‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 242 sur 416 · Dupuy, Hist. du différend, p · texte numérisé non relu

Dupuy, Hist. du différend, p

pontificale, mais pour aller à Rome, en Lombardie, en Toscane, en Gampanie, interroger ceux que l'âge ou la maladie empêcherait de se transporter à Avignon K Les débats durèrent plus d'une année. Ce fut Nogaret qui en réalité dirigea l'accusation. Bien que lié par l'excomniunication, il comparut devant le pape, d'après le principe établi par l'Église ellemême que toute personne, fùt-elle notée d'infamie, était admise à déposer en matière d'hérésie. Il rédigea des mémoires, produisit des témoins et apporta d'autant plus d'audace dans cette poursuite que de la condamnation de Boniface dépendait sa propre absolution. De nouveau on flétrit la conduite de Boniface ; de nouveau l'on contesta ses croyances et l'on diffama ses mœurs. Les imputations dont on chargea sa mémoire étaient de telle nature, qu'elles ne pouvaient provenir que de témoins subornés. On le représentait non pas seulement comme hérétique, mais comme dépourvu de toute religion. Des ecclésiastiques même affirmèrent sous serment lui avoir entendu dire que la religion des Chrétiens ne valait pas mieux que celle des autres peuples; que, pour lui, il ne croyait « ni à l'ânesse ni à l'ânon » ; qu'il n'y avait pas d'autre vie que la vie présente, et que l'idée d'une existence future ne pouvait être admise que par les gens simples et ignorants. On ne se borna pas à lui reprocher, ainsi qu'on l'avait déjà fait, la mort de Célestin ; on l'accusa d'avoir ordonné celle de plusieurs religieux, qui avaient dit que l'abdication de Célestin était contraire aux canons. Les vices les plus honteux lui furent encore une fois imputés, et l'on ne craignit pas d'assimiler la maison du Père dos fidèles à Sodome et à Gomorrhe. En un mot, tout ce que des imaginations perverses pouvaient inventer de tur[iitudes et de crimes fut étalé dans ce procès, aussi déshonorant pour le souverain qui l'avait provoqué que pour le pontife qui avait consenti à l'instruire '.

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