UisL lillér. t. XXIII. p. 414, 413; t. XXV, p. xxxi
ta piété, c'est par la dépravation des hommes que tu es endn parvenue, selon tes désirs, à régner sur le monde M »
Par une malheureuse tendance, à mesure que la cour de Rome se voyait plus attaquée, elle cherchait sa force dans de nouvelles sévérités. Il ne lui suffisait plus de sauvegarder par de rigoureuses pénalités l'intégrité de la foi, à laquelle elle sentait qu'était liée sa puissance; elle avait recours à des moyens analogues pour se protéger elle-même. Le cardinal de Saint-Ange, avant de présider le concile de Bourges, ayant passé par Paris où il avait été en butte aux insultes des écoliers de l'Université, le pape rendit une constitution pour la sûreté de ses cardinaux, constitution qui rappelait par certains côtés les mesures prises contre les hérétiques. Aux termes de ce décret, tout individu coupable de violence envers un membre du sacré collège était noté d'infamie, déclaré ennemi public, privé de tous droits spirituels ou temporels, puni jusque dans ses descendants qui ne pourraient prétendre à aucune dignité ecclésiastique ou séculière, et enfin excommunié sans pouvoir être relevé de l'excommunication que par le pape lui-même. Encore l'absolution ne pouvait-elle être accordée au coupable qu'après qu'il aurait été fustigé publiquement et à la condition qu'il se rendrait en Terre sainte pour y faire au moins trois ans de pénitence. Ceux qui auraient insulté des clercs ou des religieux de la maison du pape ou de celle des cardinaux devaient être châtiés à proportion. Que si la violence faite à un cardinal avait eu des suites mortelles, le meurtrier devait être soumis à une peine telle « qu'elle lui fût plus cruelle que la mort. » Enfin tout
1. « Habes quod semper sitisti; décanta canticum, quia per malitiam hominum, non per religionem tuam, orbem Yicisti. » Burchardi et Conradi Urspergens. chron. Pertz, ss., t. XXIII, p. 367. Il est assez difficile de préciser dans cette chronique où finit la rédaction de Burchard et où commence celle de son continuateur Conrad. Mais Burchard étant mort en 1226 et la main de son continuateur n'apparaissant d'une manière manifeste que quelques pages après le passage dont il s'agit, nous ne croyons pas nous éloigner beaucoup de la vérité dans la date que nous donnons à ce passage. Voir dans Pertz la préface qui précède cette chronique.
prince, seigneur ou magistrat, qui ne ferait pas exécuter cette constitution, serait excommunié, et, au besoin, la ville, lieu du crime, serait mise en interdit '. Une telle disproportion entre le châtiment et l'acte qu'on prétendait punir ne devait-elle pas suffire, aux yeux des hommes pieux, à décrier la cour de Rome?
Cependant de graves événements se préparaient en Italie. Selon ce qui avait été décidé au congrès de Ferentino, Frédéric, au mois de novembre 1225, avait épousé Yolande, que des galères siciliennes étaient allées chercher à Saint-Jean d'Acre 2. Au titre d'empereur des Romains et de roi de Sicile il avait ajouté dès lors celui de roi de Jérusalem ^, malgré les réclamations de Jean de Brienne qu'il avait obligé à résigner ses droits et à qui le pape, en compensation, donna le gouvernement de l'État ecclésiastique, "*. Ce mariage contracté par Frédéric, ce titre môme qu'il s'était attribué semblaient un signe non équivoque de ses dispositions à exécuter ses engagements au sujet de la Terre sainte. Mais, bien que son ambition, et non plus seulement sa piété, fût intéressée à la guerre contre les Infidèles, il nourrissait d'autres projets. Ces projets, qui l'avaient porté à solliciter du pape un nouveau délai pour son expédition outre-mer, se rattachaient à la politique qu'il avait suivie jusqu'ici avec autant d'habileté que de persévérance. Comme son père Henri VI et son aïeul Barberousse, il aspirait secrètement à la domination de l'Italie, et étant, par goût comme par éducation, plus italien qu'allemand, peut-être avait- il déjà la pensée, qu'il devait plus tard laisser paraître, de fixer dans la péninsule le siège de sa puissance. Procédant avec lenteur et mettant dans ses entreprises
1. Cette bulle, datée du 20 novembre 1223, est tout entière dans Raynald. anno 1225, n°^ 50-34.