‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 264 sur 416 · Hist. littér. t. XXVIII, p · texte numérisé non relu

Hist. littér. t. XXVIII, p

3. Voy. dans Raynald. anno 1316, n" 6-9, les lettres où il notifie son élection.

élection, l'AngleteiTe et l'Ecosse en armes, les rois de Xaples et de Sicile toujours prêts à en venir aux mains : « Il n'y a pas jusqu'au roi d'Arménie, ajoutait-il, qui no soit lui-même en hostilité avec le roi de Chypre. Vous n'ignorez pas que les princes chrétiens d'Espagne sont, de leur coté, en lutte contre les Maures. Enfin, en Lombardie, non seulement toutes les villes sont soulevées les unes contre les autres.; mais chacune d'elles a la guerre dans son sein, et les tyrans qui régnent sur cette contrée ne se font obéir que par le fer et le feu. Vous jugez par là combien peu les circonstances présentes sont favorables à une croisade. Que si néanmoins vous persistez dans votre dessein, consultez les barons de votre royaume, mesurez vos forces et vos ressources et ne vous engagez pas, comme on l'a fait avant vous, dans une entreprise impossible K » C'était la première fois que le chef de l'Eglise détournait ouvertement un souverain de l'expédition de Terre sainte. Rien ne montrait mieux à quel point était éteinte l'antique ferveur des croisades.

Cet état de déchirement que présentait la société laïque, image anticipée des troubles plus profonds par lesquels allait bientôt passer une partie de l'Occident, était également, sous d'autres formes, celui delà société religieuse. Il semblait que, par une sorte de contagion, elle commençât elle-même à se désorganiser. Jean n'était pas encore depuis un an en possession du saint-siège, qu'un complot, dont les causes sont demeurées obscures, se formait, dans l'entourage du pape, contre sa vie et celle de quelques-uns des cardinaux. C'était à l'aide de procédés magiques et de breuvages empoisonnés que les conjurés avaient tenté d'exécuter leur dessein. Jean, tout instruit qu'il était, croyait à l'effet de ces maléfices, ainsi que l'attestent plusieurs lettres qu'il écrivait alors et dans lesquelles il remerciait Dieu de l'avoir préservé de la mort^ Par son ordre, trois des coupables, parmi lesquels était son

1.29 novembre 1318. Raynald. anno 1319, n" 17, 18. 2. Voir ces lettres dans Raynald. anno 1317, no» 52, 53.

propre médecin, furent mis à la torture. Un châtiment plus terrible fut infligé à Hugues Géraud, évoque de Gahors, accusé d'avoir pris part à cette conspiration. Déposé de sa dignité et destitué de la prêtrise, il fut condamné d'abord à une détention perpétuelle. Mais cette peine ne paraissant pas proportionnée à son crime, on le tira de sa prison, on l'écorcha vif, et, après l'avoir traîné en cet état par les rues d'Avignon, on le livra aux flammes. Encore voulut-on perpétuer, avec le souvenir du crime, celui du châtiment; et, au faîte do la tour du palais qu'avait habité le malheureux prélat, on plaça le glaive dont le bourreau s'était servi pour son supplice ^

Comment eût-on pu croire à la sainteté d'un pouvoir (jui, pour punir la tentative ou peut-être la seule apparence d'un crime, descendait à tontes les cruautés des gouvernements profanes ? Ce prétendu complot était à peine étouil'é, que Jean se voyait en butte à des attaques d'une autre sorte. Los Franciscains schismatiques, autrement dits les Spirituels, que Gli'ment V par un décret rendu au concile de Vienne avait voulu ramener à la règle commune, loin de se soumettre à ce décret, avaient pris, à la faveur de la dernière vacance pontificale, une plus grande indépendance. Répandus en Pi'ovence, en Toscane, en Sicile, séparés ouvertement des autres Frères mineurs, dont ils se distinguaient par la forme de leur vêtement et auxquels ils reprochaient de ne pas observer, conformément aux statuts, la pauvreté évangéliquc, ces religieux avaient fini par constituer un ordre, nommé un supérieur général et fondé des couvents. S'élevant contre les vices de la cour de Rume et ceux du clergé, ils prétendaient représenter l'Eglise selon l'esprit, tandis que celle à laquelle présidaient le pape et les évêques était, disaient ils, une Église charnelle et corrompue et par cela même sans véritable autorité-. Emanées de l'ordre considérable des Frères mineurs,

i. Baluze, Vifse, t. I, p. 187, 737, 827. Cf. RaynaM. anno 1317, n« 51. — Christophe, Hist. de la papauté au ^im" siècle, t. F, p. 2!)2.

2. Dans la bulle, que nous citons ci-après et où l'on trouve des renseij^nements détaillés sur les Spirituels, le pape, parlant de leurs erreurs, dit :

ces attaques, dont tant de sectes avant eux avaient donné l'exemple, offraient une gravité qui ne pouvait échapper au pontife. Au mois de janvier 1318, il publia une bulle où, flétrissant des doctrines qu'il qualifiait d'hérétiques, il enjoignait à ces religieux de rentrer dans la communauté dont ils s'étaient séparés, sous peine de se voir livrés de force à leurs supérieurs légitimes pour subir le châtiment dû à leurs fautes ^ Quelques-uns obéirent; d'autres allèrent en Sicile augmenter le nombre de ceux qui trouvaient auprès du roi Frédéric, peu favorable au saint-siège, un refuge presque assuré. Vingt-cinq Spirituels de la province de Narbonnc, qui avaient déclaré, au mépris de la bulle pontificale, vouloir rester fidèles à la règle qu'ils s'étaient imposée, se virent traduits devant le tribunal de l'inquisition à Marseille. Vainement on leur représenta que les règles des religieux, ne recevant leur force que de la sanction du saint-siège, ne pouvaient subsister sans son approbation. Vingt-et-un furent condamnés à une prison perpétuelle. Quant aux quatre derniers, qui s'étaient montrés plus que les autres attachés à leurs doctrines, ils furent, en présence de tout le clergé de la ville, dépouillés des marques de la cléricature, puis livrés au bras séculier et conduits au bûcher, où ils expièrent leur désir d'une vie plus conforme à l'Evangile et leurs attaques contre le pape^.

Ainsi, après avoir brûlé un évêque, on brûlait des religieux. Si l'on excepte les actes de fanatisme commis autrefois par un Conrad de Marbourg, on n'avait jusqu'ici condamné au bûcher que des laïques ou des hommes que l'Eglise avait quelque

« Primus error, qui de istorum officina tenebrosa prorumpit, duas fingit ecclesias ; unam carnalem divitiis pressam, effluentem delitiis, sceleribus maculatam, cui romanum prsesulem aliosque inferiores prœlatos dominari asserunt ; aliam spiritualem, frugalitate mundam, virtute decoram, paupertate succinctam, in qua ipsi soli eorumque complices continentur... Secunduserror... venerabiles ecclesiae sacerdotes aliosque ministros sic jurisdictionis et ordinis liamitat auctoritate désertes, ut nec sententias ferre, nec sacramenta conficere, nec subjectum populum valeant instruere veldocere. »

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