Kervyn de Lettenliove, iàid., p
A quelque cause que l'on doive attribuer l'institution du jubilé et la résolution du pape de s'y montrer en ce fastueux appareil, les pompes éclatantes dont cette solennité fut l'occasion, cette affluence extraordinaire de fidèles qui semblaient venir de tous les points de la terre, les instigations intéressées du cardinal d'Acqua-Sparta et les sollicitations adroites des députés flamands, tout concourut à jeter Boniface dans une exaltation à laquelle le disposait déjà sou propre caractère et qu'il devait conserver jusqu'à la (in de son pontificat. Il se crut le maître du monde. Dans une constitution que, cette année même, il publiait touchant le droit canonique, il se donnait comme la loi vivante de l'Église et déclarait que « le pontife romain porte tous les droits dans sa poitrine '. » A l'égard des souverains séculiers, il n'imagina plus qu'aucun lui pût résister. On eut une première preuve de ces dispositions dans les mesures qu'il prit alors au sujet de la Sicile. Le roi de Naples ayant voulu traiter avec Frédéric, il le lui défendit sous peine d'anathème « et d'autres châtiments plus graves » ^, et persista, malgré ce prince, à recommencer la guerre. A défaut de Jacques d'Aragon dont la fidélité lui était devenue suspecte, il appela contre Frédéric le frère du roi de France, Charles de Valois ^ qui venait d'épouser Catherine de Courtenay, petite-fille et unique héritière de Beaudoin II '', et qui, revendiquant à ce titre des droits sur Constantinople, avait intérêt lui-même à se ménager le saint-siège '". Boni-
1. « Omnia jura in scrinio pectoris sui censetur habere. » Sext. Décret. 1. I, tit. II, 1.