Martene, Ampl. coll. t. VII, p
3. Baudouin était mort sur la fin de l'année 1273. C'est en cette même année, que Philippe avait épousé une fille de Charles d'Anjou, Béatrix qui avait été fiancée à ce prince lors du traité du 27 mai 1267. Philippe mourut obscurément quelques années après; il vivait encore en 1278.
222 LTVRR Si:PTIÈME
Nicolas s'elForçait de la dissuader d'une agression qui n'eût pas manqué d'amener une rupture entre les deux Églises \ L'empereur, en repoussant les injonctions du pape, craignit de compromettre une paix dont il avait besoin; on y cédant, il craignit également d'irriter ses sujets, qui, hostiles pour la plupart à l'union, étaient, depuis le concile de Lyon, en grande fermentation. Il usa d'habileté. Il assembla les évoques et le clergé et les assura qu'il ne souffrirait aucune addition au symbole,ni aucun changement aux rites pratiqués dans ses Etats; après quoi, leur faisant sentir la nécessité de conserver, dans les circonstances présentes, l'appui de la cour pontificale, il les exhorta à recevoir les nonces avec les démonstrations de l'amitié, d'autant, disait-il « qu'on avait affaire à un pape qui n'était pas favorable comme Grégoire. » Ces avis furent écoutés. On laissa les envoyés du saint-siège exposer l'objet de leur mission, et rien ne fut négligé pour leur persuader que l'entente avec Rome était sincère. A en croire un historien grec, on recourut même à la fraude. L'empereur ayant répondu au pape par une lettre du mois de septembre 1279 et dans laquelle, sans rien dire de la mission des nonces, il donnait de nouvelles assurances de son orthodoxie, on corrobora cette lettre par une autre oiî était obscurcie à dessein, à l'aide de nombreuses citations des Pères, la question du Filioque, et que remplissaient des souscriptions d'évèques dont les noms étaient supposés et dont les sièges n'avaient jamais existé '. Les affaires de la Terre sainte ne furent pas non plus sans attirer l'attention du pontife. A l'exemple du dernier pape et bien qu'aucune date n'eût encore été fixée au sujet de l'expédition projetée contre les Infidèles, il enjoignit de lever la décime qui avait été ordonnée pour la croisade au concile de
1. 18 octobre 1278. Martene, Ampl. coll. t. VII, p. 275. Cf. ibid. p. 261.
2. Pachymer. Mich. Palxolog. 1. VI, c. 14-17. Cf. Raynald. anno 1280, u"' 19-22. Raynaldi croit que ces lettres furent écrites peu après la mort de Nicolas III et lorsque cette mort n'était pas encore connue à Constantinople. Mais il est certain qu'elles furent écrites au mois de septembre 1279. Voy. ihid. Mansi, not. 1.
Lyon, et il envoya dans les divers États de l'Occident des collecteurs chargés de la percevoir K II était même si attentif sur ce point, qu'ayant appris que la monnaie du royaume de Norvège n'était pas valable en Europe, il lit parvenir des instructions à l'archevêque de Drontheim sur les moyens de convertir en espèces qui eussent cours les sommes recueillies dans ce royaume -. Il ne se borna pas à ces soins. La guerre s'étant allumée entre les rois de France et de Castille, il députa des légats vers l'un et l'autre prince, avec mission de rétablir la paix dans l'intérêt de la croisade. Il fit plus; par une circulaire adressée au mois de février 1280 aux évêques des deux royaumes, et dans laquelle il rappelait le triste état de la Palestine, il prescrivit des prières publiques pour demander à Dieu la fin d'une guerre qui, en divisant les forces chrétiennes, retardait la réalisation des espérances que le concile de Lyon avait données aux fidèles d'outre-mer ^
Toutefois ni la croisade, ni même l'union avec les Grecs n'étaient au fond le véritable objet de la sollicitude de Nicolas III. Occupé avant tout de ses vues sur l'Italie, cherchant à y accroître les possessions du saint-siège et à y étendre son ascendant, il nourrissait des projets dont l'accomplissement eût amené un changement considérable dans l'état politique de la péninsule. Malgré les concessions qu'il avait obtenues de Rodolfe, il ne l'avait pas encore appelé à Rome pour lui conférer la couronne impériale. De son côté, ce monarque, qui venait à peine de triompher de la résistance du roi de
1. Bzovius, Ann. eccles. nnno 1278, ri" 33. Voir, dans Potthast, Reg. pontif. n° 21296, des lettres du pupe du o avril 1278 pour lever le décime en Hongrie, en Pologne et dans les pays avuisinants. Voir aussi, ihid. n" 21483, d'autres lettres du 13 novembre de cette année relatives au même objet et concernant le Patrimoine de saint Pierre, le duché de Spolète, la Marche d'Ancône et la Piomagne.
2. 31 janvier 1279. Lange, Dlpl. norveg. Potthast, Reg. pontif. n° 21526. Voy. ibid., à la date du mois de juin de la même année, diverses lettres du pape ordonnant de lever le décime en Suède et en Danemark.
3. 20 février 1280. Raynald. eod. anno, n»» 13-17. Cf. lettre au roi de Castille du 9 juin 1279, Raynald. anno 1279, n" 21-23.
Bohême ' et non encore alfenni en Allemagne, n'était guère en situation de revendiquer sur les parties de l'Italie autrefois soumises à l'Empire une autorité qui n'était plus alors que nominale ^ Prolitant de la faiblesse du roi des Romains, Nicolasavait conçu le dessein d'anéantir enfin une autorité à laquelle il attribuait les maux qui si longtemps avaient pesé sur l'Italie. Il voulait ériger dans la péninsule deux nouveaux royaumes, l'un en Lombardie et le second en Toscane, dont il eût investi ses neveux. Par ce moyen, en même temps qu'il eût achevé d'abattre la puissance impériale en Italie, il se fût gardé, d'un côté, des Allemands et, de l'autre, des Siciliens ou plutôt des Français, La mort l'empêcha de mettre cette idée à exécution ^.
A l'honneur de Nicolas III, on doit dire que l'ambition seule ne lui avait pas inspiré ces projets. Italien de cœur autant que de naissance, il eût voulu arracher la péninsule au joug de l'étranger, et l'on peut croire que, s'il avait possédé le saint-siège à la place de Clément IV, jamais Charles d'Anjou n'aurait obtenu le royaume de Sicile *. Cette sollicitude pour les destinées de l'Italie l'avait porté également à intervenir dans les luttes des Guelfes et des Gibelins et à reprendre, sans plus de succès, il est vrai, l'œuvre d'apaisement commencée par Grégoire \ Ce pape, qui, au milieu des soins tout profanes qui avaient occupé son pontificat, n'avait donné qu'une médiocre attention à l'Eglise, n'était cependant pas insensible à la piété. Il rendait un sincère hommage aux vertus de Louis IX et ordonna à Simon, cardinal de Sainte- Cécile, qui était alors en France, de procéder à une enquête sur les miracles que la voix publique attribuait au saint roi, enquête dont il avait déjà été chargé secrètement par Gré-
1. Otto Kar, roi de Bohême, avait été défait et tué à la bataille de Marchfeld. le 26 août 1278.
2. Zeller, Hist. d'Allem. t. VI, 163 et ss.; ibid. p. 187-189.