‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 198 sur 416 · août 1297. Archives nationales à Paris, J. 701, n» no · texte numérisé non relu

août 1297. Archives nationales à Paris, J. 701, n» no

La Cour DE Rome. —T. II. ,„

par un acte d'éclat, de sa faveur pour la France, il prononça solennellemenl, au mois d'août 1297, la canonisation de Louis IX, au sujet de laquelle une enquête avait été commencée depuis vingt-quatre ans et avait fourni plus de documents, disait-il, « qu'un âne n'en aurait pu porter » \

Dans le temps même (ju'il faisait ces concessions, Boniface avait pu se convaincre, par une preuve plus directe, qu'il n'imposerait pas aisément ses volontés au roi de France. Peu après la publication de la bulle Clericis laïcos, il avait mandé à ses légats de s'entremettre de nouveau entre Pbilippele Bel elle roi d'Angleterre et de les contraindre, sous peine d'excommunication, à une trêve dont il fixait la durée-. Les troubles qui avaient suivi l'apparition de la bulle avaient empêché ces légats de s'acquitter de leur mission, et ils n'avaient osé se présenter devant Philippe (jue lorsque ces troubles s'étaient enfin apaisés. Le monar(|ue, (jui se préparait alors à atlatjuer la Flandre, ne consentit à entendre la lecture des lettres j)ontificales qu'après avoir fait ses réserves sur l'objet de leur contenu. Par la bouche d'un de ses conseillers, il déclara que cette injonction d'une trêve ne le liait à aucun titre: que le gouvernement temporel de son royaume n'appartenait qu'à lui seul; qu'en cette matière il ne reconnaissait aucun supérieur et n'entendait se soumettre à aucun homme vivant; qu'il voulait, selon sa convenance, exercer sa juridiction dans ses fiefs, défendre son royaume et poursuivre son droit avec l'aide de ses sujets, de ses alliés et de Dieu; que, du reste, en ce qui touchait le spirituel, il était disposé, à l'exemple de ses prédécesseurs, à recevoir humblement les avertissements du pontife ^ » Un aussi ferme langage tenu aux représen-

1. Raynald. annol297,n» 58, 59. Pour diverses autres concessions faites à la même époque, à Philippe, voy. Archives nationales, à Paris, J. 712, n" 302^ ; J. 684, n- 33, 33 bis, 33 ter.

2. 13 avril 129G. Raynald. eod. anno, n" 18, 19. Cf. Potthast, Reç/. potitif. n» 24315.

3. Cette déclaration de Philippe le Bel est insérée dans une lettre, en date du 20 avril 1297, que les légats adressaient à Boniface. Dupuy, Hisi. du différend, p. 27. 28.

lants do la cour do Rome prouvait à quoi point les souverains étaient devenus hardis h l'égard du saint-siège.

Tandis que Boniface se heurtait à ces résistances dans ses premiers rapports avec les princes, de graves incidents s'étaient passés à Rome, et il y a lieu de croire que le péril où ils mettaient son autorité, en le portant à se ménager des appuis, n'avaitpaspeujcontribué àsos complaisances envers Philippe. A la suite de dissentiments survenus entre lui et les Golonna, et danslesquols il avait montré imprudemment l'intention de diminuer une maison trop puissante *. les deux membres principaux de celte famille ambitieuse, les cardinaux Jacques et Pierre Golonna, avaient engagé une lutte sourde contre le pape, et, rappelant les doutes auxquels, au point de vue canonique, avait donné lieu l'abdication de Côlestin, ils avaient été jusqu'à contester la validité de l'élection de Boniface. Cités devant le chef de l'Église pour s'expliquer à ce sujet et dire s'ils le reconnaissaient comme pape 2, ils refusèrent de comparaître et, craignant pour leur sûreté, se hâtèrent de quitter Rome. Boniface, par une sentence du 10 mai 1297, les frappa d'excommunication et, les déclarant déchus de la dignité de cardinal, menaça de saisir leurs domaines K Le même jour, les Golonna faisaient afficher sur les murs des diverses églises de Rome et sur l'autel même de Saint-Pierre un écrit où ils disaient que l'abdication de Célestin n'était pas canonique ; que, lorsqu'elle eût été valable en droit, elle était nulle en fait par suite des artifices et des fraudes qui l'avaient provoquée ; qu'en conséquence ils ne reconnaissaient pas Boniface comme véritable pape et invitaient tous les fidèles à lui refuser obéissance jusqu'à la réunion d'un concile général, qui

1. Dès son avènement aupontificat, il avait visiblement tenu les Colonna à l'écart. « Niillis eos honoribus seu gratiis promovebat. » Fr. Pipin. Chron. 1. IV, c. 45. Sur l'origine et les premiers éclats de ces dissentiments, voir Tosti, HisL de Boniface VIII, t. I. p. 321 et suiv.

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