‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 249 sur 416 · Raynald. anno 1310, n · texte numérisé non relu

Raynald. anno 1310, n

La Cour de Rome. — T. IL 23

quentes : « Ah! Italie esclave, habitation de douleur, vaisseau sans nocher dans une affreuse tempête, toi qui fus la souveraine des peuples, qu'es-tu devenue? Aujourd'hui une guerre implacable divise les habitants de tes contrées, et ceux que les mômes murailles protègent se dévorent les uns les autres. Cherche, infortunée, cherche autour de tes rivages, et vois si dans ton sein il est mie seule de tes provinces qui jouisse des bienfaits de la paix! ^» Tels étaient les funestes désordres qu'avaient produits les longues guerres du sacerdoce et de l'Empire. C'était vainement que les papes avaient, à diverses reprises, tenté de mettre un terme à ces violences, et les hommes généreux qui, comme Dante, plaçaient le bien commun des peuples au-dessus du triomphe des partis, n'espéraient plus que des empereurs la réalisation de leurs vœux. Lui-même, de guelfe qu'il avait été d'abord, avait été entraîné, au spectacle de tant de maux que l'Église était impuissante à guérir, à se faire gibelin. Il reprochait comme un crime aux deux derniers empereurs de s'être montrés insensibles aux souffrances de l'Italie, et, s'adressant dans son poème à Henri de Luxembourg : « Hâte-toi, lui disait-il; viens délivrer tes fidèles de l'oppression sous laquelle ils gémissent, viens voir ta ville de Rome, veuve et délaissée, qui pleure, qui t'appelle nuit et jour et s'écrie : 0 mon César, pourquoi m'as-tu abandonnée -? »

Les vœux de l'auteur de la Divme Comédie semblèrent d'abord au moment d'être exaucés. La plupart des villes de la Haute Italie envoyèrent des députés à Henri, qui, nommant pour chacune d'elles des vicaires impériaux et distribuant les dignités et les fiefs, chercha à réconcilier les partis, à dissiper les haines, et ce fut comme en triomphe qu'il alla, conformément aux traditions, recevoir à Milan la couronne des anciens rois lombards ^ Mais les rivalités ne tardèrent

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