Hist. dipl. t. II. p
2i LIVRE SIXIEME
Telles étaient les preuves de piété que le chef de l'Église, égaré par des principes qui semblaient en opposition avec son caractère, demandait aux souverains ou acceptait de leur zèle. Déjà, sous Innocent III, une loi analogue avait été introduite en Espagne par Pierre II, roi d'Aragon *. Dès lors le supplice du feu, qui n'avait guère été infligé aux hérétiques que dans les pays du Nord sous l'empire de coutumes que n'autorisait aucune législation précise, commença d'être appliqué, en vertu d'édits positifs, dans plusieurs parties du Midi et allait l'être bientôt dans tout l'occident de l'Europe. Ce n'est pas que Louis VIII, ni Frédéric, en publiant ces lois rigoureuses, fussent poussés par le fanatisme. Louis ne s'était porté outre les héréti(}ues du Languedoc que dans la pensée d'accroître les possessions de sa couronne, et il avait voulu sans doute témoigner, au début, de son zèle pour la foi. Quant à Frédéric, on peut d'autant moins le taxer de fanatisme, que, dans l'année où il ordonnait de brûler les hérétiques lombards, il conférait les plus grands privilèges et laissait le libre exercice de leur culte aux Sarrazins de Sicile confinés par lui dans la ville de Lucéra^. Mais, à ce moment, décidé à retarder encore son départ pour la Terre sainte, il jugeait utile de donner au pape des gages de sa piété. En même temps que l'ancienne foi s'altérait, l'hypocrisie commençait chez les princes. On peut dire aussi qu'à certains égards elle commençait dans l'Église ; car, dans tous les décrets rendus alors par elle contre les hérétiques, elle n'indiquait jamais le châtiment auquel ils devaient être soumis, laissant aux souverains temporels le soin de désigner et d'appliquer la peine. C'est ainsi qu'elle était fidèle aux doctrines de sou passé qui lui ordonnaient de rester pure de sang.