qualifier (( de monstrueux » K Les intrigues de Charles d'Anjou en furent, on doit le dire, l'une des principales causes. La couronne de Sicile que lui assurait la mort de Gonradin et la dignité sénatoriale dont il était en possession ne suffisaient pas à ses désirs ambitieux. Nommé par Clément vicaire impérial en Toscane pour tout le temps que durerait l'interrègne en Allemagne "^, et voulant garder des fonctions qui étendaient son pouvoir en Italie jusqu'aux frontières lombardes, il avait intérêt à prolonger la vacance de l'Empire. D'un autre côté, par un traité conclu depuis peu avec Baudouin II, lequel ne cessait de solliciter des secours pour recouvrer son trône, il s'était fait céder les droits de ce prince sur les parties du continent grec non encore soumises à Michel Paléologue, et, sous prétexte d'aider Baudouin à reconquérir ses Etats, il projetait de s'emparer de laGrèco^.Ces divers motifs le portaient à désirer l'élection d'un pape qui lui fût favorable, et, pesant sur les cardinaux de l'inlluence que lui donnaient ses récentes victoires, il mit tout en œuvre pour atteindre son but.
Par l'effet de ces intrigues, le sacré collège, composé alors de dix-sept membres, se trouva, comme déjà à la mort d'Urbain, mais avec plus de violence dans les dissentiments, partagé en deux camps. Une partie des cardinaux, qui soutenait le roi de Sicile, voulait un pape d'origine française et déterminé à continuer la politique de ses prédécesseurs. Les
1. (( Qaiddam horribile appai'uit in mundo. » Salimbene, Chron. p. 2G8.
2. Aussitôt qu'il avait été investi du royaume de Sicile, Charles d'Anjou s'était intitulé dans ses actes ; « Garolus, Dei gratia.rex Siciliœ, ducatus Apulise et principatus Capuae, aime Urbis senator, Andegavise, Provinciae et Forcalquerii couies. » Lorsque, le i'ù février 1268, il fut nommé par Clément vicaire impérial en Toscane, il ajouta à ces titres : « Piomani imperii in Tuscia vicarius generalis. » Voy. P. Durrieu, Les archives angevines de Naples. Élude sur les registres du roi Charles 1", t. I, p. 187-189, Thorin, 1880.
3. Ce traité avait été rédigé à Viterbe, le 27 mai 1267, sous les yeux et dans la chambre même du pape.
autres penchaient pour un pontife qui fût italien et mît fin à la vacance de l'Empire, craignant, non sans raison, que la puissance de Charles ne devint un jour aussi menaçante pour le saint-siège que l'avait été celle des souverains de la maison de Souahe^ Ce no fut pas uniquement le spectacle prolongé de ces discordes qui indigna les âmes pieuses. Les cardinaux, auxquels appartenait le soin d'administrer l'Eglise pendant l'interrègne pontifical, se livrèrent aux actes les plus coupables. Non seulement la simonie et tous les abus reprochés à la cour de Rome s'étalèrent ouvertement; mais le trésor apostolique et les revenus de l'Eglise romaine furent l'objet d'une véritable dilapidation^.
Louis IX, par le prestige de sa couronne et l'autorité de son caractère, eût pu seul apporter un terme à cette vacance scandaleuse. Mais il était alors tout entier aux préparatifs de son expédition contre les Infidèles. C'est dans l'année qui suivit la mort de Clément IV, en 1269, que, selon une opinion accréditée, il aurait rendu cette ordonnance connue sous le nom de Pragmatique sanction, et dont le but étaitd'empêcher, durant son absence, les empiétements et les exactions de la cour de Rome. Ce souverain, par la fermeté dont il avait fait preuve plus d'une fois dans ses relations avec le saint-siège, était assurément capable d'une mesure de ce genre. Mais il n'y a pas lieu de croire à l'authenticité d'un acte dont on ne connaît aucun texte manuscrit qui soit contemporain ^ Louis IX, avant de partir pour l'Egypte, eut toutefois l'occasion de se mettre en rapport avec les cardinaux. Les négociations engagéespar Michel Paléologuepour l'union des deux Eglises avaient été suspendues par la mort de Clément. Alarmé, non plus de la croisade qu'on avait cessé de prêcher