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subtile qu'avait consacrée, un demi-siècle auparavant, une JjuUo Je Nicolas III '. Ce fut sur ces idées que s'engagea la querelle. Un fraticelle, mandé devant le tribunal de l'inquisition à Narbonne et interrogé sur les erreurs que lui et les siens étaient accusés de propager, avait soutenu, en présence des juges, que Jésus-Clirist et les apôtres n'avaient jamais rien possédé par droit de propriété. Cette proposition ayant été condamnée comme bérétique, un franciscain conventuel, qui assistait à l'interrogatoire, déclara qu'elle était au contraire parfaitement ortliodoxe. Mis en demeure de se rétracter, il refusa d'obéir, appela au saint-siège de la violence qu'on voulait faire à sa foi et se rendit à Avignon, où il saisit de ce différend la cour pontificale ^
Les Frères mineurs tenaient à ce moment à Pérouse leur cbapitre général sous la présidence de Micbel de Césène, qu'assistaient plusieurs provinciaux et d'autres supérieurs et docteurs de l'ordre. Informé de cet incident, Michel de Césène porta la question devant l'assemblée. On décida tout d'une voix que c'était une proposition « saine et catholique » de dire que « Jésus-Christ, montrant le chemin de la perfection, et les apôtres, y marchant après lui pour l'enseigner au monde, n'avaient rien eu par droit de propriété, ni en particulier ni en commun. » Cette décision fut consignée dans un acte que souscrivirent Michel de Césène et neuf provinciaux de l'ordre, parmi lesquels était l'anglais Guillaume Ockam, le môme qui, dans la lutte entre Boniface VIII et Philippe le Bel, avait pris parti pour le roi contre le saint-siège ^ Cet acte était daté du ojuin 1322. L'assemblée ne s'en tint pas là. Non contents de trancher ainsi une question d'orthodoxie sans attendre que le chef de l'Eglise, à qui elle était soumise, eût
1. Bulle Exiit quiseminat, du 14 août 1279. Sext. décret. 1. V, tit. xi. De verh. signif., c- 3. On trouvera dans Fleury, Hist. eccles. t. XVIII, p. 301- 304, une longue analyse de cette bulle.
2. Wading. Annal, minor. anno 1321, n" 16, 17. — Joann. minor, Chron. de gest. contra fraticellos, Baluze, Miscell. t. III, p. 207.
3. Wading. ibid. anno 1322, n° 51. —Joann. minor., Baluze, ibid. p. 208.
donné son jugement, les Frères mineurs cliargèrent un des leurs, le frère Bonnegrâce de Bergame, d'aller à Avignon soutenir, au nom de l'ordre, la décision qu'ils avaient adoptée et qu'ils rendirent publique par une lettre adressée à tous les fidèles K
Avant de se prononcer sur le fond du débat, le pape crut apporter un premier apaisement à la querelle en cassant par une constitution la décrétale de Nicolas III. Il représentait fort justement qu'il était impossible, en nombre de cas, de distinguer la propriété de l'usage; il ajoutait, avec non moins de raison, que, tout en paraissant, aux termes de cette décrétale, pratiquer la pauvreté, les Franciscains n'étaient pas en réalité plus pauvres ni moins avides de biens, et que l'Eglise romaine, qui était supposée avoir la propriété de ces biens, n'en était pas plus riche ^. En croyant calmer les esprits, il se trompa. Le frère Bonnegrâce, se prévalant de la décision rendue par le chapitre général, osa déclarer, en plein consistoire, que la constitution du pape était une injure pour son ordre. Jean irrité le fit jeter en prison. Il y avait dans tout cala plus qu'une dispute de mots. Poussée à ses dernières conséquences, la doctrine soutenue par les Franciscains n'était pas seulement la condamnation des richesses de la cour de Rome; elle équivalait à refuser au pontife toute souveraineté temporelle, comme étant le vicaire de Celui qui n'avait rien possédé en ce monde. Jean comprit le danger de cette doctrine, et, dans une nouvelle constitution du mois de novembre 1323, il condamna comme erronée et entachée d'hérésie la proposition formulée par les Frères mineurs ^. Michel de Césène n'en persista pas moins dans son sentiment. De son côté, Guillaume Ockam porta la hardiesse au point de prêcher publiquement que quiconque ne se ralliait pas à cette