‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 228 sur 416 · Rcg. de Benoît XI, n" 127G · texte numérisé non relu

Rcg. de Benoît XI, n" 127G

Philippe le Bel. Mais ce prince n'avait aucun intérêt à la disparition d'un pontife dont les sentiments envers lui ne s'étaient manifestés que par des actes de clémence. Le fait d'une mort violente n'est pas d'ailleurs avéré ; et, s'il' y a eu crime, on a lieu de croire que ce n'est pas même sur Nogaret, mais sur Sciarra Golonna ou Rinaldo de Supino, que doivent peser les soupçons '.

Si court qu'eût été le pontificat de Benoît XI, il avait amené un certain apaisement dans les rapports du saint-siège et de la France. Cet apaisement avait suffi pour favoriser au sein du sacré collège le retour de ces rivalités dont il avait donné si souvent le déplorable exemple, et une année devait s'écoulor avant qu'un autre pape fût élu. On voit ainsi combien inutilement figurait dans le corps du droit canon la constitution de Grégoire X qu'y avait insérée Boniface. Toutefois la cause de ce nouvel interrègne n'était pas uniquement dans les ambitions jalouses de ceux des cardinaux qui se disputaient la tiare. Plusieurs parmi eux avaient désapprouvé l'indulgence de Benoît à l'égard de Philippe et voulaient un pontife qui fût décidé à exiger les réparations dues à la fois au saint-siège et à la mémoire de Boniface; les autres, tout en condamnant l'attentat d'Anagni, demandaient que l'on continuât à user de ménagement envers le roi de France, de peur de le pousser à de nouvelles violences. Le sacré collège, qui s'était alors réuni en conclave à Pérouse, se trouva ainsi divisé en deux partis, celui des Bonifaciens ou, comme on disait, des Italiens et celui des Français; et tel était le désaccord, qu'à peine rassemblés les cardinaux se séparèrent, pour ne reprendre que plus tard leurs délibérations et se séparer de nouveau'-.

1. Renan, Étude sur Nogaret, Hist. litlér. t. XXVII, p. ili, 272. — Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 122.

2. Raynald. auno 130o, n» 1, semble dire que, durant toute la vacance du saint-siège, les cardinaux furent étroitement renfermés. Mais, outre qu'une aussi longue réclusion, dans les conditions où l'avait prescrite Grégoire X, est impo.ssiljle ù admettre, Ferreto de Vicence, qui écrivait vers 1330, dit

La vacance durait déjà depuis neuf mois, lorsque se présentèrent à Pérouse des ambassadeurs de Philippe, qui venaient, disaient-ils, hâter l'élection « pour le bien général de l'Église ^ )) Ce monarque était trop intéressé aux résolutions du conclave pour y deiueurer étranger, et des contemporains dignes de foi assurent que l'or du roi de France influa sur l'issue des débats '. L'arrivée des ambassadeurs eut du moins pour effet d'amener les cardinaux à un compromis. On convint que le pape serait pris hors du sacré collège et que le parti italien désignerait trois archevêques transalpins, parmi lesquels le parti français serait obligé de choisir. De ce compromis sortit l'élection de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, que les Italiens avaient proposé d'abord. C'était l'un des prélats français qui, bravant les menaces de Philippe, s'étaient rendus en 1.302 au concile convoqué à Rome par Boniface. Il est vrai que, la Guyenne appartenant alors à l'Angleterre, il n'était pas sujet direct de Philippe. Mais il était rentré depuis dans les bonnes grâces du roi, avec lequel divers chroniqueurs affirment même qu'il avait de longue date des relations d'amitié. Par ce double fait qu'il avait paru soutenir Boniface contre Philippe et que néanmoins il était bien vu du roi de France, l'un et l'autre parti pouvaient jusqu'à un certain point le regarder comme leur allié ^

positivement que les cardinaux, ne pouvant s'entendi'e au début, « sedes suas petivere » ; et plus loin il ajoute que s'étant réunis de nouveau, « discordes abiere. » Murât, rer. ital. t IX, p. 1014.

1. « Pro bono statu ecclesise universalis. » Dupuy, Hist. du différend, p. 217. Ces ambassadeurs arrivèrent à Pérouse vers le milieu d'avril 1305.

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