‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 157 sur 416 · octobre 1275. Raynald. eod. anno, n · texte numérisé non relu

octobre 1275. Raynald. eod. anno, n

3. Annal. Placent. Gibell. — Tlieiner, Cod. dipl. dom. temp. t. I, p. 194, 195.

4. Dans la lettre à Rodolfe du 13 février 1275, Grégoire avait d'abord ft'<é la date du couronnement à Rome à la Toussaint de cette année. Dans l'entrevue de Lausanne, il recula cette date à la Purification de l'année suivante. Voir une lettre du pape du 24 novembre 1275, dans Theiner, ibid. p. 19G.

INNOCENT V, ADRIEN V, JEAN XXI, NICOLAS III, MARTIN IV, HONORIUS TV, NICOLAS IV-

La mort de Grégoire arrêta les préparatifs de l'expédition qui avait été décidée contre les Infidèles. Si l'on excepte les affaires d'Allemagne heureusement terminées, on peut dire que son pontificat n'avait été qu'une espérance. Rien de ce qu'avait fait Grégoire n'était destiné à subsister. Non seulement la croisade, dont il avait commencé les apprêts, ne devait pas aboutir; mais l'Italie, qu'il avait cru pacifier, continua, comme auparavant, d'être agitée par les factions. L'union des Eglises grecque et romaine, dont s'était réjouie sa piété, n'était elle-même qu'une apparence qui n'allait pas tarder à s'évanouir. Quant au dessein qu'il avait conçu de réformer l'Eglise, il devait être également abandonné de ses successeurs; et, entre toutes les louables entreprises auxquelles il avait l'intention de consacrer ses soins, ce fut sans doute celle dont l'inexécution affligea le plus les hommes sincères. La dernière vacance du saint-siège avait achevé d'ouvrir les yeux sur la nécessité de cette réforme; mais, plus que jamais, on semblait comprendre que c'était dans la cour de Rome qu'il

iinportail tlaljonl d'apporlcr des changemciils. L'ancien général des dominicains, Tïuniljcrt de Romans, dans le mémoire qu'il avait adressé à Grégoire, n'avait fait qu'indiquer cette pensée. Le moine Roger Bacon, dans une page de ses ('crits, laquelle n'était pas destinée, il est vrai, à être communiquée au saint-siège, développait la mêm3 pensée en des termes qui, pour paraître empreints de quelque exagération, n'en étaient pas moins un indice des opinions que nourrissait à cet égard plus d'un contemporain,

« La cour de Rome, disait-il, est la première cause des désordres que nous voyons aujourd'hui dans le monde. Cette cour, dont la loi divine devrait être l'unique inspiratrice, s'est corrompue en s'appropriant les lois des souverains séculiers. En prenant leurs lois, elle a pris aussi leurs mœurs. L'orgueil, l'envie, la cupidité, l'incontinence, tous les appétits pervers se montrent dans son sein; et, comme si ces maux ne suffisaient pas, on a vu le monde privé de son pasteur pendant plusieurs années par l'effet des ambitions jalouses et des rivalités qui la dominent, ainsi que le savent tous ceux qui veulent connaître la vérité. Lorsque la tête de l'Église est à ce point c irrompue, que ne doivent pas être les membres ? Uni ne sait de quelle manière les évoques s'acquittent de leurs devoirs? Délaissant le soin des âmes, ils ne s'occupent que de querelles, de procès, et n'ont de goût que pour l'argent. A l'égard des ordres religieux, et je n'en excepte aucun, tous, même les plus récemment institués, sont aujourd'hui déchus. Quand le clergé s'abandonne ouvertement à de semblables désordres, doit-on s'étonner que son exemple soit suivi par les princes et les peuples ? » Après avoir tracé ces critiques véhémentes, Bacon se demandait quels remèdes pouvaient être apportés à cette triste situation. « Tous les hommes éclairés s'accordent à déclarer qu'il faut une prompte réforme dans l'Église; ils ne diffèrent que sur les moyens. Les uns attendent cett3 réforme de l'initiative d'un pape dont Dieu guidera les pieuses résolutions; les autres croient qu'aux efforts d'un saint pontife doivent se joindre ceux d'un grand

LA PAPAUTÉ DEVIENT TOUTE POLITIQUE 2io

prince, et que c'est de l'union dos deux glaives que sortira le salut. Mais peut-être ce saluL nous vienlra-t-il par une autre voie; peut-être faut-il, pour que l'Eg-lise se purifie, que nous subissions encore de plus grands maux, soit que ces maux naissent de nouvelles discordes entre les princes, soit qu'ils nous soient apportés par le fer des Tartares ou celui des Sarrazins. * »

On conçoit condjien peu ces vœux de réforme devaient trouver d'écho dans une cour dcmt la conduite donnait lieu à dos critiques aussi sévères. Loin qu'ils y fussent écoutés, la sage constitution que Grégoire X avait rendue sur l'élection des papes allait bientôt être abrogée. Divisés de nouveau, à la mort de Grégoire, entre les partis français et italien qui, avant son avènement, s'étaient disputé la prépondérance dans le sacré collège, les cardinaux ne semblèrent dès lors s'accorder que pour choisir des pontifes que leur âge avancé ou leurs infirmités destinaient à une prompte fin, et qui laissaient par cela même la voie ouverte aux ambitions rivales. C'est ainsi que trois papes se succédèrent dans la seule année où s'éteignit Grégoire. Dix jours après qu'il avait expiré, le 21 janvier 127G, les membres du sacré collège s'étaut réunis en conclave à Arezzo selon la constitution de ce pontife, la majorité des sulfrages se porta sur un cardinal d'origine française, Pierre de Tarentaise, évêque d'Ostie. Sacré à Rome, le 23 février, sous le nom d'Innocent V, il ne devait occuper que cinq mois la chaire apostolique -. Ce fut assez pour (ju'il prît des mesures qui déjà s'éloignaient, par certains côtés, de celles de son pieux prédécesseur. Alléguant que Hodolfe, contrairement à ses serments, avait envoyé des députés dans la Haute Italie revendiquer des droits sur quelques-uns des domaines qui appartenaient au saint-siège, non seulement il s'abstint de l'appeler à Rome pour y recevoir la couronne; il

1. Roger. Bac. Compendium studii, oper. p. 308-404, éd. Brewer. Ces pages étaient écrites sous Grégoire X et vraiseniblalileinent sur la fin de son pontificat. Voir ibid, p. 414.

2. Voir Potthast, Reg. pontif. "21 janvier et 23 février 1276.

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lui interdit de franchir les Alpes avant d'avoir fourni à \'\\glise romaine de plus amples garanties'. En même temps, il autorisa Charles d'Anjou, qu'il confirma dans sa dignité de sénateur, à conserver le vicariat impérial en Toscane ^ C'était de nouveau affaiblir l'Empire, sinon en Allemagne, du moins en Italie, et, en risquant de soulever un conflit entre Rodolfe et le roi de Sicile, mettre en péril l'œuvre pacifique de Grégoire.

Innocent mourut le 22 juin 1270 à Rome. Se prévalant des fonctions que lui attribuait comme sénateur la constitution de Grégoire, le roi Charles tint les cardinaux étroitement enfermés au palais de l.atran, dans le dessein non équivoque de peser sur leurs délibérations^. Cette rigueur tourna contre ses vues, et l'on désigna, sous le nom d'Adrien Y, un cardinal attaché au parti italien, Ottobone Fieschi, neveu d'Innocent IV ■''. Mais celui-ci était presque moribond, et il alla expirer à Viterbe trente-huit jours après son élection '\ Enformés encore une fois en conclave, malgré leur résistance, par les magistrats de Viterbe ^ comme ils l'avaient été à Rome par Charles d'Anjou, les cardinaux élurent un autre de leurs collègues, Pierre Juliani, d'origine espagnole, qui adopta le nom de Jean XXI '. Il garda le saint-siège huit mois, pendant lesquels il résida à Viterbe. Xon moins favorable à Charles d'Anjou que l'avait été Innocent V, il lui laissa l'office de sénateur et le vicariat de Toscane, et, se fondant sur les raisons qu'avait alléguées Innocent, défendit également à Rodolfe d'entrer en Italie ". Il ne fut pas toutefois sans prêter quelque attenticm aux affaires de l'Eglise. Il envoya dos nonces à Cons-

1. 9 et 17 mars li76. Theiner, Cod. dlpl. dom. lemp. t. ]. p, 197, n» 3.j0; p. 198, II» 352.

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