‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 214 sur 416 · Boutaric, LaFvance sous Philippe le Bel, p · texte numérisé non relu

Boutaric, LaFvance sous Philippe le Bel, p

Cette assoiiiblée, mémorable à plus d'un titre, eut lieu, le 10 avril 1302, dans l'église Notre-Dame.

Dans cette assemblée, regardée communément comme la première réunion en France des Etats généraux, un des légistes de Philippe, Pierre Flotte, porta la parole au nom du roi. Se bornant à interpréter le texte de la bulle Ausculta fût dont il eut soin de ne pas donner lecture : " On nous a remis, dit-il, des lettres du pape déclarant que nous devons lui être soumis dans le gouvernement temporel de notre royaume et que nous tenons la couronne, non de Dieu seul, ainsi qu'on l'a toujours cru, mais du siège apostolique. Conformément à cette déclaration, le pontife appelle à un concile à Rome les prélats de ce royaume, afin de réformer les abus qu'il dit avoir été introduits par nous et nos officiers dans l'administration de nos l^tats. Vous savez d'autre part comment le pape appauvrit l'Église de Franco, en conférant à son gré des bénéfices dont les revenus passent en des mains étrangères. Vous n'ignorez pas que les églises sont écrasées de demandes do décimes; que les métropolitains n'ont plus d'autorité sur leurs suflragants, ni les évoques sur leur clergé: (ju'on un mot, la cour de Home, réduisant à rien l'épiscopat, attire tout à elle, pouvoir et argent. Il importe do faire cesser ces désordres. Nous vous prions donc, comme maître et comme ami, de nous aider à défendre les libertés du royaume et celles de l'Eglise. Quant à nous, nous n'hésiterons pas, s'il le faut, à sacrifier, dans ce double but, nos ])iens, notre vie, et, au besoin, celle de nos enfants ' ».

Pliilippe connaissait l'esprit de ceux auxquels il s'adressait. En imputant au pontife le dessein de faire du royaume de Franco un fief de la cour de Rome, il réussit sans peine à émouvoir la fierté des nobles, qui se dirent prêts, de leur côté, à maintenir, au prix de leur sang, l'indépendance de

1. Ce discoiirs, dont nous ne donnons que le résumé, se trouve dans la let'.re des prélats à Buniface mentionnée ei-dessous.

la couronne, et souscrivirent une lettre collective où ils s'élevaient hautement contre les prétentions du saint-siège ^ Une lettre analogue fut présentée à la signature des députés (les villes. L'une et l'autre furent envoyées, non au pape, mais aux cardinaux, que le roi se flattait peut-être, par ce semblant de confiance, de gagner à ses intérêts. Quant aux prélats, — à qui Philippe avait fait savoir que, s'ils allaient à Rome, il les regarderait comme ses ennemis personnels, — ils adressèrent à Boniface une lettre embarrassée, où, tout en s'efforçant en apparence de ménager les deux partis, ils se décidaient en réalité pour le roi contre le pape. Ils reproduisaient insidieusement et dans tous leurs détails les plaintes formulées par le monar(|ue au sujet des exactions et des autres excès de pouvoir par lesquels la cour pontificale opprimait le clergé du royaume. Ils se disaient disposés à se rendre à Rome pour assister au concile; ils priaient toutefois Boniface de les en dispenser, de peur que leur obéissance aux ordres du saintsiège ne portât le roi à des ressentiments dont les suites ne pouvaient qu'être funestes à l'Eglise, et ils terminaient par ces mots, qui témoignaient, mieux que toute autre chose, de la situation des esprits : « C'est une rupture complète, écrivaient-ils, qui se prépare en ce moment entre le royaume et l'Église et, d'une manière générale, entre le peuple et le clergé. Déjà les laïques ne nous montrent que trop clairement leur aversion; non seulement ils méprisent les censures ecclésiastiques, de quelque part qu'elles viennent; ils nous fuient, ils nous éloignent de leurs assemblées, comme si nous étions coupables de trahison envers eux. Nous faisons donc humblement appel à votre prudence. En retirant l'injonction que vous nous avez transmise, vous agirez pour notre sûreté et vous conserverez également, entre l'Eglise et ce royaume, une union qui semble sur le point de se rompre - ».

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