Gregorovius, Storia di Roma, t. VI, p. 177, note
o. La lettre du pape est du 'i avril d32S. RayuaM. eod. anno, u" 40.
roi, de conlirmer son élection ^ Nul doute qu'il ne fût surtout mécontent de son accord avec Louis. Mais, par l'effet de cet accord, les circonstances étaient plus défavorables que lorsqu'il avait voulu faire élire Charles IV le Bel, et les espérances du pape furent encore une fois trompées.
De son côté, Louis poursuivait le cours de ses liardiesses. Jean ayant prétendu le déposer de l'Empire, il prétendit à son tour le déposer du pontificat. Il commença par publier un édit aux termes duquel quiconque aurait été convaincu d'hérésie ou de lèse-majesté serait puni selon les anciennes lois de l'Empire ^ Une assemblée de prêtres et de séculiers se réunit alors pour juger sur ce double chef la conduite de Jean XXll ; et le pape ayant été déclaré hérétique en raison de ses doctrines sur la pauvreté parfaite, aussi bien que coupable d'attentats contre l'Empire, le monarque fut sollicité de sévir. Louis feignit de se rendre à cette requête et convoqua les Romains, pour le 18 avril, sur la place Saint-Pierre. Lui-même s'y présenta, revêtu des insignes impériaux, avec une suite nombreuse de seigneurs et de prélats, et alla prendre place sur un trône qui avait été disposé au haut des degrés de la basilique. Quand il se fut assis, un moine augustin, du nom de Nicolas Fabriano, cria par trois fois : « Y a-t-il ici quelque fondé de pouvoir qui veuille prendre la défense du prêtre Jacques de Gahors qui se fait appeler le pape Jean XXII? » x\ucune voix n'ayant répondu, un abbé allemand prononça en latin un sermon approprié aux circonstances; après quoi, le même abbé donna en ces termes lecture d'une sentence rédigée au nom de l'empereur :
« Élevé par Dieu à l'Empire, disait Louis dans cette sentence, nous sommes venu en Italie et à Rome, notre siège
1. Voy. dans Raynald. anno 1328, u"» 38, 30, la réponse du pape à Albert d'Autriche qui lui avait demandé de reconnaître son frère Frédéric comme roi des Romains.
2. Cet édit fut publié le 14 avril sur la place Saint-Pierre. G. Villani, 1. X, c. 68.
priucipal, pour y faire reconnaître notre autorité et y réprimer les rébellions. Or nous avons trouvé que ces rébellions étaient dues aux excès et aux usurpations du soi-disant pape Jean XXII. 11 ne lui a pas suffi de détruire la discipline ecclésiastique en se réservant la nomination aux évèchés et aux autres bénéfices, et en les conférant à dos hommes qui n'ont ni l'âge, ni les mœurs, ni la capacité requises. Sous prétexte de secourir la Terre sainte, que néanmoins il laisse livrée aux Infidèles, il a amassé pour lui-même des trésors considérables, tant par des extorsions violentes sur le clergé que par les collations simoniaques des charges de l'Eglise. Ennemi de notre Empire où il ne cesse de semer la division, il a promis des indulgences pour solde à des homicides, exhorté les ministres de l'Église à employer le glaive matériel dont l'usage leur est interdit par les canons, et souillé le sacerdoce en remplissant de sang les mains de ses légats. Il s'est enfin attribué les deux puissances, que Jésus-Christ a voulu être distinctes quand il a dit : Reiidez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu; et encore : Mon royaume n est pas de ce monde. Seul nous possédons la puissance temporelle, laquelle nous tenons tout entière de l'élection, sans avoir besoin que cette élection ait été confirmée par qui que ce soit. Chargé, à ce titre, de la protection de l'Église dont nous rendrons compte à Dieu, nous avons résolu d'user contre Jacques de Gahors de l'autorité qui nous a été remise, en suivant l'exemple de l'empereur Otton I*"" qui, avec le clergé et le peuple de Rome, déposa le pape Jean XII et fit ordonner un autre pape. En conséquence et parce que ledit Jacques a été convaincu d'hérésie pour ses écrits sur la pauvreté parfaite et de lèse-majesté pour ses procédures contre l'Empire, nous le déposons de l'évêché de Rome aux termes de cette sentence, donnée de l'assentiment et à la requête du clergé et du peuple romain, de nos barons et prélats allemands et italiens, ainsi que de plusieurs autres fidèles, et le soumettons à la puissance séculière de nos officiers pour être puni comme hérétique, nous réservant de
pourvoir incessamment Rome et l'Eglise d'un pasteur catholique K «
Cette dernière déclaration ne tarda pas à être suivie d'effet. Dans le Défenseur de la paix, Marsile de Padoue avait dit qu'il appartenait aux empereurs d'instituer et de déposer les papes. Louis s'était conformé à cette doctrine en déposant Jean XXII; il s'y conforma également en nommant un autre pontife. 11 ne le désigna pas toutefois de sa seule autorité. Déjà, en vue de plaire aux Romains, il avait, quelques jours après avoir prononcé la déposition de Jean XXII, ordonné par un décret que le chef de l'Eglise serait tenu à l'avenir de résider à Rome ^. Il chercha de môme, dans la désignation du pape, à flatter les esprits et, par un retour à des traditions depuis longtemps tomhées en désuétude, voulut paraître condrmer une élection faite par le clergé et le peuple. C'était sur le frère mineur italien Pierre de Corbière, qui séjournait à Rome comme pénitencier du pape et dont on louait la piété, qu'il avait fixé son choix. Le 12 mai, les Romains ayant été rassemblés de nouveau sur la place Saint-Pierre, Louis, dans le même appareil qui avait été déployé pour la déposition de Jean XXII, alla siéger sur le trône qui lui avait été préparé au devant de la basilique. On vit alors s'avancer le moine Pierre de Corbière. A son approche, le monarque se leva et l'invita à s'asseoir à ses côtés. A la suite d'un sermon que prononça le frère Nicolas de Fabriano, et dans lequel Louis était comparé à l'ange du Seigneur et le pape Jean à llérode, Pévêque de Venise cria par trois fois à la foule : (( Voulez-vous Pierre de Corbière pour pontife? » Des cris d'adhésion ayant répondu, l'empereur fit lire un décret confirmalif de l'élection, mit au doigt du religieux l'anneau du pécheur, puis tous deux, en grande pompe, entrèrent dans la basilique on une messe fut célébrée. Dix jours après, Pierre de Corbière était sacré évêque dans cette même église
1. Baluze, Miscell. t. III. p. 240-243. Cf. G. Villani, 1. X, c. 69.