‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 208 sur 416 · Cette victoire eut lieu yers la Noël · texte numérisé non relu

Cette victoire eut lieu yers la Noël

La Cour de Rome. T. II. 1»

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des vainqueurs poiii- roprendn; les FJeux sainls, et ordonnait à cette intention la Icvi'C d'une décime par toute la catholicité '. Une autre considération a pu, dans l'esprit du pontife, s'ajouter à celles-là. Boniface, qui venait à peine de triompher des Colonna, n'avait pas appris sans alarme qu'ils s'étaient échappés de l;i ville où il les retenait prisonniers ^ ; il devait craindr(! (ju'ils n'eussent le dessein de recommencer leurs manœuvres hostihîs, et il put penser (ju'il dissi[»erait les doutes propagés par eux sur la légitimité de son pouvoir, en paraissant, aux yeux du monde, dans tout l'éclat de sa dignité.

On sait que, dans ces solennités du juhilé, Boniface se montra aux (idèlcs revêtu des doubles insignes de l'autorité spirituelle et de l'autorité temporelle et faisant porter devant lui les deux glaives, symbole des deux pouvoirs, tandis qu'un héraut, placé à ses côtés, criait : « Voici les deux épées; Pierre, reconnais ton successeur, et vous, ô Christ, regardez votre vicaire. » Si conforme (jue fût cet appareil aux idées de Boniface, ce furent, sehm loute vraisemblance, des intrigues particulières qui l'amenèrent à déployer sous cette forme la majesté pontilicale. Jusque vers l'ouverture du jubilé, les ambassadeurs flamands n'avaient cessé de solliciter, au nom de leur maître, la protection du pape contre Philippe le Bel, dont le comte de Flandre avait alors d'autant plus à redouter l'agression, que ce monarque venait de signer un traité d'alliance avec Albert d'Autriche, le nouveau roi des Romains^ Quelques jours avant le 6 janvier 1300, date où expirait la trêve conclue à Tournay, ils remirent à Boniface un long mémoire dans lequel, se fondant à dessein sur di-

1. Lettre de Boniface au roi d'Angleterre, 7 avril 1300. Potthast, Reg. pontif. n» 24937. — Raynald. anno 1300, n» 33.

2. (".'est à la fin de juin 1299 que la cour pontificale fut informée de l'évasion des Colonna; « et ne set-on mie en le court de certain k'il sont devenus, et en est destourbés li papes. » Dépêche adressée de Rome au comte de Flandre. Kervyn de Lettenhove, Recherches, etc. p. 61.

?,. Cn triitn fut conclu à Vaucoulenrs, vers le 30 novembre 1299. Guil. du Nan". Chron. ann" 1299.

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vers textes do l'Écriluro, ils disaient que le pape était le juge suprême, non seulement dans les choses spirituelles, mais dans les choses temporelles; qu'il tenait la place du Christ tout-puissant et succédait à tous ses droits dans l'empire du ciel et de la terre; qu'il pouvait juger et dépos(^r l'empereur, le premier entre les souverains séculiers, comme juger et déposer le roi de France qui prétendait n'avoir aucun supérieur dont il dût suhir la loi ^ C'était, dans l'intérêt particulier du comte de Flandre , reconnaître au chef de l'Eglise une suprématie politique que les princes s'accordaient alors à repousser. X la vérité, ce mémoire était moins l'œuvre des députés flamands que du cardinal d'Acqua- Sparta, l'un des membres du sacré collège dont ils avaient acheté les services. Le 6 janvier, ce cardinal, qui jouissait de la confiance particulière de Boniface'', développa à son tour les mêmes doctrines dans un sermon qu'il prononça, en présence du pape et des autres cardinaux, dans la basilique de Latran. 11 démontra que « le pape avait seul la souveraineté spirituelle et temporelle sur tous les hommes, quels qu'ils fussent, en place de Dieu, par le don que Dieu en lit à saint Pierre, » ajoutant que « quiconque voulait s'opposer à sa volonté, l'Église pouvait aller contre lui, comme mécréant, avec l'épée temporelle et spirituelle, de par l'autorité et le pouvoir de Dieu '. » Il est superflu de faire remarquer la parfaite similitude qui existait entre la requête des députés flamands, le discours prononcé par le cardinal et les paroles que criait à la foule le héraut placé aux côtés du pontife; et dès lors il est permis de croire qu'en se décidant, à la veille du jubilé, à revêtir l'appareil des deux puissances, Boniface ne suivit pas uniquement ses propres inspirations, mais celles du cardinal d'Acqua-Sparta, lequel n'agissait lui-même que dans l'intérêt des Flamands, ennemis de Philippe le Bel.

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