Tosti, Hist. de Boniface VIII, t. II, p. 269 et suiv
5. Boniface n'avait pas reconnu André comme roi de Hongrie et le désignait par ces mots : « qui rex Ilungaria; dicitur (Raynald, anno 1»99' n° 13). »
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avait favorisé Charles Martel. Informé du couroiiiHMiit'iit do Ladislas, Bonifaco manda aussitôt à son légat en Hongrie que ce royaume était un fief de l'Eglise roinaine, (ju'au pape seul appartenait de décerner la couronne, que le fils de Venceslas n'y avait aucun droit et que l'archevêque de Colocz, en se prêtant à cette usurpation, avait commis « un acte de témérité ou plutôt un acte de folie » qu'il importail de punir. Comme s'il eût été persuadé qu'il suffisait de nolilier sa volonté pour aplanir tous 1(!S obstacles et vaincre toutes les résistances, il disait au début de sa lettre: « Le pontife romain, établi par Dieu au-dessus des rois et des royaumes, est chef s(juvcrain de la hiérarchit; dans l'Eglise militante; assis sur le trône de la justice et placé par sa dignité au-dessus de tous les mortels, il prononce ses sentences d'une âme tranquille et dissipe tous les maux par son regard K »
C'est dans cet état d'esprit que Boniface s'attaqua, non plus à des princes faibles, comme pouvaient l'être le nouveau roi de Hongrie, le roi des Romains ou le roi de Xaples, mais à un souverain qui était tout ensemble le plus puissant entre ceux de la chrétienté et ht plus jaloux de son indépendance, à Philippe le Bel. T. a querelle s'engagea à l'occasion d'un procès intenté par le monarque à Bernard Saisset, évêque de Pamici's. Ce prélat, accusé d'avoir voulu soulever le Languedoc pour le soustraire à la couronne de France et le réunir à l'Aragon, avait été arrêté par ordre du roi, traduit à sa cour et placé, comme prisonni(!r, sous la garde de l'archevê^pie de Narbonne -. Un semblable procès violait les lois de l'Eglise,
1. « Romanus pontifex, super reges et régna constitutus a Deo, in Ecclesia militanti hierarcha sumaïus existit, et, super omnes morlales obtinens principatum sedeasque in solio judicii, ciuu tranquillitate juiicat etsuo intuitu dissipât omne malum. » 17 octobre 1301. Raynald. eod. anno, n" 7. Ce ne fut que sept ans après, au mois de novembre 1308, que Gharobort, favorisi également par Clément V, fut accepté pour roi par les Hongrois. Encore eurent-ils soin de réserver leur droit d'élr'ction. disant qu'ils voulaient bien que le saint-:iiège confirmât leur choix, mais non qu'il l'imposât.
2. Bernard Saisset fut traduit devant le roi et une assemblée de barons, à Senlis, lu 14 octobre 1301. Sur le procès de l'évèque de Pamiess, voir Dupuy, Hist. du di/f'éretid, p. 621 et suiv.
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d'après lesquelles un évoque ne pouvait être jugé par les tribunaux séculiers. Avant que cette affaire fût connue à Rome, Boniface avait déjà plusieurs sujets de ressentiment contre Philippe. 11 n'avait pas vu, sans mécontentement, que ce prince eût donné asile en ses Etats à quelques-uns des Golonna fugitifs K 11 n'avait pas été moins offensé de l'alliance contractée par lui avec le roi des Romains, Albert d'Autriche, dont le saint-siège avait refusé d'approuver l'élection ^. Il savait en outre que Philippe, abusant des concessions que lui avait faites la chaire apostolique, continuait à prélever des subsides sur le clergé, sans que la situation de son royaume en parût justifier la nécessité ^ Enfin il ne cessait d'être animé contre ce prince par les députés flamands, qui avaient alors à se plaindre de l'invasion de leur pays et de la captivité de leur souverain *. L'affaire de l'évèque de Pamiers, venant s'ajouter à ces griefs, acheva d'irriter Boniface, qui résolut de sévir.
Dans les premiers jours du mois décembre 1301, plusieurs bulles partirent à la fois pour la France. Tandis que, par l'une, Boniface sommait le roi de remettre Bernard Saisset en liberté *, il lui notifiait, par une autre, que, revenant sur ses concessions antérieures, il le privait des subventions ecclésiastiques et suspendait tous les privilèges accordés jusqu'ici par le saint-siège à la couronne de France ^. A ces
1. Voir, dans Dupuy, lllst.thi diffévend, p. !S1 et gs., la huile Super Pétri solio (8 sept. 1303).