septembre 1272. Reg. de Grég. X, n
4. On sait que, parmi les prélats, les archevêques de Cologne, de Mayence et de Trêves, et, parmi les séculiers, le comte palatin du Riiin, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohème, commençaient vers ce temps à revendiquer pour eux seuls le privilège de désigner le roi des Piomains. Ce fut là l'origine de ce qu'on nomma par la suite le collège « des sept électeurs. »
5. Le roi de Bohème, dont le droit électoral était contesté par les autres électeurs, fut exclu de l'élection et devint dès lors hostile à Rodolfe.
que lo besoin des peuples^ Si faible que fût le nouveau roi des Romains et quelques efforts qu'il dût faire pour rétablir l'autorité impériale compromise par l'interrègne, il représentait un principe d'ordre auquel allaient se rallier par degrés ceux qui, parmi les ecclésiastiques comme parmi les séculiers, avaient souffert du précédent état de choses. L'Allemagne, à partir de ce moment, commença de respirer; il y avait alors près de dix-huit années que la cour de Rome, par le refus persistant de donner un chef à l'Empire, la laissait en proie à l'anarchie.
On eût souhaité que ce pape qui s'éloignait, par tant de côtés, de la conduite de ses devanciers, s'en éloignât encore sur un point qui n'importait pas moins à la pacification des esprits, en adoucissant les rigueurs auxquelles étaient soumis les hérétiques '. Il n'alla pas jusque là. Par deux lettres adressées vers cette époque aux inquisiteurs de France, les seules qu'il eût écrites sur ce sujet, il les exhorta à s'acquitter avec zèle de l'office dont ils étaientchargés, leur promettant, ainsi qu'avait fait Clément IV, les indulgences accordées pour la Terre sainte^. A la vérité, il n'aggrava par aucune mesure les sévérités qu'avaient prescrites ses prédécesseurs et s'abstint niôme de rappeler leurs décrets. Comment, au reste, sa piété ne se fût elle pas égarée? Le système de violence à Tégard des hérétiques, depuis près d'un siècle qu'il avait été sanctionné par le saint-siège *, était tellement
1. Zeller. Hist. d'Allem. t. VI, p. 97-112. Cf. Héfélé, Conc. t. VIII. p. 434- 456. Voir aussi un tiavail du D"" A. Zisterer, Gregor. X und Rudolf von Habsbiirg; 1891, travail dout M. G. Bloadel a donné une intéressante analyse dans la Revue historique, janvier-février 1893, p. 142-145.
2. Les esprits, sous ce rapport, étaient en effet si peu apaisés, qu'en 1274 Vidal de Varanh?, traduit devant l'inquisition de Toulouse, récitait la première strophe du violent sirvento de Guillaume Figuiers (voy. p. 45 46, de ce volume) qu'il avait entendu chanter dans sa jeunesse. Huillard-Bréhoiles, Vie de Pierre de la Vigne, p. 201.
3. 20 avril 1273. Ripoll. Bull, prœdic. t. I, p. 512, i.» 12. — 20 avril 1273. Marlene, Thés, anecd. t. V, p. 1822. Cette seconde lettre est, à très peu de chose près, la répétition de la première.
4. Au concile général de Latran de 1179 et au concile de Vérone de 1184. Voir notre premier volume, p. 317-320.
entré dans les mœurs, qu'un homme de vertus austères et réputé alors l'une des lumières de l'Eglise, Thomas d'Aquin, ne craignait pas, dans ses écrits, d'en démontrer la légitimité au double point de vue de la justice et de la religion. « Les hérétiques, disait-il, ne méritent pas seulement d'être retranchés de la communion des fidèles, mais d'être séparés des hommes par la mort. Il n'y a pas de plus grand crime que de corrompre la foi, do laquelle vivent les âmes; et si, dans la société temporelle, les malfaiteurs sont justement privés do la vie, à combien plus forte raison n'est-il pas juste de faire périr les hérétiques? L'Eglise est assurément pleine de miséricorde et elle désire la conversion du pécheur; mais, lorsqu'elle voit l'hérétique persister dans ses erreurs, le devoir qu'elle a de veiller au salut des fidèles exige qu'elle le livre aux tribunaux séculiers afin qu'il meure. » Et il ajoutait ces mots qui résumaient sapensée : « Si tous les hérétiquesétaient arrachés du monde par la mort, ce ne serait pas contraire à la loi de Dieu \ n
A la fin de novembre 1273, Grégoire était an-ivé à Lyon. Cinq mois après, au jour []\l', le concile s'ouvrait dans cotte église Saint-Jean où Innocent IV avait déposé Frédéric II. L'assemblée était nombreuse. On y comptait environ cinq cents évèques, soixante-dix abbés et mille prélats d'ordre inférieur. Le roi d'Angleterre - qui était alors Edouard I«'', les souverains de France, de Sicile, d'Aragon, de Castille, le
1. Si .. malefactores staliin per saiculares principes juste morii Iraduntur, multo magis hseretici statim .. possunt non solum excommunicari, sed et juste occidi... Si totaliter eradiceiitur per mortem hseretici, non est contra mandatuin Domini. » Suimna, secunda secundte, II, 46, qutestio 11, art. 3. On sait que S. Thomas d'Aquin commença de rédiger sa Somme sous le poatificat de Clément IV et la termina pendant la vacance du saint-siége qui suivit la mort de ce pape. Les doctrines professées par S. Thomas d'Aquin au sujet de l'hérésie ne lui étaient pas particuliéros. Avant lui, Guillaume, évêque de Paris, mort sous Innocent IV, en 1:249, se fondait sur l'autorité de l'Evangile pour démontrer que, Jésus-G'irist ayant dit d'épargner le froment et d'arraclier l'ivraie, il fallait de toute nécessité tuer les héréliques : « occidendi sunt ex nccessitate. » GuiUelm. Paris, De legib. c. 1, in opp. I, 28.