Gregorovius, Sioria rii Ronta, t. V, p
et une foule de nobles Napolitains. Le pape, le front ceint de la tiare où étincelaient, au-dessous d'une riche escarboucle, des pierres précieuses et des cercles de rubis, était monté sur un cheval blanc que recouvrait une housse de pourpre et que conduisaient par la bride Charles II et son lils. 11 arriva ainsi au palais de Latran, oij, dans une salle décorée des étoffes les plus somptueuses, un festin avait été préparé pour les principaux personnages du cortège. Sur les tables destinées aux convives brillaient, avec la vaisselle d'or et d'argent, les coupes enrichies de pierreries. Boniface, assis en habits pontilicaux à la table la plus élevée, fut servi par le roi de Naples et son fils, revêtus l'un et l'autre des insignes de la royauté '. Il avait voulu lui-même toute cette magnificence. Par cette pompe toute profane il croyait rehausser une dignité que son prédécesseur avait paru abaisser par sa simplicité.
L'orgueilleux pontife n'était pas sans se rendre compte de ce qu'il y avait d'irrégulier ou tout au moins d'insolite dans le fait de succéder à un pape qui avait abdiqué. A peine installé à Rome, il publia une bulle par laquelle étaient révoquées toutes les grâces accordées par Célestin, faveurs inconsidérées, écrivait-il, qu'avaient arrachées à son inexpérience les intrigues de ceux qui l'entouraient '. Il n'alla pas toutefois jusqu'cà abroger la constitution do Grégoire X sur le conclave et la fit même insérer plus tard dans le corps du droit canon ^ où elle devait demeurer, il est vrai, à l'état de lettre morte. En signalant ainsi publiquement l'incapacité de son prédécesseur, il justifiait en quelque sorte sa propre élévation. Il prit une autre mesure concernant Célestin lui-mèrne. Comme les partisans du pieux anachorète prétendaient qu'il
1. Tosti, Hist. de Boniface VIII, 1. 1, p. 141-145. — Gregorovius, îhid.,]i. 603,