‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 271 sur 416 · liaynaia, aiino 1323, n · texte numérisé non relu

liaynaia, aiino 1323, n

LE SAINT-SIÈGE A AVIGNON 3a9

d'excommunication contre les personnes et d'interdit sur les terres, de lui obéir ou de lui donner assistance en ce qui regarde l'administration de l'Empire, nonobstant tout serment de fidélité qui aurait pu lui être prêté et que nous cassons par ces présentes \ »

Ce langage, qui rappelait celui dont s'étaient autrefois servis les pontifes dans leurs luttes avec les empereurs, montrait combien peu Jean se rendait compte de la situation faite au saint-siège depuis la mort de Bonifacc VIII. La victoire remportée par Philippe le Bel sur la papauté était trop récente, pour que le souvenir n'en fut pas présent à l'esprit des princes. A la vérité, Louis de Bavière n'avait ni l'habileté ni l'audace persévérante de Philippe, et, en raison de la constitution politique de l'Allemagne, il était loin d'y posséder un pouvoir aussi solide que celui dont disposait le roi de France. Il se montra néanmoins résolu, comme lui, à ne pas souffrir l'ingérence du saint-siège dans ses affaires temporelles, et, à la suite d'une diète tenue à Nuremberg, le 18 décembre 1323, il publia un manifeste dans lequel il s'élevait hautement contre les déclarations du pontife. « La coutume observée de temps immémorial en Allemagne, y disait-il, est que le roi des Romains, une fois désigné par l'ensemble ou la majorité des électeurs et couronné ensuite aux lieux traditionnels, exerce les prérogatives attachées à ce titre, reçoive les serments de fidélité, confère les fiefs et distribue, comme il lui plaît, les charges et les dignités du royaume. Or il est notoire que nous avons été élu par la majorité des électeurs et couronné conformément aux traditions. C'est donc contre toute vérité que le pape nous accuse d'avoir usurpé le titre et les fonctions de roi des Romains. Il ne trahit pas moins la vérité en soutenant que l'Empire est vacant, puisque, depuis dix ans, nous en sommes en possession. Nous ne reconnaissons pas d'ailleurs que le saint-siège ait le droit d'examiner notre élection pour l'approuver ou 'la rejeter. Ce droit ne

1. Cette bulle est tout entière dans RaynalJ. anno 1323, u» 30-33.

pourrait tout au plus appartenir au pape que si, à la suite de plaintes et par voie d'appel, l'adaire de notre élection eût été déférée à son jugement, ou si nous lui avions demandé la couronne impériale et qu'il prétendît avoir de justes raisons de nous la refuser. Quant au reproche qui nous est fait d'avoir donné notre protection à Galéaz Visconti et à ses frères bien qu'ils fussent déclarés hérétiques, nous ne savons pas s'ils ont été en effet convaincus d'hérésie, mais nous avons quelque lieu de croire qu'on nomme rebelles à l'Église les hommes qui se montrent fidèles à l'Empire K »

Tel était le premier résultat de la lutte engagée inconsidérément par le pape. On déniait au saint-siège un droit que depuis deux siècles il s'était attribué, celui de se faire juge de l'élection du roi des Romains, Louis ne se borna pas à cet acte de protestation. Il fit répandre des libelles oiî l'on disait qu'en se réservant de confirmer ou de rejeter l'élection du roi des Romains, le pape annulait en fait le droit des électeurs ; qu'en s'arrogeant la puissance impériale durant la vacance de l'Empire, il violait ouvertement les coutumes de l'Allemagne qui en attribuaient l'exercice au comte palatin du Rhin ; que toute sa conduite n'était inspirée que de la haine qu'il avait contre l'Empire, et qu'il ne se proposait d'autre but que de l'anéantir ^. En môme temps qu'il attaquait le pape par ces libelles, Louis envoyait des troupes en Italie pour soutenir les Gibelins. Le 28 février 1324, Galéaz Visconti et Marc, son frère, que secondaient les forces allemandes, infligeaient une entière défaite à Raymond de Cardone qu'ils emmenaient prisonnier à Milan ^ A cette nouvelle, Jean, alarmé, ordonna de prêcher la croisade contre les Visconti, en rappelant, dans une longue bulle, les divers crimes pour lesquels eux et leur père avaient été condamnés comme hérétiques et

1. Harzheim, Conc. genn. t. IV, p. 298-304. — Raynald. anno 1323, n» 34-36.

2. Raynald. anno 1324, n" 'l7. .lean écrivit au roi de Bohême et aux archevêques de Trêves, de Mayence et de Cologne, pour réfuter des accusations qu'il qualifiait de calomnies.

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