Voir cet écrit dans Raynald. anno 1273, n
4. Le mémoire d'IIumbert de Piomans se trouve dans Brown, Append. ad fascicid. rer. expetend., p. 185-229, Lond. 1690. On possède deux textes de ce mémoire ; l'un publié par Brown, qui n'indique pas la source d'où il l'a tiré, et l'autre emprunté par Mabillon à un manuscrit de la bibliothèque du Vatican et qu'a reproduit Martène (ampl. coll. t. VII, p. 174-198). Ce manuscrit, que M. De Loye, élève de l'École française de Rome, a bien voulu revoir à notre intention, n'est, il est vrai, qu'une suite d'extraits du mémoire dont il s'agit. ]\Iais ces deux textes, précédés des mêmes considérants, rédigés sur
réserve qui tenait sans doute à sa qualité de religieux, l'auteur n'y disait que quelques mots du clergé régulier. En revanche, ses critiques sur le clergé séculier étaient nombreuses. Il n'épargnait pas plus les prêtres que les simples clercs; mais c'était surtout aux évèques qu'il adressait ses censures les plus vives. Il ne craignait pas d'affirmer que les prélats qui manquaient à leurs devoirs étaient en majorité dans l'Eglise. Il leur reprochait leur orgueil, leur avidité, leur faste qui égalait chez quelques-uns, disait-il, celui des princes et des rois K II ajoutait que beaucoup parmi eux étaient notoirement coupables d'incontinence et, rappelant les rigueurs dont avait été frappé autrefois le roi de France Philippe Auguste qui vivait dans l'adultère, il demandait qu'à plus forte raison l'on sévît contre ceux des évêques qui poussaient le dérèglement jusqu'à entretenir comme concubines des abbesses ou des relif^ieuses ^ Si l'on ne remédie à ces désordres, écrivait-il, il est à craindre que Dieu ne se venge un jour sur l'Eglise ellemême, et qu'il n'arrive d'elle ce qui est advenu des Juifs, qui, d'abord glorifiés par le Seigneur, ont été plus Lard confondus et dispersés ^ A l'égard de l'Église romaine, ses critiques étaient plus retenues. Il osait représenter néanmoins qu'elle imposait aux fidèles un joug trop pesant, et que, si les Grecs avaient refusé si longtemps de s'unir à elle, c'était qu'ils re-
un plan identique, avec des chapitres en nombre égal et intitulés de même, tout en différant nécessairement entre eux par l'étendue et aussi par les termes, se ressemljlent par le fond. Sur la vie et les œuvres d'Humbert de Romans, voir Quétif et Echard, Script, ord. prsedic. t. I, p. 146 et ss. Cf. Hist. rater, t. XIX, p. 335-347.
1. « Non est rex neque princeps secularis de cujus familia major vanitas invenitur. »
2. « Quid ergo est faciendum de prœlato qui non solum mulieribus maritatis abutitur, sed etiam monialibus et abbatissis evidenter ? » Ce passage, ajouté par Brown à la suite du mémoire d'Humbert de Romans comme en faisant partie, n'a pas son analogue dans le texte de Martène. Mais nous ne croyons pas que ce soit une raison pour le rejeter, l'auteur de ce passage faisant évidemment allusion à l'évêque de Liège, sur qui Grégoire X, dans une de ses lettres (voy. ci-après), s'exprime en termes beaucoup plus vifs.
3. « Timendum est ne Deus, propter hujusmodi et alia scelera nimis grandia et multa et quœ diu duraverunt, coufundat vel confundi permittat statum ecclesiasticum .. sicut factum est de Judœis. »
doutaient ses exactions, ses nonces, ses légats et le trop grand nombre de ses décrets et de ses châtiments. Il rappelait les scandales qu'avaient donnés au monde, depuis plusieurs années, les fréquentes vacances du saint-siège, parlait des dilapidations qu'après la mort de Clément IV avaient commises les cardinaux, et demandait qu'en vue des futures élections il fût prescrit aux membres du sacré collège de ne rien distraire pour eux-mêmes des revenus apostoliques et de n'accepter ni dons, ni services^, tant que durerait la vacance, sous peine de perdre leur droit de vote dans la désignation du pape. Tout en exprimant ces blâmes au sujet de l'Eglise de Rome, il reconnaissait qu'elle était maîtresse et souveraine de toutes les églises: mais il ajoutait que, par cela même qu'on était tenu de lui obéir, elle devait commencer par corriger les abus dont elle offrait l'exemple ^
Ces représentations émanées d'un homme dévoué au saintsiège ne furent sans doute pas étrangères à deux mesures que prit d'abord Grégoire. Il avait mandé à Lyon Henri de Gueldres, évêque de Liège, qui, par ses désordres et ses débauches, avait excité l'indignation de tous les fidèles de son diocèse -. Il le contraignit, en présence des Pères assemblés, à rendre son anneau épiscopal et à se démettre de ses fonctions ^ La seconde mesure, d'un intérêt plus général et à laquelle les cardinaux tentèrent vainement de s'opposer, était relative aux vacances du saint-siège. Il décida par une constitution que, dix jours au plus après la mort du pape et sans attendre ceux de leurs collègues qui pourraient être absents,
1. ((-Quia nemo inferior audet ponere os in ecclesiam Romanam, tanto magis deceret ut ipse dominus papa et domini cardinales attenderent diligenter corrigenda in ecclesia romana et inciperent ab illis. >^
2. Voir une lettre qu'à la fin de 1273, ou au commencement de 1274, le pape adressait à ce prélat simoniaque et débauché, lettre dans laquelle il est dit qu'outre ses relations avec une religieuse et d'autres femmes, il entretenait alors publiquement comme concubine une abbesse de l'ordre de saint Benoit, et qu'avant comme après sa promotion à l'épiscopat, il avait eu plusieurs fils et filles. Mansi, Co)ic. t. XXIV, p. 27. Cf. Potthast, Reg. pontif. n» 20777.
3. Grégoire obligea également l'abbé de S. Paul de Rome, pour inconduite notoire, à résigner son abbaye. Labb. Conc. t. XI, p. 938.
les membres du sacré collège se réuniraient dans l'une des chambres du palais où le décès aurait eu lieu, avec défense d'en sortir et de recevoir ni écrit, ni message, sous peine d'excommunication; que cette chambre, étroitement fermée, n'aurait d'autre issue qu'une fenêtre par où leur serait servie la nourriture ; que, si au bout de huit jours il n'y avait pas eu d'élection, cette nourriture, bornée d'abord au strict nécessaire, serait réduite au pain, au vin et à l'eau; qu'enfin, tant que les cardinaux seraient en conclave \ ils ne pourraient toucher quoi que ce fût ni du trésor pontifical, ni des revenus de l'Église romaine. Il décida en outre que les seigneurs ou les magistrats de la ville où se ferait l'élection seraient chargés de veiller à l'observation de ces diverses prescriptions 2. Cette constitution, que Grégoire publia dans la cinquième session, fut ensuite notifiée par lettres à toute la chréétienté. On eût pu croire, d'après cela, que le pontife aurait entrepris résolument l'œuvre de réforme qu'il avait annoncée. Mais, soit qu'il sentît secrètement son impuissance, soit plutôt qu'il considérât qu'une œuvre aussi difficile avait besoin d'être longuement préparée, il remit à des temps ultérieurs l'exécution de ses projets. Il déclara toutefois, dans la dernière session, qu'il était déterminé à opérer ces réformes, et, reprochant aux prélats de déshonorer la religion par leur conduite, il leur signifia que, le moment venu, il saurait agir avec sévérité contre ceux qui, par leur pernicieux exemple, étaient la cause de la perdition du monde ^
Un fait étranger à ces grands objets, mais qui devait avoir sa place un jour dans l'histoire de la papauté, se passa dans celte assemblée. Les ambassadeurs de Philippe le Hardi y firent cession au saint-siège du Comtat Venaissin, dont la pos-
i. On sait que ce nom de conclave servit dès lors à désigner soit la chambre où avait lieu l'élection, soit l'assemblée des cardinaux qui s'y trouvaient enfermés.
2. Voir dans Piaynald. anno 1274, n» 24-27, le texte de cette constitution.
3. « Quod prselati faciebant ruere totum mundum. » Raynald. UAd. n° 33. Cf. Hist. littér. t. XXI, p. 359.
session, depuis la fin de la guerre des Albigeois, avait été en litige entre la couronne de France et l'Église romaine \ Le concile terminé, Grégoire, au lieu de reprendre la route de l'Italie, demeura à Lyon juscju'au printemps de l'année suivante, pour veiller de plus près aux préparatifs de l'expédition de Terre sainte. Par une circulaire qu'il ne tarda pas à envoyer auxévêques des différents diocèses, il leur ordonna d'exciter les fidèles à y prendre part, et les Frères mineurs reçurent l'injonction de prêcher la croisade par toute la chrétienté^. Déjà Philippe le Hardi et Rodolfe avaient pris la croix. Le pape, croyant qu'il importait au succès de l'expédition d'en confier le commandement à Rodolfe, voulut revêtir ce prince de toute l'autorité due au chef de l'Empire. Il lui adressa une lettre par laquelle, lui donnant pour la première fois la qualification de roi des Romains, il l'avertissait de se préparer avenir prochainement à Rome recevoir la couronne impériale ^ Il manda en même temps à tous les princes ecclésiastiques et séculiers de l'Allemagne et, en particulier, au roi de Bohème, qui persistait dans son opposition, de rendre obéissance au souverain agréé par le saint-siège "*. Son intention était que les droits de ce prince fussent reconnus en Italie, aussi bien qu'en Allemagne; et comme Charles d'Anjou, en recevant de Clément IV le vicariat impérial de Toscane, avait promis de s'en démettre dès que la désignation d'un roi des Romains aurait été approuvée par la cour pontificale, il lui envoya Pévêque de Périgueux pour lui rappeler ses engagements ^ Au contraire de ses devanciers qui avaient cherché à affaiblir l'Empire, Grégoire voulait lui restituer une puissance
1. Raynald. anno 1213, n° SI. Cf. ibid. Mansi, note 1. Pour ce qui concerne le comtat Vonaissin depuis le traité d'avril 1229, voir Hist. gén. du Languedoc, éd. Molinier, t. VII, p. 90-93, 489; t. IX, p. 8, 40, 41.
2. 17 septembre 1274. Raynald. ihid. n» 40-42. Cf. Potlhast, Reg. pontif. n° 209^0. Voir aussi ibid. n° 20925 une lettre du 20 septembre adressée aux prélats de la chrétienté pour la levée de la décime.
3. 26 septembre 1274. Theiiier, Cod. dipl. dom. leinp. t. I, p. 186.
4. Même date. Theiner, ibid. p. 187. — Raynald. anno 1274, n° 57.