Boutaric, ibid., p. 33, 3G
3. Voir la lettre du pape, déjà mentionnée, du 27 octobre 1307.
gagea à garder fidèlement leurs biens en vue de l'œuvre de la Terr^^ sainte'. Mais, en même temps, il intimida Clément par des procédés analogues à ceux dont il s'était servi contre Boniface. A deux reprises, une prétendue Requête du peuple de France, rédigée par ses légistes, fut répandue dans le public, sommant Clément, au nom de la foi, de supprimer l'ordre des Templiers, lui reprochant son népotisme, ses exactions, le menaçant de la colère du peuple et demandant au roi qu'il se fît, à la place du pape, le défenseur de la religion et imitât la conduite de Moïse, qui, sans la permission du grand prêtre Aaron, avait fait mettre à mort vingt-deux mille hommes « pour l'exemple d'Israël -. »
Le rôle proposé ici au roi était un nouvel indice de l'influence prépondérante que prenait la société laïque. Philippe no se borna pas à ce moyen d'intimidation. Par une circulaire, où il dénonçait comme étant de notoriété publique les crimes imputés aux Templiers ^ il convoqua à Tours, pour le mois de mai 1308, les Etats généraux, afin d'aviser avec eux, disait-il, à sauver la foi menacée. L'assemblée, gagnée d'avance à sa politique ou trompée par de fausses informations, jugea les Templiers coupables et déclara qu'ils méritaient la mort. Fort de cette décision, Philippe se rendit, avec un grand nombre de députés, auprès du pape à Poitiers et fit appel à sa sévérité. Clément n'osa résister. Il permit au roi de garder, au nom du saint-siège, les personnes et les biens des Templiers, restitua les pouvoirs aux inquisiteurs, autorisa la continuation du procès "*, et, se disant à son tour convaincu par ses propres informations de la culpabilité des Templiers, ordonna, par une bulle du mois d'août de la même année, de
1. AfiQ d'écarter toute apparence de confiscation à son profit, il nomma, pour régir ces biens, des administrateurs particuliers autres que des officiers royaux.
2. Ces deux requêtes ont été publiées par Boutaric, Clément V, etc., p. 39-41.
3. 25 mars 1308. Net. et extr. mss. t. XX. 2« part. p. 163-163.
4. Voir, dans Boutaric, ibid., etc. p. 45-52, les lettres ou notes échangéeis à ce sujet entre le roi et le pape.
les arrêter par toute la catholicité et de saisir leurs biens ^ Il porta la faiblesse jusqu'à reconnaître que Philippe avait agi dans le seul intérêt de l'Église et fit l'éloge do son zèle-. Il se réserva toulofois de statuer sur le sort de l'ordre et, à cet effet, annonça l'intention de réunir dans deux ans, à Vienne, un concile général, pour lequel des lettres de convocation furent aussitôt envoyées aux princes et aux évoques ^. En désignant pour le lieu du concile une ville qui n'appartenait pas à la couronne de France, Clément se flattait sans doute d'être plus libre dans les décisions à prendre au sujet des Templiers *. Malgré sa docilité, il commençait à être las des exigences de Philippe, et le séjour du royaume, en raison du voisinage de ce prince, lui était devenu insupportable. Attribuant à ce redoutable voisinage la dépendance dont il sentait le fardeau et qui venait de son caractère plus encore que de ses imprudents engagements, il résolut de choisir une résidence où il se vît moins à la merci du roi. Il ne paraît pas qu'il ait eu la pensée de ramener la cour pontificale à Rome, troublée plus que jamais par les luttes intestines, et où, dans ce temps môme, le parti des Orsini et celui des Colonna se livraient une guerre opiniâtre ^ Peut-être n'eùt-il osé se séparer aussi ouvertement de Philippe. C'est alors qu'il songea à la cité d'Avignon. Outre qu'elle appartenait aux comtes de Provence, petits souverains moins gênants que le roi de France, elle était enclavée dans le comtat Venaissin, qui, en 1274, avait été cédé en toute souveraineté au saint-siège par Philippe le Hardi. Rien n'indique, au reste, que Clément ait considéré cette ville comme devant être pour longtemps la résidence de la papauté, ni même qu'il ait pensé à