avril 1295. Potthast. Recj. pontif. n
3. Sext. Décret. 1. I, tit. vi, 3. c'est le 3 mars 1298 (Potthast, n" 24,632) que fut publié le Sexte, qui contient, comme on sait, les constitutions rendues par les papes, — y comprises celles de Boniface, — depuis la collection publiée par Grégoire IX.
n'avait pas eu le droit de renoncer au pontificat, et que Dieu, qui seul conférait cettte dignité, pouvait seul la retirer, Bonifaco craignit qu'on n'abusât de sa simplicité pour lui persuader de remonter sur la chaire apostolique. Il voulut prévenir une tentative qui eût pu compromettre son autorité et donna des ordres pour qu'on se saisît de la personne de Gélcstin. Celui-ci, qui avait été averti de ce dessein, s'étant dérobé par la fuite, le roi Charles II, pour complaire à Boniface, envoya à sa poursuite. On le trouva errant à quelques milles de Yiesti, et on l'amena devant le pontife, qui était alors à Anagni. Après avoir consulté les cardinaux, dont les uns voulaient qu'on lui laissât la liberté et les autres qu'on le gardât étroitement, Boniface adopta la seconde opinion et le (it enfermer au château de Fumone, en Gampanie, où, par un reste d'égards et pour consoler sa piété, on lui construisit une cellule. Le pauvre religieux y mourut au bout de neuf mois de captivité K Cette mort, en délivrant Boniface d'un rival qu'on eût pu lui susciter, l'aiTermit sur le saint-siège, mais lui nuisit dans l'opinion. Ceux qui avaient honoré Célestin comme un saint le vénérèrent comme un martyr; et, la passion exagérant bientôt les circonstances de sa fin, Boniface passa à leurs yeux pour son meurtrier.
Ce traitement infligé par Boniface à son innocent prédécesseur dans l'unique butde garantir son pouvoir, l'éclat inusité de son couronnement, son rôle équivoque dans l'abdication de Célestin, tout décelait en lui une âme ambitieuse. Son ambition toutefois n'était pas sans grandeur. En montant sur la chaire de saint Pierre, il s'était proposé de reprendre les projets de Nicolas IV sur la Terre sainte. Désireux do relever dans ces contrées l'ascendant que le saint-siège avait perdu, il eût voulu non seulement reconquérir laPalestine, mais rétablir du même coup l'Empire latin de Constantinople et ra-
1. Pris par un capitaine napolitain en juin 1:295, pais enferma au chàleau de Fumone vers la mi-aoùt, Célestin y mourut le 16 mai de l'année suivante. Pour tous ces faits, voir Raynald. aano 1293, n° ll-lo, qui a cité les divers textes d'où ils snnt tirés.
mener les Grecs à l'obédience de Rome K A la vérité, les événements où il allait bientôt se voir engagé devaient le détourner do ces grandes entreprises. 11 comprit du moins qu'avant de chercher à y entraîner les fidèles, il lui fallait mettre fin aux divisions et aux guerres qui troublaient la chrétienté. Encore peut-on dire qu'il voulait régler l'Europe plutôt que la pacifier. Imbu des doctrines les plus absolues sur la suprématie pontificale, il prétendait, à l'exemple des Grégoire IX et des Innocent IV, présider en maître au gouvernement de la catholicité. 11 ne se rendait compte ni que les princes étaient devenus rebelles à l'autorité apostolique, ni (jue les évoques, ofi'ensés de voir la direction de l'Église aux mains des légats et des moines, commençaient à imiter les princes; et, en intervenant dans les afiaires de l'Europe avec plus de témérité que de prudence, il ne fit que rendre plus apparent raiïaiblissement déjà sensible de la papauté et soulever de nouvelles oppositions qui devaient l'affaiblir encore.
L'un de ses premiers soins fut de terminer les affaires de Sicile. Durant l'interrègne pontifical, Charles le Boiteux avait réussi à conclure avec Jacques, roi d'Aragon, un traité analogue à celui qu'il avait précédemment conclu avec Alfonse et qui s'était trouvé annulé par la mort de ce prince. Aux termes de ce nouveau traité, Jacques, outre la promesse de délivrer de captivité les trois fils de Charles II gardés jusqu'ici comme otages, avait pris l'engagement formel de se démettre de la Sicile entre les mains du futur pape, le roi de Naples s'obligeant, de son côté, à faire lever les sentences prononcées par le saint-siège contre la maison d'Aragon. Cette convention fut soumise à Boniface, qui, lié lui-même par les promesses que, selon toute apparence, il avait faites à Charles II, se montra plus conciliant que ne l'avait été Nicolas IV. Le frère de Philippe le Bel, Charles de Valois, qui, quatre ans auparavant, avait consenti, en échange de l'Anjou et du Maine, à se désister de ses prétentions sur l'x^ragon, aj'ant adressé à