Il fut couronné à Rome le 27 octobre
nouveau pontife, voudrait venger Boniface, et que le soin de la dignité comme do l'autorité du saint-siège le conduirait à des actes de rigueur. Il n'en fut rien. Fils d'un humble notaire de Trévise, Benoît était par caractère, autant que parla médiocrité de sa naissance, porté à la modération. Peut-être craignait-il de se voir traité comme Boniface, s'il en imitait les sévérités. Peut-être aussi, plus clairvoyant que son prédécesseur, se rendait-il compte que Boniface, entraîné par l'idée qu'il se faisait de son pouvoir, avait dépassé la mesure, et que, dans l'état des esprits, le saint-siège devait observer plus de ménagements envers les princes. A peine en possession de la chaire apostolique, il annonça le dessein d'arrêter les scandales et de rétablir l'union entre l'Eglise romaine et le royaume de France. Averti des intentions de Benoît, Xogaret, (jui s'était approché de Rome avec la pensée hardie de requérir du pape la convocation d'un concile général pour y condamner la mémoire de Boniface, se hâta de quitter l'Italie et alla instruire Philippe le Bel du changement survenu dans les dispositions de la cour pontificale K Avant que Nogaret se fût éloigné de l'Italie, Benoît était entré de lui-même dans la voie des concessions. Il avait absous les deux cardinaux Pierre et Jacques Golonna des sentences qui les avaient frappés et les avait réintégrés dans leurs biens. Il no leur remlit toutefois ni leurs bénéfices, ni la dignité de cardinal, et il défendit la reconstruction de la ville de Palestrine '.A l'égard de Philippe le Bel, tout disposé qu'il fût à se montrer indulgent, il attendit que ce monarque fît les premiers pas et jusque-là s'abstint de lui notifier, selon l'usage, son élévation au saint-siège ^ Le roi, craignant sans
1. Il joignit le roi à Béziers, vers le 10 février 1304. Dupuy, Hlst. du différend, p. 249, 314. Gf.Renan, (Étude sur Nogaret) Hist. litlér.\). 204-263.
2. 23 décembre 1303. Reg. de Benoit XI, w 1135, éd. Grandj'.aii, Thorin, Paris, 1883.
3. D'après une bulle, aujourd'hui perdue, et qui se trouvait en original au Trésor des Chartes, à Paris, c'est seulement le 29 mars 1304 que Benoit notifia à Philippe son av(Miement au pontificat, quatre jours après avoir
doute que cotte abstention ne fût considérée par ses sujets comme la confirmation des anathcmes de Bonifaco, lui envoya des députés, (jui arrivèrent à Rome dans la seconde quinzaine de mars 1304. Ces députés, auxquels il ne s'était pas fait scrupule d'adjoindre Xogaret, étaient chargés de négocier une réconciliation « sous la réserve des droits du roi et du royaume K » Dans une lettre que Philippe adressait alors au pape et oii il le félicitait de son avénonnmt : « C'est [)0ur nous une véritalde joie, écrivait-il, de voir sur la chaire de saint Pierre un homme dont la réputation de vertu est venue jusqu'à nous, qu'on regarde comme un miroir de sainteté et qu'on dit attaché uniquement au bien de l'Église et delà religion ^ » Le pontife accueillit avec bienveillance les envoyés de Philippe, à l'exception de Xogaret qu'il refusa de recevoir. Non seulement il n'exigea du monarque aucune satisfaction sur le passé ; mais, en présence des députés et sans que ce prince en eût fait la demande ^, il déclara le relever de toutes les censures qui avaient pu être prononcées contre lui ^. Pour dissimuler cet acte de faiblesse, il écrivit à Philippe qu'en lui donnant ces marques de bienveillance, il avait été guidé par l'esprit de charité. « Ne sommes-nous pas le vicaire de Celui qui a proposé l'exemple de cet homme dont la maison était préparée pour un festin, et qui disait à ses serviteurs : Allez par les chemins et forcez d'entrer tous ceux que vous rencontrerez, afin que ma maison soit pleine. Nous avons aussi accompli la paralxde du bon pasteur qui court après la brebis égarée et la rapporte sur ses épaules. Combien ne voudrions-nous pas ramener au bercail une ouaille aussi grande, aussi noble, aussi illustre (jue vous ^ »
levé les censures encourues par ce prince. Boutaric, La France sons Philippe le Bel. p. 121, note 3.
1. Les pouvoirs donnés par le roi à ses envoyés sont datés de Nîmes le 21 février 1301. Dupuy, Hist. du différend, p. 224.