‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 23 sur 416 · J. Havet, loc cit., p · texte numérisé non relu

J. Havet, loc cit., p

2. Il est inutile de dire que, sur ce dernier point, Frédéric ne rendit aucun édit positif et que les Sarrazins n'obtinrent de continuer à pratiquer leur culte que par une tolérance de sa politique. Jus ju'à la fin du treizième siècle, où ils cessèrent de compter comme population, ils gardèrent leur religion. Hist. di.pl. Introd. p. 398. Gf. Gherricr, Ilist. ds la lulLc des papes el des empereurs, t. II, p. 26, note 1.

Ce concours intéressé que les souverains séculiers apportaient au saint-siège pour la répression de l'hérésie n'eût peut-être pas sufli à maintenir l'intégrité de la foi, si la papauté n'eût trouvé dans l'ordre des Frères prêcheurs et celui des Frères mineurs, appelés du nom général d'ordres mendiants, d'ardentes milices vouées spécialement au raffermissement de la religion. Fondés l'un et l'autre sur la fin du pontidcat d'Innocent III, ils avaient été reconnus par Honorius, le premier en 1216, le second en 12 J 9^. Celui des Frères prêcheurs, qu'avait institué le moine espagnol Dominique, avait surtout pour objet de prêcher les hérétiques et de les ramener à l'obéissance de Rome. L'ordre des Frères mineurs, établi par François d'Assise, ét&it tenu de môme au devoir de la prédication; mais, dans cette prédication, les frères devaient s'adresser aux orthodoxes non moins qu'aux hérétiques et répandre également sur tous le bienfait de la parole divine. Ce qui caractérisait ces deux ordres, ce n'était pas seulement le but dans lequel ils avaient été fondés. Sentant la force que donnait aux adversaires de l'Église le spectacle des dérèglements du clergé, Dominique avait assigné pour base à son institut la pauvreté volontaire. Les Frères prêcheurs, dans l'accomplissement de leur mission, devaient parcourir à pied, deux à deux, les villes et les villages, et, demandant leur subsistance à l'aumône, ne porter avec eux que l'Evangile de saint Matthieu et les Épîtres des Apôtres. Lorsque Dominique mourut en 1221, ses dernières paroles furent pour défendre, sous peine de la malédiction divine, qu'on introduisit dans l'ordre les possessions temporelles -. Plus encore que les Frères prêcheurs, les Frères mineurs étaient astreints à la pauvreté parfaite. Ils ne pouvaient posséder ni monastères, ni églises, ni maisons, ni terres. Il leur était ordonné

1. L'ordre des Frères prêcheurs fut reconnu par une bulle du 22 déc. 1216, et celui des Frères mineurs par une bulle du 11 juin lil'J.

2. Sur S. Dominique et les commencements de l'ordre des Frères prêcheurs, voir Annalium sacri onlinis prœdicalorum centuria prima, auctore Thoina Malvunda, 1626.

en outre de ne prêcher qu'avec l'assentiment de l'évoque dans le diocèse duquel ils se trouvaient. «Votre privilège, leur disait François d'Assise, c'est de n'avoir pas de privilège; quand lesévêques verront que vous vivez saintement et sans entreprendre sur leur autorité, ils vous prieront d'eux-mêmes de travailler avec eux au salut des âmes qui leur sont confiées. » A sa mort, qui eut lieu au mois d'octobre 1226, il recommanda à ses frères, comme Dominique avait fait aux siens, de garder la pauvreté, et il leur défendit expressément de jamais solliciter, ni pour leur œuvre, ni pour leur sûreté personnelle, aucune lettre en cour de Rome K

Dans les règles assignées à ces deux ordres, on ne saurait méconnaître des tentatives de réforme nées du sentiment des périls que traversait alors l'Église. L'un et l'autre, à des degrés divers, étaient une protestation, non seulement contre le luxe et les mœurs profanes du clergé, mais contre l'abus des privilèges qui brisait toute hiérarchie, contre l'oubli où semblait tombé l'enseignement des divines Ecritures. Les hommes pieux de ce temps ne s'y trompèrent pas. L'institut des Frères mineurs surtout fut, au début, exalté par eux comme un retour à la pauvreté et à l'humilité de la primitive Église, comme un effort vers une vie de perfection que depuis longtemps on ne connaissait plus -. Si l'on considère qu'à la mort de Dominique, en 1221, il y avait déjà soixante communautés de son ordre répandues en Europe, et qu'au premier chapitre général que tint François d'Assise, en 1219, étaient réunis plus de cinq mille Frères mineurs ^. on voit combien, en dépit de tant de germes funestes qui tendaient à la corrompre, l'Église possédait encore en elle-même d'éléments de vitalité. Mais ni François d'Assise, ni Dominique ne semblèrent

1. Wadding. Annal, minor. Anno 1226, t. I, p. 352. Pour les publications parues en ces derniers temps sur saint François d'Assise, voy. Revue historique, mai-juin, 1892, p. 133-135.

2. Yoy. ce qu'en dit Jacques de Vitry dans ses Lettres inédites, Méni. de l'Acad. de Belgique, t. XXIII, 1849.

Page 1