‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 25 sur 416 · Rog. de Wendov. anno · texte numérisé non relu

Rog. de Wendov. anno

véhémente satire, qui était lue avidement en France \ et dans laquelle il dénonçait leur cupidité, leurs exactions, leur faste, leur reprochant de mettre à l'enchère les grâces et les titres spirituels dont ils avaient le droit de disposer, et d'ouvrir comme un marché profane où ils trafiquaient du Saint- Esprit. Il ne craignait pas d'affirmer que là était la véritable cause de l'hérésie qui avait infesté le midi de la France. Parlant des cardinaux et nommément du cardinal Galon : (( Quelle misère et quelle honte, s'écriait-il, que la dignité et la sainteté du siège apostolique soient déshonorées par des ministres si pervers et si impudents ^! » La perte de Damiette donnait lieu, dans le même temps, à un écrit intitulé La complainte de Jérusalem, cri éloquent d'une âme chrétienne, ardente pour la croisade, mais animée d'une pieuse colère contre l'épiscopat et la cour de Rome; et, par une particularité digne de remarque, comme si l'auteur n'eût espéré de ce côté aucun effort réparateur, il appelait de ses vœux un prince, un Charles Martel, assez fort tout à la fois pour reconquérir les Lieux saints et réformer l'Eglise ^ Mais c'était surtout contre la cour pontificale que les attaques étaient le plus violentes. « Il n'est plus aucun évêché, aucune dignité ecclésiastique, ni même un simple office de paroisse, — écrivait, sur la fin de l'année 1225, Burchard, prévôt d'Ursperg, — qui ne devienne l'objet d'un procès à Rome, et malheur à celui qui y arrive les mains vides! Réjouis-toi, Rome, notre mère, des iniquités de tes fils, et sois lieureuse de leurs infernales discordes qui font affluer vers toi l'or et l'argent de toute la terre. Chante un cantique d'allégresse; car tu possèdes enfin cet empire que tu avais toujours convoité. Ce n'est pas par

1. Le succès de ce poème, appelé par son auteur Girapir/ra ad purgandos prœlatos, est attesté par Guillaume Le Breton dans les derniers vers de sa Philippide. Voy. sur ce poème Hist. llttér. t. XXI, p. 333-362.

2. « O quam damnosum, quam mundo flagitiosum Quod solemnis apostolicse reverentia sedis Tarn nequam et pravis est diffamata ministris! »

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