Il y arriva le 2 octobre
4. Christophe, Hist. de la papauté au xiv siècle, t. I, p. 291,
ronne de France. Ce fut le seul que Jean réalisa. A peine établi dans Avignon, il fit une promotion de huit cardinaux dont sept étaient français \ et auxquels bientôt il en ajouta sept autres de la môme nation ^. Ce serait néanmoins une erreur do croire que, par le fait de sa translation en deçà des Alpes, le saint-siège fût tombé, comme on l'a dit, dans la sujétion des rois de France. L'exemple de Philippe le Bel, frappant de loin Boniface VIII, n'avait-il pas prouvé qu'en quelque lieu que résidât le ciief de l'Eglise, un prince audacieux et puissant était capable de l'y atteindre? L'indépendance de la papauté, ainsi qu'en témoignait tout le cours de son histoire, ne tenait pas au lieu où elle habitait, mais au sentiment (pi'elle avait de sa mission et au respect que, parce sentiment même, elle savait imprimer dans l'esprit des peuples. Ce qui est vrai, c'est que se sentant alors affaiblie en Europe, n'espérant presque plus rien de l'Italie, qu'elle était impuissante à dominer, ni de l'Allemagne qu'elle avait abattue, elle ménagea dans la France le seul État dont elle pût obtenir, au besoin, une protection efficace. Mais cela môme la conduisant à se faire l'alliée de ses rois, à servir leurs desseins, à remplir le sacré collège de cardinaux français ^, tandis qu'il était dans les traditions que toutes les nations y fussent représentées, elle ne tarda pas à devenir française par sa politique, ainsi que, depuis Clément V, elle l'était par ses origines ; au lieu d'être comme jadis une institution eu-
1. 17 décembre 1216. Le huitième de ces cardinaux était italien.
2. Cette seconde promotion de cardinaux eut lieu le 19 décemJjre 1320.
3. En décembre 1327, Jean fit une troisième promotion de dix cardinaux, dont six français. Au mois de mai 1331, Jean écrivait à Philippe VI de Valois qui lui avait demandé de nommer deux nouveaux cardinaux français : « Gircumspectionem regiam volumus non latere quod jam xx cardinales, de quibus xvii (lisez xiii) de regno Francité originem traxisse noscuntur, existant in collegio. m Raynald anno 1331, n° 33. Cf. Baluze, Vitâe, t. I, p. 736. Il n'est pas sans intérêt do noter que déjà depuis longtemps le sacré collège ne comptait plus de cardinaux allemands. lA partir du pontificat d'Honorius III, sous lequel on trouve encore deux cardinaux de cette nation, Conrad d'Urach et Olivier de Paderbon, il n'y en eut plus jusqu'à l'époque du grand schisme en 1379, où Urbain VI, répudié par la France, appela quelques allemands à la dignité de cardinal.
ropéenno, elle no parut plus désormais qu'une institution au service de la France, et, en dépouillant cette universalité qui avait été l'un de ses caractères, elle se diminua encore aux yeux du monde.
Ce ne fut toutefois que pou à pou que le saint-siège se vit entraîné ainsi dans l'orbite do la France. Aucun des engagements qu'avait pris Clément V ne pesait sur Jean XXII, et, à considérer les premiers actes de ce pontife, on eût dit que la papauté n'avait rien perdu de son autorité, non plus que de ses idées de domination. Dès l'année de son avènement, il envoya de tous côtés des légats, soit pour s'interposer dans les querelles qui divisaient alors la plupart des princes, soit pour revendiquer les droits du saint-siège là où ils étaient méconnus. Frédéric de Sicile, qui s'était allié avec Henri de Luxembourg, s'étant peu avant la mort do ce monarque emparé de la Calabre, Jean le somma de restituer cette province au roi de Naples, le menaçant, en cas de désobéissance, de le frapper d'excommunication et de mettre ses Etats en interdit ^ Il menaça de môme des foudres apostoliques le nouveau roi d'Ecosse, Robert Bruce, qui défendait contre le roi d'Angleterre, Edouard II, une couronne récemment conquise par les armes; et, signifiant à ce prince que ses droits à une souveraineté indépendante n'avaient pas été consacrés par le saint-siège, il lui refusait le nom de roi ^. A Edouard II il rappelait que son royaume était devenu, depuis Innocent III, un fief de l'Eglise romaine, et il exigeait de lui, à ce titre, un serment de vassalité que ni lui ni son père, disait-il, n'avaient prêté ^. Il mandait également à Louis do Bavière et à Frédéric d'Autricbe de mettre fin à leurs discordes,, et, les qualifiant l'un et l'autre de « roi élu dos Romains, » leur faisait entendre par cela même que, tant que l'élection de l'un d'eux n'aurait pas reçu l'approbation pontificale, il considérait