janvier 1283. Raynald. eod. anno, u" l-'t
3. 21 mars 1283. Duchesne, Hisf. Franc, scr. t. V, p. 874. Charles d'Anjou, qui avait quitté le royaume de Sicile au commencement de l'année 1283, pour aller en Fiance conférer avec Philippe le Hardi, avait visité le pape peu avant la publication de cette bulle. Il était à Florence au mois de mars.
elles religieux de tous ordres continu«.'renl d'obéir à Pierre ', qui, de son côté, récusant le jugement de Martin, en appela à un pape « non suspect. » Martin fit alors ce que jadis avait fait Urbain IV dans sa lutte contre Manfred. Au mois d'août 1283, il envoya en France le cardinal Jean Cholet offrir la couronne d'Aragon à Philippe le Hardi pour l'un de ses plus jeunes fils. Les conditions stipulées par le pontife rappelaient celles qui avaient été imposées à Charles d'Anjou pour la couronne de Sicile. En aucun cas, le royaume d'Aragon ne pouvait être réuni à celui de Castille, de France ou d'Angleterre. Le futur roi, se reconnaissant vassal de l'Eglise romaine, comme l'avaient été ses devanciers, était obligé à un cens annuel de cinq cents livres tournois, et des pénalités, analogues à celles auxquelles s'était soumis Charles d'Anjou, en garantissaient le paiement. Si, trois mois après le terme échu, le roi ne s'était pas acquitté, il encourait l'excommunication ; et, s'il laissait passer trois ans sans se libérer de sa dette, lui et ses héritiers perdaient leurs droits au trône -.
Il ne pouvait échapper aux princes qu'en recevant ainsi des couronnes du saint-siège, ils lui reconnaissaient implicitement le droit de les déposer eux-mêmes; mais l'ambition leur faisait oublier leurs vrais intérêts. Philippe n"avait pas l'âme élevée de Louis IX ^ Il fut touché de l'idée d'agrandir sa maison; peut-être aussi se laissa-t-il entraîner par son oncle, le roi de Sicile, qui était venu en France conférer avec lui. Il accepta l'offre du pontife pour son second fils, Charles de Valois. La déclaration en fut faite, vers la fin de février 1284, dans un parlement à Paris, où l'on donna lecture d'un traité qui avait été rédigé, de concert avec le légat, sur les bases indiquées par le saint-siège ^. Ce traité fut ensuite envoyé au
1. Voir, à ce sujet, une lettre du pape, 13 janvier 1284, à l'archevêque de Narbonne. Raynald. eod. anno, n" 11, 12.
2. Voir cet acte daté du 27 août 1283, dans Rymer, Fœdera, t. I, pars ii, p. 223-225. Cf. ibid. p. 227.
3. Sur le caractère de ce prince, voir Gh. Langlois, Le règne de Philippe III le Hardi, p. 4 et ss. 1887.
4. Kaynald. anno 1284, n° 7-9. M. Langlois, dans Touvrage cité ci-dessus,
pape, qui le confirma par une bulle du 5 mai de la même année K Martin avait autorisé d'avance le cardinal Cholet à faire prêcher la croisade contre Pierre d'Aragon. Elle fut dès lors prêchée en France, comme elle l'était déjà en Italie. Philippe prit la croix; avec lui nombre de seigneurs se croisèrent, et, à l'exemple de Charles d'Anjou qui avait autrefois envahi le royaume de Sicile, le roi de France se disposa à envahir l'Aragon^
Tels étaient les effets désastreux de la politique des papes. Institués pour répandre partout, au nom du Christ, la concorde et la paix, ils étaient arrivés, par l'oubli de leur mission et l'abus de leur autorité, à introduire dans les royaumes l'anarchie et la guerre. Ils introduisaient également, sous d'autres formes, la guerre et l'anarchie dans l'Eglise. L'imprudente protection et les privilèges que le saint-siège ne cessait d'accorder aux ordres mendiants avaient enfin porté à un degré d'animosité extrêmelalutte engagée entre eux et le clergé séculier. Dans un concile tenu à Paris au mois de décembre 1283, et auquel assistaient quatre archevêques, vingt évoques et tous les docteurs de l'Université, les empiétements et les usurpations continuelles des moines mendiants avaient été l'objet des plus violentes récriminations. Plusieui's prélats n'avaient pas craint de déclarer que, si l'autorité du pape était souveraine en matière de foi, il appartenait aux évêques d'administrer leurs églises, et qu'aucune lettre pontificale ne pouvait les affranchir de ce devoir, ni les priver de ce droit. Un simple chanoine môme osa dire que c'était, non de la chaire apostolique, comme celle-ci le prétendait, mais de Jésus-Christ, que les évêques tenaient leur puissance de lier et de délier. Le président du concile, Simon de Beau-
p. 145-151, a tracé l'historique des négociations qui pi'éparèront la conclusion du traité.
1. Piaynald. anno 12S4, n" 5. — P>ymer, Fœclera, t. I, pars ii, p. 229.
2. Guill. de Nang. de gest. Phillpp. III. — PtoL Luc. Hist. eccl. 1. XXIV, c. 12. — La croisade fut aussi prçcliée, par ordre du pape, dans la partie du royaume de Sicile soumise à Charles d'Anjou, Rayn;tld. anno 12Si, w' 2, ?,. Cf. Potlhast, Reg. pontif. n» 22149.
234 LIVUE SEPTIÈME
lieu, archevêque de Bourges, fut encore plus hardi. Il déclara que, par l'elfet des usurpations dont, encouragés par le saint-siège, les moines mendiants s'étaient rendus coupables, le corps ecclésiastique tout entier avait été bouleversé et que l'Eglise, atteinte en sa constitution et défigurée dans ses traits, était devenue un « monstre K »
Go n'était pas uniquement entre l'épiscopat et les ordres mendiants, mais au sein même du clergé séculier qu'éclataient des conflits. Les chapitres des églises cathédrales, armés de privilèges apostoliques, empiétaient sur la juridiction des évêques, qui, pour défendre leurs droits, allaient jusqu'à rassembler des conciles contre leurs propres chanoines. Les chanoines^ de leur côté, portaient la résistance contre leurs supérieurs hiérarchiques jusqu'à interrompre l'office divin ^ Les excommunications mômes que prononçaient les évêques étaient sans effet sur leur clergé ^. Comme pour augmenter les désordres, par un autre abus du pouvoir pontifical, les vacances dans les diocèses devenaient alors de plus en plus fréquentes. Les procès que soulevaient en cour de Rome les élections ecclésiastiques traînaient à ce point en longueur, que, durant huit, neuf et dixannées, des églises demeuraient privées de leurs pasteurs. Ainsi avait-on vu les sièges de Rouen, de Poitiers, de Toul, déjà vacants avant l'avènement de Grégoire X, l'être encore pendant la plus grande partie du pontificat de Nicolas IIP. Au scandale des vacances du saintsiège s'était ajouté celui des vacances épiscopales.
1. (' Hodie.. ecclesiaslicus orJo peuitus est confusus, quia multi falcem mitlunt ia messem alienam, ita ut jam Ecclesia monstrum dici pos.sit. » Hlat. litlér. t. XXI, p. 22-24, Hoo ; XXV, p. 383-394; XXVIII, p. 321, 322.
2. Voir à ce sujet un décret rendu dans un concile provincial à Gompiègne par l'archevêque de Reims, en date du 7 avril 1278. Labb. Conc. t. XI, p. 1031, 1032.
3. Gan. 6 et 9 du concile d'Avignon tenu en 1282 par l'archevêque d'Arles. Labb. ibid. p. 1178.
4. Fleury. Hist. eccles. t. XVIII, p. 305, 329, 445. Voir, dans Raynald. anno 1279, n» 44, une bulle du 13 décembre de cette année, par laquelle Nicolas III avait essayé de remédier à ces vacances trop fréquentes (« cupientes ecclesiarum vacationibus »).
LA PAPAUTÉ 1)1:: VIENT TOUTE l'Ol.lTIQUE 235
Il semblait que la sollicitude de la cour romaine à l'égard des églises se réduisît alors à en tirer des subsides. Des décimes spéciales furent octroyées à Philippe le Hardi et à Charles d'Anjou pour les aider l'un à conquérir l'Aragon et l'autre à recouvrer la Sicile K Martin ne laissait pas d'ailleurs, comme avait fait Nicolas III, d'exiger la levée des décimes imposées par Grégoire X pour la guerre de Terre sainte, sans que néanmoins aucun préparatif eût encore eu lieu au sujet de cette expédition. Celles-ci ne se percevaient pas seulement en Italie, en France, en Angleterre, mais en Hongrie, en Pologne, en Danemark, en Suède, en Norwège,en Islande même et jusque dans les îlesFeroëo et celle du Groenland 2. Ces îles, à peine habitées, no fournissant que des peaux de bœufs et de phoques avec des fanons de baleines, le pape prescrivit à l'archevêque de Drontheim, dont la juridiction s'étendait sur ces contrées, de vendre ces produits et d'en expédier l'argent au saint-siège ^. Bien qu'un concile général eût donné son consentement à la levée de ces décimes, elle ne s'opérait pas sans résistance, et, à plusieurs reprises, Martin, écrivant soit aux princes, soit aux évèques, dut employer les menaces. Encore ces menaces ne furent-elles pas partout efficaces. Quelques princes, tels que le roi de Norvège, refusèrent de laisser transporter hors de leurs États l'argent qui avait été perru^. En Allemagne, rarchcvèque de Magdebourg assembla un synode provincial où il défendit de payer (juoi que ce fût. L'archevêque de Cologne, l'évêque d'Osnabruch et plusieurs autres prélats se prêtèrent à la levéiMlos décimes, mais
1. Pour les décimes accordées à Philippe, voir Guil. de Xang. de f/est. Philip. (Zî. liaynald. anno 1283, n" 3.t. Ces décimes devaient être levées en France pendant trois ans. D'uiu> lettre d'Honorius IV, 1" août 1283, Eaynald. eod. anno, n° 23, 24, il résulte que Martin avait eu outre accordé à ce prince des décimes sur les églises de Liège, Metz, Verdun et Bâle. — Pour les décimes octroyées à Ghaides d'Anjou, voir Piaynald. anno 1284, n» 10.
2. Potthast, Rer/. Ponlif. passim. Cf. Raynald. anno 1283, n" 61.
3. 4 mars 1282. Lange. Dipl. Norveg. t. I, i, p. G3, n" 71. Pottliast, Reg. pontif. n° 21858.
4. Lettre du pape au ri)i .le Norvège, t mars 1:.'S2, Lange, loc. cit. p. Oi, n' 72. Cf. ibid, p. 65, n" 73.
pour se les approprier ^ Martin, de son côté, suivant l'exemple de ses prédécesseurs, ne se faisait pas scrupule de détourner de sa destination l'argent recueilli par ses collecteurs. Déjà, lorsque Charles d'Anjou se disposait à attaquer Constantinople, il lui avait attribué une portion des décimes affectées à la Terre sainte ^ Au mois de juillet 1284, jugeant nécessaire de l'aider par de nouvelles ressources à reprendre la Sicile, il ordonna au préfet du trésor apostolique de lui fournir, sur le produit de ces décimes, la somme de quinze mille six cents onces d'or ^.
La situation de Charles d'Anjou était en effet devenue plus difficile. A Rome, le peuple, toujours révolté contre son autorité, venait de s'emparer du Capitole dont il avait massacré la garnison, et, à la place de ce prince, déclaré déchu de la dignité de sénateur, un Malabranca, parent des Orsini, avait été élu « capitaine de la cité *. » Un échec plus sensible lui avait été infligé. A la suite d'un combat naval qui avait eu lieu au mois de juin, près de Naples, entre les Français et les Aragonais et dans lequel ces derniers avaient eu l'avantage, son fils, Charles le Boiteux, prince de Salerne, tombé aux mains des Aragonais, avait été emmené à Messine et de là dirigé sur la Catalogne, (iù on le garda prisonnier. Cette défaite des Français avait provoqué dans Naples un soulèvement qui eût peut-être gagné le reste du royaume, si Charles d'Anjou, revenant alors de Provence avec une flotte, n'eût en ce moment débarqué à Gaëte '\ Il ne laissa pas de préparer une
L.Raynald. anno 1282, n° 7. Il est à remarquer que les subsides imposés au clergé par Grégoire X pour la Terre sainte n'étaiont pas encore intégralement payés sous Honorius IV, ni même sous Nicolas IV.
2. Lettre du pape à Charles d'Anjou, 18 mars 1282. Theiner, Mon. Hungar. t. I, p. 349, n« 567. Cf. Raynald. anno 1282, n° 7, in fine.
3. 25 juillet 1284, Raynald. eod. anno, n» 41. Les mesures financières prises par Martin IV en faveur de Charles d'Anjou occupent une place considérable dans les lettres de ce pape, ainsi que l'attestent ses Registres conservés au Vatican et que doit prochainement publier M. Sœhnée, ancien élève de l'École française de Rome.